Journal d’un vieux confiné… Jour 2

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

 

Deuxième jour de confinerie

La Divine va pas bien. Elle a gardé ses chaussettes toutes la journée et aussi son joginge ramolli – tout bleu qu’il est, avec des petites étoiles rouges. Bon, moi ça me fait ni chaud ni froid mais je lui ai dit que si on avait des visites ça la foutait mal. Elle m’a engueulé en me disant que j’étais con parce qu’on devait voir personne à cause du virus de la Corona. C’est vrai qu’elle a raison mais c’est moche quand même. Moi je m’habille, même avec des vieilles fringues mais ça me fait garder le moral, et même que je me lave tous les jours maintenant ! 

Les fringues, ça me fait penser à Lucien, mon voisin du pavillon de gauche. Hier, il a embarqué dans sa C3 pourrie avec Mémène et ses mômes. Direction le camp des tout nus.
Lucien, c’est un vieux pote, mais il est un peu trop original. Avec sa femme, dès qu’il a un moment, il va rejoindre des naturisses comme lui, dans un endroit bizarre dans la forêt. Là, tout le monde se met tout nu, même qu’ils ont pas de slip ni de soutif. Je lui ai dit de ma fenêtre qu’il était pas raisonnable de partir, et que même que c’était dangereux de se mettre tout nu avec le virus de la Corona, mais il a rien voulu savoir. « On aura le bon air » qu’il m’a dit. Ouais, mais moi je trouve que c’est pas prudent de se balader tout de même. Il est parti, tant pis. 

Il nous a déjà invité à venir mais moi rien qu’à l’idée d’être dehors sans slip et sans chaussettes ça me donne mal à la tête. Et j’irai pas en ce moment ! 

Maman va pas bien, elle se fait du soucis pour Vincent Vincent, la védette de la télé. Tous les jours elle allume une bougie devant son poster. Vincent Vincent c’est l’amour de sa vie. Il chante que des conneries mais elle aime bien, ça lui remonte le moral. Moi je m’en fous j’aime pas la musique. 

Ce matin, dans le poste de la télé des Luxembourg j’ai entendu une pauvre dame qui pleurait, une infirmière qui gueulait parce que le parking de son hosto il était plein et qu’elle comprenait pas pourquoi. C’est la confinerie qu’elle disait, « nous on se bat tous les jours pour soigner les gens et y’a plein de bons à rien qui sortent le nez au vent comme si de rien n’était ! »

Elle a raison la dame, faut pas sortir même si ça fait chier la vie. 

Moi, ma védette, c’est Julie, la petite infirmière du trottoir d’en face. Ce matin je l’ai vu sortir pour aller au boulot et je lui ai envoyé des baisers d’amour de ma fenêtre. Tu penses, Julie je la connait depuis qu’elle est tout bébé alors je veux pas qu’il lui arrive malheur, c’est comme ma fille. 

Ils ont bien du courage tous ces gens en blanc en ce moment, même que parfois ils doivent avoir peur aussi comme toi et moi. Tiens, je suis triste maintenant, et puis Maman elle vient de mettre un cédé de l’autre fou, le Vincent Vincent : « ton bonheur c’est aussi mon sourire » qu’on entend dans toute la maison. Enfin, c’est la guerre, faut être patient, même pour entendre des fadaises.

Bon, on verra demain. 

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Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, les surprises sont souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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