Journal d’un vieux confiné…Jour 29

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

 

Vingt-neuvième jour de confinerie

Je crois que je vais planquer le pull poncho africain quelque part pas loin de la poubelle. Hier soir, je l’avais mauvaise quand je suis rentré, bicause les poulets et l’affaire de la tenue camouflée. En gros j’avais l’air d’un naze avec mon machin sur le dos. Tout le reste de la soirée j’ai été tout triste et rabougri, assis dans un coin avec le Cui cui sans poils qui venait se chauffer sur mon pantalon de pyjama et l’Asticote (Myriam !) qui pétait sans arrêt. Fallait réagir : j’ai sorti l’alcool de folie aux abricots et j’ai pas arrêté de siffler. 

Maman elle était parti dans son délire du Vincent Vincent avec ses écouteurs sur les oreilles. Elle reprenait les fadaises de l’autre naze : « main dans la main près du ciel », « rêver près de toi c’est partir en amour », « avec tes yeux et mon cœur au soleil » et j’en passe…

Demain c’est l’arrivée de la vioque avec les gendarmes, une vraie princesse celle-là. Heureusement que le cochonnet est plus là y serait tout contrarié qu’on lui garde sa femme adorée, une vraie poire ce mec, et bien mûr encore. 

Quand il a eu son accident de boules qui l’a envoyé vers Saint Pierre, elle a trouvé le moyen d’être radine jusqu’au bout. Cercueil de base en sapin, poignées en plastique, son costard le plus vieux et le plus moche (elle a revendu les autres après !) et je crois que si elle avait pu le cramer elle-même par économie, elle l’aurait fait. Et elle a même pas respecté les dernières volontés du refroidi qui voulait être enterré avec ses plus belles boules, non, elle a choisi les plus tartes pour les coller dans l’urne funéraire par-dessus les cendres. Vous me direz que des boules près d’un cochonnet c’est normal !

Mais au vin d’honneur on a eu droit au numéro de la veuve éplorée dans sa robe des Cent mille chemises, avec ses bijoux de trois cent mille balles. Les potes boulistes du gars René qui croyaient boire un bon coup ils ont été déçus : pas d’alcool, que de la limonade, du Coca, de l’eau à bulles avec des chips de misère et des nougats mous. 

Y a quand même un sacré machin entre moi et la belledoche, un sacré paquet de misères, de tarteries et de soucis variés. Va pas falloir qu’elle me chauffe trop sinon je prendrai mon baluchon et hop, sur la route, même avec la confinerie !

Au fait, c’est pas drôle cette chose-là : j’ai su que le Lucien il a décidé de vivre tout le temps dans son déguisement de lapin et qu’il bouffait plus que des carottes. C’est triste, tout ça parce qu’il a pas pu aller au camp des tous nus. Il se prend pour le Bunny des desssins animés et il gueule toute la journée « Quoi de neuf docteur ? » Et justement sa femme elle a fait venir un toubib qu’elle avait trouvé sur le ternet, un vieux machin qui devrait être à la retraite depuis longtemps. Il est arrivé, normal, a posé des questions à Lucien lapin, normal, et puis, tout à coup il a dit : « j’ai la solution ». Et alors là il a sorti une grosse seringue pour piquer Lucien dans le cul contre la mixomatose ! « Il a les oreilles rouges » qu’il gueulait, complètement cinglé ! Les enfants de Lucien l’ont viré, lui, sa seringue et tout son fourniment de médecin à la manque. 

Déjà qu’on avait pas trop le moral, voilà que la radio de la télé des Luxembourg elle a donné une information qu’elle nous a donné le bourdon en direct : la maison Graboub a été détruite par un incendie. Plus de cochon, plus de saucisse, c’est la bérézina de la charcuterie !

Et tout ça le même jour que l’anniversaire de l’incendie de la grosse église de Paris, la Notre-Dame… Tu parles d’une coïncidence !

C’est bien simple, après avoir repensé à tout ça je me suis resservi un petit verre et j’ai monté dans ma chambre avec les bestiaux. Ah, on va bien ronfler !

Et pour le reste on verra demain ! 

Copyright R.Trouilleux



rodolphe

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Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, les surprises sont souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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