Voyage au pays de Gustave flaubert

Cette année, le département de Seine-Maritime nous propose de voyager en compagnie de Gustave Flaubert, enfant du pays né à Rouen en 1821. Une programmation culturelle lui est entièrement dédiée. Elle permet de découvrir la région tant aimée et décrite par l’auteur de madame Bovary. Un parcours littéraire dédié au souvenir de l’écrivain et à son œuvre dédiée au voyage et à la découverte. 

Fille de Paname a pu découvrir trois lieux marquants de ce bicentenaire où la présence de Flaubert est suggérée, espaces magnifiques, follement romantiques et apaisants.

Visiter Pompéi – Claudio Sabatino sur les pas de Gustave Flaubert

Présenté dans le logis abbatial de la magnifique abbaye de Jumièges ondée vers 654 par Saint Philibert et propriété de la Seine maritime depuis 2007. 

C’est en 1851 que Gustave Flaubert découvrit Pompéi, dont seulement quelques parties de la ville antique avaient été dégagées. Aujourd’hui l’espace archéologique s’est considérablement étendu et des fouilles toujours en cours, permettent les découvertes les plus insolites et émouvants. 

Claudio Sabatino, originaire de la région de Naples, photographie ces lieux ressurgis du passé. Avec de grandes images traitées légèrement en couleurs surexposées, il nous présente sa vision de Pompéi et d’Herculanum, des cadrages apaisés et apaisant de lieux étranges et extraordinairement bien conservés.  

La présentation de ces clichés sur les murs bruts du logis abbatial, rudement restaurés après un incendie, permet une confrontation légère et un appui du regard, les ruines antiques dialoguant avec des murs étrangement dégarnis du logis. 

Les ruines de l’abbaye, que l’on découvrira à cette occasion ne sont pas les moindres attraits de ce lieu romantique, où tout n’est que beauté et calme.  Une belle occasion de découverte.

Logis Abbatial, Abbaye de Jumièges24, rue Guillaume le Conquérant, Jumièges 76480 02 35 37 24 02 abbaye-de-jumieges@seinemaritime.fr www.abbayedejumieges.fr / Ouvert tous les jours de 9h30 du 15 avril au 15 septembre. Le logis abbatial est ouvert durant les expositions temporaires de 9h45 à 12h15 et de 14h45 à 17h15 à partir du 8 mars et du 16 septembre au 15 novembre / de 10h à 13h et de 14h à 18h du 15 avril au 15 septembre. Fermé les 11/11 et le 25/12. 

Voyage(s) en Orient

En bordure de la Seine, à Villequier, musée où plane la présence d’Auguste Vacquerie, ami de Victor Hugo. 

Inauguré en 1959, ce joli musée permet de découvrir une résidence secondaire du XIXe siècle dont l’environnement n’a pratiquement pas changé. Les familles Hugo et Vacquerie furent liées par le drame du 4 septembre 1843 au cours duquel périrent noyés en Seine, presque devant la maison, le jeune couple Léopoldine Hugo – Charles Vacquerie ainsi qu’un oncle et un neveu. Tous les quatre furent inhumés au cimetière de Villequier, rejoints plus tard par Adèle, épouse de Victor Hugo, puis par leur deuxième fille également prénommée Adèle.

Des dessins de Victor Hugo, des éditions originales et des souvenirs de la famille Vacquerie participent à l’intimité de ces lieux, prenante, qui nous transporte sans façon vers l’époque de Flaubert.

Une exposition temporaire, Voyage(s) en Orient, permet de découvrir l’Orient dans le récit de voyage romantique qui fut si important pour toute une génération poussée vers des contrées lointaines, ouvertes à la science et au rêve. 

« Un jour viendra, n’est-ce pas mon cher enfant, où tous deux nous partirons et alors,  ensemble, nous verrons véritablement cet Orient que tu as tant rêvé » écrivait Maxime du Camp à Gustave Flaubert. Le 29 octobre 1849 ils partaient enfin « seuls et indépendants » vers les régions tant désirées. Flaubert devint ainsi voyageur, « la vue du Sphinx a été une des voluptés les plus vertigineuses de ma vie » écrira-t-il plus tard. De cette expérience vertigineuse et bouleversante du voyage, fertile pour l’écrivain, naîtra plus tard « Salammbô ». 

Cette exposition nous permet aussi de découvrir quelques normands qui firent le voyage en Orient, tels Louis Enault, journaliste, le musicien Camille Saint-Saëns, grand voyageur, Henri du Verdier de Genouillac, prêtre assyriologue, et les Pouchet père et fils partis à la recherche des sources du Nil. 

Musée Victor HugoQuai Victor Hugo, Villequier 7649002 35 56 78 31 musees.departementaux@seinemaritime.fr www.museevictorhugo.fr  / Ouvert tous les jours, sauf le mardi et le dimanche matin, de 10h à 12h 30 et de 14h à 17h30. Le dimanche de 14h à 17h30 jusqu’au 31 mars / de 10h à 12h30 et de 14h à 18h. Le dimanche de 14h à 18h du 1er avril au 30 septembre. Fermé les 1er mai, 1er et 11/11 et le 25/12. 

Madame rêve en Bovary, maison Marrou, Opéra de Rouen.

C’est là, en face de la gare de Rouen, dans une maison du 19e siècle à la façade de bois étonnamment décorée et surchargée, que nous sommes invités à voyager en bovarisme, en compagnie de Flaubert. 

