Les coups de coeur du chanteur et musicien Ussar

Copyright Daisy Reillet

L’an dernier, on a craqué sur sa chanson 6 Milliards et son EP éponyme est un régal pour les oreilles. Avis aux amateurs de chanson française aux textes poétiques et aux arrangements modernes et multiples ! Découvrez sans plus tarder le chanteur et musicien UssaR, à l’univers aussi beau que tourmenté. En attendant de le retrouver sur scène, il nous confie quelques-uns de ses coups de cœur…

Un album de musique ?

J’écoute énormément de choses différentes et ma musique est nourrie de nombreuses références. Mais le dernier album que j’ai saigné, c’est Une main lave l’autre d’Alpha Wann, un des meilleurs albums de rap de ces dernières années, que ce soit au niveau de la production ou des textes. Ce n’est pas simplement une succession de titres : il y a tout un concept travaillé derrière. Il m’a vraiment marqué.

Une chanson ?

Chaque fois que je l’écoute, j’en ai des frissons. C’est La Valse de Melody de Serge Gainsbourg, de l’album Histoire de Melody Nelson. C’est un morceau magnifique, très sombre mais où la lumière rentre. Il est aussi très exigeant musicalement, le refrain est très « bartokien » et je trouve ça formidable de faire une chanson très pop avec une telle exigence, tant sur le fond que la forme.

Un clip ?

Je me souviens d’avoir eu un choc esthétique avec le clip Yonkers de Tyler The Creator, issu de son album Goblin. Un clip très simple mais incroyable, en noir et blanc, face caméra, avec par exemple une blatte qui se balade sur sa main et qu’il finit par manger. Le morceau est dingue.

Un film ?

J’ai un film culte, c’est Barry Lindon de Kubrick, j’en suis un fan inconditionnel, je ne sais pas combien de fois que je l’ai vu. Pour le fait qu’il soit tourné entièrement en lumières naturelles ou à la bougie, pour l’histoire, pour le jeu d’acteurs, pour son côté grande saga sur plusieurs années… Tout ça m’emporte. Et je trouve qu’il y a une sorte de lien entre le personnage de Barry Lindon et UssaR, qui sont des sortes de losers magnifiques. Pour moi, UssaR, c’est une extension de moi-même, un réceptacle dans lequel je me permets des choses que je ne ferais pas dans la vie. Je suis quelqu’un de plutôt enjoué et de convivial, alors qu’Ussar est dans la noirceur et la mélancolie, ce que je me refuse d’être au quotidien.

Une série ?

The Wire. La série ultime, car elle est ultra exigeante dans son format. On dézoome sans arrêt sur cinq saisons pour arriver à un portrait de la ville de Baltimore. Il y a aussi une telle science des dialogues, des climats, c’était nouveau pour l’époque… Le personnage d’Omar a marqué tout le monde, je pense. Une fois qu’on l’a vu, impossible de l’oublier. Une autre chose qui était forte, c’était l’absence totale de musique pendant les premières saisons, hormis le générique de fin. Je pense que je vais me refaire cette série très rapidement !

Un documentaire ?

L’Ile aux fleurs, qui m’avait beaucoup marqué quand j’étais enfant. Un documentaire brésilien de dix minutes qui date de 1989, ou le parcours d’une tomate dans un tas d’ordures où d’un côté, il y a la nourriture pour les cochons et de l’autre, celle où les femmes et les enfants de l’Ile aux fleurs vont se servir. C’est présenté de manière naïve, logique et joyeuse, alors que cela dénonce l’absurdité de la mondialisation.

Un photographe ?

J’aime beaucoup le travail d’Erwin Olaf, c’est quasiment de la peinture. Très en majesté, avec des portraits très figés, d’une grande élégance, mais avec toujours un malaise qui surgit dans le regard ou le traitement.

« Chambres interdites et attentes » d’Erwin Olaf

Une exposition ?

J’aime beaucoup le Musée Cluny et j’adore les tapisseries de La Dame à la Licorne. C’est un endroit de quiétude incroyable. Sinon, j’aime aussi le travail de Niki de Saint Phalle dont j’avais vu une exposition au Grand Palais il y a quelques années. Cela m’avait beaucoup marqué, de par le positionnement très engagé et féministe de cette artiste, ce côté combattante dans l’art, cette vision d’elle en train de peindre avec son fusil…

Un spectacle ?

