Journal d’un vieux confiné…Jour 24

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

 

Vingt-quatrième jour de confinerie

Heureusement que j’avais du matos à la cave sinon l’aménagement du débarras aurait été limité. J’ai passé ma journée à lessiver les murs crasseux et à enlever çà et là des bouts de papier qui devaient remonter à la préhistoire. J’ai même retrouvé punaisé sur le mur une facture du Bon Marché de 1921 pour des bouteilles d’huiles !

On n’y a jamais touché avec Maman et je crois bien qu’on avait jamais ouvert la fenêtre non plus. La poignée était coincée et j’ai cru que le machin allait me tomber sur la tête. Mais non, c’est vieux ce truc-là, c’est du solide.

J’ai fait mon sournois quand j’ai dit à la Divine que c’était un peu honteux de coller sa mère là-dedans. Elle m’a regardé comme la Reine d’Angleterre doit mater son valet de chambre, y’avait comme du mépris dans ses yeux. Faudra pas être difficile, à la cave j’ai trouvé de la peinture bleue pour les boiseries et des rouleaux de papier peint à fleurs orange, genre des années soixante-dix, ah ça va être pop là-dedans ! On a aussi commandé un lit médicalisé et des cabinets à roulettes. Demain j’aurai fini.

Comme le Cuicui était vraiment pas net, Maman lui a brossé les tifs et il s’est laissé faire. L’erreur fatale ça a été le shampoing à sec ! Maintenant le pauvre maiou il a perdu tous ses poils sauf ceux de la tête et de la queue ! Mais il l’air de s’en foutre complètement, toute la journée il traîne avec sa copine l’Asticote. C’est dommage qu’ils fassent pas des petits, dans le genre croisement d’un sèche-cheveux avec une cafetière électrique, ça nous ferait de belles curiosités!

Comme c’est déjà tendu avec Maman j’ai pas voulu en rajouter, mais j’ai découvert sa cachette de la boîte blanche, à la cave, derrière les paquets de lessive. J’attends l’arrivée de la belledoche et après on verra pour les explications, je sais pas mais j’ai comme l’impression que je vais pas être déçu.

Hier soir au moment de l’apéro des grillages on a eu une séance pas prévue dans la rue, et heureusement qu’on n’avait pas trop picolé avec Maman sinon on aurait cru à une hallucination. Tout d’un coup on a entendu une sacrée musique qui sortait de chez Paulot, le ras du plancher, il avait ouvert toutes ses fenêtres et on entendu des machins en angliche bien vieux et bien forts ! Et là l’autre est sorti devant chez lui et s’est mis à danser comme un dingue, dans sa robe à fleurs, tout maquillé, avec une perruque dorée : – C’est Pâques qu’il a dit, on va pas laisser passer ça dans la confinerie ! Faut y aller, faut se remuer, on est encore vivants bordel ! Et là Maman elle m’a tirée dans le jardin, tout ça pour danser comme dans le temps qu’on allait à la Main jaune ! Elle était déchaînée ! Mais le pire était à venir : le Lucien est sorti déguisé en gros lapin et il a commencé à danser à distance avec le Paulot ! Et ça s’est mis à remuer dans tout le coin, la mère de la petite infirmière, l’obsédé du 44, le cocu du bout de la rue et même que la Calamité Jeanne elle battait la mesure avec sa canne ! On a sorti les chips de crevette, les alcools – même ceux pas vraiment autorisés ! – et on a dansé toute la nuit comme des tarés, pour faire savoir qu’on n’avait pas peur, et qu’on étaient vivants bordel !
VI-VANTS !

Pour le reste, on verra…Lundi !

Et en attendant : JOYEUSES PÂQUES !

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Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, les surprises sont souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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