Dans une succession de pièces livrées au talent et à l’imagination du scénographe et architecte d’intérieur Jean Oddes, le visiteur voyage dans le roman Madame Bovary, œuvre majeure de Flaubert lue et appréciée dans le monde entier, retrouvant des ambiances familières baignées de lumières et parfumées délicatement. Une expérience immersive véritablement étonnante, où tout un chacun peut se laisser porter par son imagination. Grâce à un choix d’objets prélevés au Musée des Traditions et Arts Normands du château de Martainville, et judicieusement disposés, nous pouvons découvrir en entrant la pharmacie Homais, le déjeuner de mariage, le bal, la bibliothèque, etc… 

« Elançons nous dans l’idéal puisque nous n’avons pas le moyen de loger dans le marbre et dans la pourpre, d’avoir des divans en plumes de colibris, des tapis en peau de cygne, des fauteuils d’ébène, des parquets d’écaille, des candélabres en or massif, ou bien dans lampes creusées dans l’émeraude. » (Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, janvier 1854). 

Les tourments d’Emma Bovary sont évoqués dans cet exposition, sa vie, son mariage, ses errances amoureuses, et sa mort. Une femme délaissées, aux préoccupations modernes. 

Le voyage en bovarysme se prolonge à l’Opéra de Rouen ou, dans de grandes malles, est évoquée l’ambiance musicale de l’époque.

Maison Marrou 29, rue Verte, Rouen 76000 02 35 23 44 70  www.chateaudemartainville.fr / Ouvert tous les jours sauf le mardi de 11h à 18h et le dimanche de 14h à 18h.

Quelques livres :

Belle initiative, en plus du joli et intéressant catalogue Voyage(s) en Orient publié par le département de Seine Maritime, plusieurs publications permettent de découvrir la vie et l’œuvre de Flaubert d’une façon particulièrement plaisante : 

Flaubert, itinéraire d’un écrivain Normand, par Stéphanie Dord-Crouslé, collection découvertes Gallimard hors-série. 

« Né à Rouen en 1821, Flaubert grandit entre la cathédrale  Notre-Dame, la foire Saint-Romain, et l’Hôtel-Dieu où son père est chirurgien-chef. La ville sera pour lui une source d’inspiration féconde, de même que la Normandie tout entière qu’il parcourt depuis son enfance : Trouville, Pont-l’Évêque, Honfleur, autant de lieux et de souvenirs qui nourrissent ses œuvres, de Madame Bovary à La Tentation de saint Antoine, Un coeur simple ou Bouvard et Pécuchet. Et puis il y a Croisset, demeure familiale et constant refuge. Pendant plus de trente ans, Flaubert y rédige l’essentiel de son oeuvre loin du monde, tel un reclus sacrifiant sa vie aux exigences de son art. Ses voyages à Paris lui offrent pourtant quelques divertissements mondains. Quelques plaisirs littéraires aussi. Il y côtoie ses fidèles amis Zola, Maupassant, les Goncourt, George Sand. Et Louise Colet bien sûr. C’est encore à Paris qu’il fait la connaissance de Maxime Du Camp, qu’il accompagnera dans ses voyages vers l’Orient, la Grèce, l’Italie. Richement illustré, mêlant documents d’archives et photographies contemporaines, cet ouvrage nous conduit sur les pas de Flaubert, révélant les liens entre les lieux et l’oeuvre, d’hier à aujourd’hui. Une façon de rendre hommage, deux cents ans après sa naissance, à « l’enfant terrible de Rouen. »

Autrice : Stéphanie Dord-Crouslé, chargée de recherche au CNRS (laboratoire IHRIM, Lyon). Spécialiste de Flaubert, elle a participé à la nouvelle édition des Œuvres complètes de Flaubert dans la Bibliothèque de la Pléiade. 

A noter aussi le très bel ouvrage Madame Bovary illustré des dessins de jeunesse de Yves-Saint-Laurent, collection Hors-série littérature, éditions Gallimard.

« C’est au cours de son adolescence à Oran que naît chez Yves Saint Laurent la passion de la littérature. À l’âge de 13 ans, il assiste à une représentation de L’École des femmes avec Louis Jouvet : subjugué par la beauté des décors et des costumes créés par Christian Bérard, il commence à en dessiner lui- même. Il commence à retranscrire et illustrer certaines œuvres littéraires parmi lesquelles Madame Bovary, dont le personnage d’Emma semble le fasciner. Yves Saint Laurent revient en 1983 sur l’importance de l’imaginaire qu’il s’est créé à Oran : « Ce sont ces fantômes qui me protègent de l’extérieur, qui me tiennent compagnie dans ce monde à part du monde, que je me suis inventé depuis l’enfance. Au fur et à mesure de l’âge, l’imagination, tel un fleuve, charrie toute la peinture, la littérature, la sculpture, la musique que je porte en moi pour s’incarner dans mes collections, ces points forts de mon travail. » A l’âge de 15 ans, il crée à partir de l’œuvre de Flaubert, 14 illustrations à l’encre noire, avec de légers rehauts de gouache. Il dessine alors la silhouette d’une héroïne passionnée évoluant dans une Normandie rêvée. Bien des années plus tard, Yves Saint Laurent évoque ces personnages de femmes qu’il « costume comme un auteur lui écrirait une pièce », pour reprendre le mot de Françoise Giroud. « Souvent je pense aussi à Madame Bovary, confie-t-il. Ce personnage est extrêmement contemporain. Madame Bovary exprime le désarroi de femmes qui est le même aujourd’hui qu’il y a un siècle. » 

Le programme très riche des manifestations liées à l’anniversaire de Gustave Flaubert est disponible sur :

www.seinemaritime.fr/flaubert21

Publié par

Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, les surprises sont souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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