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« Requiem pour Camille Claudel » au Théâtre de la Contrescarpe

Par Fabienne Rappeneau.

 

Crédit Fabienne Rappeneau

La résurrection de Camille Claudel

Avec Requiem pour Camille Claudel, la grande metteur en scène Anne Delbée s’interroge sur les derniers jours qu’à vécus la célèbre sculptrice, tout en convoquant le fantôme de Michel-Ange et de Mozart, deux autres génies inoubliables et inoubliés.

Crédit Fabienne Rappeneau

Pari difficile pour Anne Delbée, connue pour ses mises en scène à travers les scènes les plus prestigieuses (Théâtre de la Ville, Comédie Française, Opéras nationaux…) que de retranscrire avec poésie les derniers instants de Camille Claudel. Mais qui d’autre qu’elle-même pouvait s’y risquer, elle qui, avec le roman Une femme : Camille Claudel paru dans les années 1980 a permis au grand public de redécouvrir les oeuvres d’une sculptrice que l’on avait remisée à l’ombre de Rodin, dévorée par la folie et un amour beaucoup trop passionnel. 

Crédit Fabienne Rappeneau

C’est donc une Camille Claudel prostrée (incandescente Lara Guirao) que l’on découvre, dans son asile de Montdevergues, au soir de sa vie. Trente années d’emprisonnement, de silence, d’aliénation supposée. Trente années pour se souvenir de son frère Paul adoré, de son Rodin tant aimé, de la sculpture tant magnifiée. Trente années à végéter dans l’oubli, à survivre à deux guerres mondiales tant bien que mal, à ignorer qu’une postérité mondiale la dépassera. Mais dans ses délires et souvenirs, elle n’est pas seule. Une conteuse (Anne Delbée elle-même) rapporte avec force poésie les aspérités de la création. Et Michel-Ange, à côté (impressionnant Valentin Fruitier), se contorsionne de douleur face au plus grand défi de sa vie : le plafond de la Chapelle Sixtine. Leurs douleurs ont pour source commune d’aimer trop, de se fondre dans leur art entièrement, sans… garde-fous et de vivre pour la beauté universelle. 

Crédit Fabienne Rappeneau

Tandis que le corps de Camille glisse petit à petit dans la nuit, celui de Michel-Ange se laisse dévorer par la lumière. Il devient lui-même oeuvre d’art, source d’inspiration et se meurt, lui aussi, peu à peu, sous la musique de Mozart, grandiloquente, éternelle. Un autre génie que l’on n’a pas compris en son temps et qui a dépassé les siècles. Requiem pour Camille Claudel est un spectacle exigeant, tant par sa poésie que son propos sur l’art et pourra en rebuter plus d’un. Mais il aura le mérite suprême : celui de ne pas laisser indifférent. Comme l’oeuvre de Camille Claudel. 

Requiem pour Camille Claudel, jusqu’au 3 février.

Théâtre de la Contrescarpe

5 rue Blainville

75005 Paris

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