Ma sœur tient la compagnie nationale de marionnettes Les Anges au Plafond et on avait travaillé ensemble sur la musique de l’adaptation de Chien blanc de Romain Gary. C’était tout un travail à la batterie jouée par Arnaud Biscay, qui dressait tout un panorama de la musique noire, avec sa couleur, sa violence, sa liberté. Le spectacle, White Dog, était incroyable et je ne dis pas ça car c’est ma sœur ! J’adore leur travail, ils ont un univers visuel fort et une vraie science du récit. Ce spectacle portait en plus sur des thématiques qui me sont chères comme le racisme, la place des Blancs et des Noirs dans cette société…

Un livre ?

Pendant le premier confinement, j’ai travaillé de chez moi et tout en composant, j’ai aussi enregistré un livre audio, Conteur de nuit, avec un épisode par jour, tiré du roman Au bonheur des ogres de Daniel Pennac. Je suis fan de cet auteur, de son humour, de son amour de la langue française un peu gouailleuse, très titi parisienne, ce second degré qui lisse des choses atroces ou les met en exergue. Je faisais les voix et la musique et je l’envoyais tous les jours aux gens qui suivaient, ça m’a bien tenu compagnie !

Une bande dessinée ?

J’ai été marqué très fort par le Peter Pan de Loisel, quand j’étais adolescent. Je ne connaissais pas son travail avant. C’était très sombre, très violent, avec un dessin incroyable, mais c’était assez érotique aussi. Cela a fait partie de mes premiers émois !

Une recette de cuisine ?

J’adore cuisiner. Cela me permet de poser mon cerveau à côté et de se voir en train de faire. J’adore le poulet aux patates du dimanche midi, avec un petit Bourgogne aligoté. Mais attention, pas n’importe quelles patates, il faut que ce soient les meilleures petites patates au four du monde ! On les met à 200 degrés dans une huile bien chaude pendant une demi-heure en secouant, c’est parfait !

Une activité sportive ?

Je pratique énormément la boxe. Mon club s’appelle Le Ring du 14e. Et mon coach Saufiane est un mec exceptionnel, qui a un amour de la boxe et qui sait le transmettre. C’est une école de la persévérance et de la confrontation avec soi-même, une véritable ascèse. Dès que j’ai découvert la boxe, tous les autres sports sont devenus secondaires. J’en ai besoin au quotidien. Cela me manque beaucoup en ce moment…

Une maxime dans la vie ?

« On est toujours tout seul dans ses pompes », ça me correspond bien. Ce n’est pas défaitiste, mais une invitation à bien se connaître pour pouvoir se projeter vers les autres. Il faut être son premier fan et être bienveillant avec soi-même, ne pas aller chercher chez les autres ce que l’on ne peut pas s’apporter soi-même.

Votre actualité ?

Je viens de signer avec un tourneur, A Gauche de la Lune et on espère reprendre les live très vite. On devrait jouer au Chantier des Francopholies, pour les 30 ans du Printemps de Bourges…. Je vais bientôt sortir une session spéciale en quintet avec donc des arrangements de cordes de mes morceaux et on va filmer tout ça. On espère sortir de nouveaux morceaux prochainement aussi. J’ai très envie de proposer la suite aux gens, notamment avec un album pour la fin de l’année. Mais monter sur scène, c’est ce qui me manque le plus, car c’est de là d’où je viens, de mon travail auprès de Kery James, Charlélie Couture, Youssoupha… Oui, vivement qu’on reprenne !

Merci UssaR !

Publié par

Journaliste de formation et amoureux de Paris, J’ai écrit pour différentes publications à gros tirage (Questions de femmes, Le Républicain Lorrain, Carrefour savoirs, Aux petits oignons…) et pour des sites culturels (Evene.fr, Grand-Ecart.fr…). Pour Fille de Paname, je rédige articles et interviews essentiellement dirigés vers la culture. julien@filledepaname.com

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