RENCONTRE AVEC LE COMÉDIEN DIMITRI DORÉ

Il est l’un des favoris pour le César du meilleur Espoir masculin pour sa prestation dans Bruno Reidal, confession d’un meurtrier. Le comédien Dimitri Doré a depuis été aperçu dans le film À propos de Joan et s’apprête à s’envoler pour sa Lettonie natale devant la caméra de Marie Dumora pour un film-documentaire revenant sur son adoption, ses origines et l’artiste qu’il est devenu. Il nous raconte son parcours de comédien.

Copyright Pierre-Emmanuel Urcun

Comment la passion du jeu vous est-elle venue ?

Le déclic, ce fut ma professeure d’italien qui m’a conseillé d’arrêter l’italien justement, pour avoir une meilleure moyenne au baccalauréat et de choisir une option mathématiques ou théâtre. N’y en entendant rien en maths, j’ai choisi le théâtre. J’y suis allé avec mon simple bagage, qui étaient mes souvenirs de l’émission Au théâtre ce soir, avec Maria Pacôme, Jacqueline Maillan… Je ne connaissais pas les grands noms de metteurs en scène, mais j’avais un truc et plus j’en faisais, plus je me prenais de passion pour ce métier. Les planches, mais aussi tout ce qu’il y a derrière comme la technique, la régie, le son, les lumières. Je suis arrivé en octobre 2016 à Paris et je suis entré dans une école de théâtre dans le 18e arrondissement, l’Éponyme, dirigée par Stéphane Lainé. J’étais très scolaire, mais aussi un peu le zébulon de la troupe. Je voulais aussi travailler absolument. J’ai fait tout mon possible pour être ouvreur dans des théâtres et deux semaines après ma rentrée dans cette école, alors que je dansais avec des amis à côté du Moulin Rouge, j’ai été repéré par un metteur en scène. J’ai commencé à jouer au Ciné 13 Théâtre qui est depuis le théâtre Lepic. Puis, un agent est venu me voir et tout s’est enchaîné très vite. J’ai joué au théâtre des Amandiers dans À nous deux maintenant de Jonathan Capdevielle. Et j’ai été remarqué par Jean-Luc Vincent qui a parlé de moi au réalisateur Vincent Le Port qui cherchait son Bruno Reidal. J’ai passé une audition devant lui et j’ai été pris au troisième tour.

Vous connaissiez l’histoire de Bruno Reidal auparavant ?

Mon agent m’avait envoyé le scénario et j’étais tombé sous le charme de cette écriture très littéraire et de ce personnage qui est un anti-héros par excellence. Il est tellement à mon opposé que je rêvais de l’incarner.

C’était votre premier film…

Oui, c’était ma première fois devant une caméra… Et finalement c’est venu en faisant. Avec Vincent Le Port, on a travaillé de manière très fluide. On a mis cartes sur table tout de suite dès les premières répétitions, pour les scènes de masturbation et de nudité, sur la manière dont il voulait les filmer et cela s’est fait très facilement, dans le respect. Pour la scène de décapitation, pareil, même si j’ai eu du mal à dormir la nuit ensuite. De toute manière, dès que le réalisateur criait « coupez ! », je redevenais moi-même, sans aucun souci. Je n’utilise pas la méthode d’Actor’s studio qui consiste à garder son personnage en dehors des prises. C’est plus sain pour tout le monde et plus facile psychologiquement. Le plus dur sur ce film, c’était l’accent du Cantal du personnage, surtout pour la voix-off qui était très musicale, même si un peu monotone. Quelle chance, quand même, d’avoir commencé le cinéma par un tel film ! Ça met un peu de pression pour la suite, mais il suffit de ne pas faire n’importe quoi…

Copyright Marc Domage

Comment avez-vous géré l’après, justement ?

