« Le Porteur d’histoire » au Théâtre des Béliers

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Il est bon de parler et meilleur de se taire et pourtant, on écouterait inlassablement les histoires contées par ces cinq acteurs dans ce petit théâtre du 18ème arrondissement. Alexis Michalik nous fait voyager au fil des époques et au gré des continents, plongés dans l’univers fantastique des récits de Martin Martin, Le Porteur d’histoire.

Au commencement de la pièce, cinq acteurs sobrement de blanc vêtus, se présentent à nous, assis sur leurs tabourets. Nous sommes d’entrée de jeu menés à réfléchir au sens du mot « Histoire » et à son enseignement dans nos écoles. Par exemple, l’histoire de nos ancêtres les Gaulois qui était enseignée aux élèves algériens …Mais alors, en dehors de quelques dates factuelles connues de tous, on pourrait remettre en question nos programmes d’histoire et les interprétations autour des évènements des siècles passés. Tout ce qui a finalement construit le socle de l’éducation et de l’identité de millions de futurs citoyens français. Et ainsi, on réalise que toute histoire pourrait n’être seulement qu’une histoire bien racontée…  C’est dans cette perspective que l’histoire, cette fois-ci celle mise en scène par Alexis Michalik débute, dans l’intimité de cette salle de théâtre parisienne.

Martin Martin, de prénom Martin et de nom Martin (« ses parents avaient de l’humour »), jeune trentenaire de région parisienne, se retrouve en pleine nuit sous la pluie à chercher éperdument le petit village de Linchan dans les Ardennes, où vient juste de décéder son père. Il n’est jamais allé là-bas depuis dix ans que son père y était installé, partageant en réalité si peu de choses avec un père érudit et passionné d’histoire. Il doit alors organiser les funérailles et s’occuper de son héritage, constitué principalement de livres, lui qui, ironie du sort, n’a quasiment jamais ouvert un bouquin de sa vie ! Il tombe sur le carnet de voyage, manuscrit d’Adelaïde Saxe de Bourville, dont la propre histoire s’entremêle avec celle de Martin au cours de la pièce.

Adelaïde, un siècle plus tôt, avait passé sa vie d’adulte en quête du trésor familial perdu, en tant que seule et unique héritière d’une riche famille noble entièrement décimée lors de la Révolution française et dont on ne sait plus vraiment si elle a réellement existé.

Adelaïde voyagea notamment en Algérie, à l’endroit même où se situe désormais Martin quand il raconte le récit autour de la mort de son père. Il narre en fait ses pérégrinations à Alia et sa fille, qui tiennent un hôtel dans lequel Martin vient séjourner. C’est une troisième histoire qui s’entremêle adroitement au récit des deux précédentes…

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Une couche de complexité se rajoute avec le détour sur les Lysistrates (quatrième histoire), groupuscule de femmes fortunées dont le symbole est un arbre sacré figurant en couverture de l’Enéide

On comprend que le thème de l’héritage est la clé de cette pièce. En plus des voyages autour de l’Algérie, du Canada et de la France, cette pièce nous fait merveilleusement pénétrer dans le monde mystérieux de la littérature et de l’imaginaire. Tandis qu’Adélaïde rencontre et correspond avec Alexandre Dumas (bel hommage rendu dans cette pièce, on a envie de plonger -ou replonger- dans les œuvres de l’auteur à peine sortis de la salle !), ou se fait croquer le portait par Eugène Delacroix, le jeune Martin fréquente plutôt policiers, garagistes et fossoyeurs, dont les passages sur scène rythment finement et avec beaucoup d’humour, les aventures de nos personnages. 

Toutes ces aventures sont interprétées par cinq acteurs seulement, avec très peu d’accessoires ou de costumes. Le « vieux » Martin donne le rythme de l’ensemble de la pièce et interprète son rôle avec brio tout comme les autres acteurs, tous excellents. 

On a finalement juste envie que toutes ces histoires soient réelles, tant elles sont bien racontées, ce qui nous ramène subtilement à l’introduction de la pièce de la réflexion sur l’Histoire et on se dit que décidément, Alexis Michalik a mené son œuvre avec succès ! 

Au théâtre des Béliers, 14 bis rue Sainte Isaure 75018 Paris.

Jusqu’au 26 janvier 2020, du mardi au samedi à 19h00, le samedi à 16h30, le dimanche à 17h00.

 

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Amoureuse de Paris, j'aime partager mes découvertes culturelles, gastronomiques... Je vous dis ce qui m'a plu pour vous donner envie de sortir dans cette si jolie ville qu'est Paris où l'on a la chance d'avoir tant à faire, à voir, à goûter et à tester... Également désormais : des interviews !

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