J’étais très fatigué, je devais commencer les répétitions de la pièce Rémi sans famille de Jonathan Capdevielle, mais il a bien compris que j’étais à bout et il m’a laissé du temps. J’ai la chance d’être très bien entouré, notamment par mon agent François Tessier qui me comprend. J’ai pu découvrir le festival de Cannes avec le film Bruno Reidal, une véritable attraction qu’on est content d’avoir fait au moins une fois, avec de belles rencontres. Je n’ai aucune stratégie de carrière, je fonctionne au coup de cœur. Par exemple, je vais bientôt travailler sur le premier long d’Enzo Ferreira Martinez qui vient de sortir de la Femis et dont j’ai aimé le scénario. Le titre provisoire est Je me souviens et ça parle du temps qui passe. Je refuse quand même beaucoup de projets, car on me propose aussi des choses invraisemblables. Ma chance, c’est d’avoir trouvé ma famille de cœur dans ce milieu, c’est rare, avec des gens comme Laure Calamy, Frédéric Blin, Anthony Bajon… Cela m’évite de tomber sur des personnalités toxiques ou manipulatrices. Je remercie infiniment tous les réalisateurs et metteurs en scène dont j’ai croisé le chemin et qui m’aident à devenir véritablement un acteur, qui me forment en tant qu’artiste.

Il y a eu aussi À propos de Joan, avec Isabelle Huppert…

C’était drôle comme tournage ! Le réalisateur Laurent Larivière a été adorable avec moi. Là encore, le personnage est totalement à mon opposé et à celui de Bruno Reidal. Isabelle Huppert, c’est une sorcière blanche : elle capte tout de suite votre énergie, elle jauge par rapport à votre professionnalisme et dès qu’elle est en confiance, ça se passe divinement bien. On s’est très bien entendus sur nos cinq journées de tournage ensemble. Une très belle artiste. Je joue pour le réalisateur, pour servir une histoire et j’essaie donc de ne pas être impressionné par le statut de mes partenaires. Il faut savoir rester à sa place et être au service de toutes les personnes présentes sur le plateau, techniciens inclus. Quand j’arrive sur un film, j’apprends les prénoms de tout le monde, je sais mon texte, j’essaie d’être le plus efficace possible, pour ne faire perdre de temps à personne.

Comment vivez-vous votre possible nomination aux César ?

Je considère que ce succès est juste une conséquence. S’il y a une récompense, tant mieux. Les rencontres comptent plus pour moi que les prix. Les César, ça m’a quand même permis de découvrir la maison Chanel que je ne connaissais pas et de découvrir les autres Espoirs. On est un joli groupe cette année et on s’est bien amusé à tourner le clip des révélations. Et puis qui sait, ce sera peut-être l’opportunité de monter sur la scène de l’Olympia et de partager tout ça avec mes parents et mes amis.

Et prochainement, un documentaire vous sera consacré…

Le projet de la réalisatrice Marie Dumora va me permettre de voyager, de prendre du temps pour moi. Cela va ajouter quelque chose à mon bagage de comédien, ainsi que dans ma vie personnelle. Je vais retrouver la Lettonie, mon pays d’origine, l’orphelinat où j’ai été recueilli, découvrir la culture de ce pays, sa langue, ses danses traditionnelles, sa gastronomie. J’ai hâte, je pense que cela va m’ouvrir beaucoup de portes et me faire grandir.

Combien de temps va durer cette expérience ?

Elle sera au long cours, puisqu’il y aura un film donc, mais aussi un spectacle mis en scène par Jonathan Capdevielle qui se créera en parallèle et tout va se conjuguer et se mêler. En tout, je pense que cela prendra bien deux ans et demi, tout en me permettant de faire en même temps d’autres films (j’aimerais beaucoup jouer sous la direction de Claude Lelouch, Yolande Zauberman ou Alain Guiraudie), des voix-off, du cabaret… Je m’autorise de prendre ce temps. Je suis très heureux.

Merci Dimitri !

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Journaliste de formation et amoureux de Paris, J’ai écrit pour différentes publications à gros tirage (Questions de femmes, Le Républicain Lorrain, Carrefour savoirs, Aux petits oignons…) et pour des sites culturels (Evene.fr, Grand-Ecart.fr…). Pour Fille de Paname, je rédige articles et interviews essentiellement dirigés vers la culture. julien@filledepaname.com

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