Journal d’un vieux confiné…Jour 28

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

 

Vingt-huitième jour de confinerie

Faut pas exagérer tout de même ! Je veux bien mettre le pull poncho africain pour sortir l’Asticote mais je mettrai pas le bonnet à Zoreilles ! Y’a des moment où, dans la vie faut pas se laisser faire. Déjà qu’il est lourd son machin, que la couleur elle me plaît pas – chiure de mouche c’est pas mon style –  et la forme, on dirait un vieux sac avec des manches en spaghettis. Bon, je suis sorti à dix heures du soir et là je me suis dit que je verrai personne. J’ai mis le nez dehors, un œil à droite, un œil à gauche, rien à signaler. 

J’étais à peine dans la rue que j’ai entendu un portail grincer en face, c’était Paulot, le ras du plancher qui sortait sa poubelle. J’étais grillé. 

Il s’est arrêté en face de moi, comme interdit. Avec sa sortie de bain à fleurs et ses mules à pompons roses on aurait dit une vedette du Ali Vode sur le retour. Et pis y’a pas à dire mais les bigoudis ça arrange pas son homme. 

On est restés là, face à face – distance de sécurité quand même – à se mater l’un et l’autre, avec l’Asticote qui couinait comme une timbrée… Et là, le Paulot il a engagé la conversation ;

–  Ça va-t’y ?

– Bah comme tu vois, impeccable. 

– C’est sûr…

J’avais comme l’impression qui se foutait de ma fiole, il avait comme un sourire crispé… Alors là il m’a dit : 

– C’est quoi ton vêtement, c’est spécial, c’est vieux ? 

– Non… C’est Maman qui vient de le faire…

– Ah ouais ?  Et y a longtemps qu’elle tricote ?

Et ainsi de suite, avec des sous-entendus : « c’est bien pour sortir le chien, y’a des poches pour les sacs à caca. Moi j’ai rien de spécial pour sortir les poubelles je suis obligé de sortir comme ça, et patati et patata… »

J’ai coupé court, j’en avais marre de ses fadaises, je lui ai dit que chien voulait pisser et que ça serait bête d’abîmer ses mules… Je crois qu’il a compris et il m’a tourné le dos…  

Plus loin j’ai tourné dans la rue des raclures, celle qui va vers le château d’eau. Déjà que c’est moche cet endroit dans la journée, mais alors le soir…

Et comme c’était décidé que c’était ma fête y’a une bagnole de flics qui s’est arrêtée juste à côté de moi, avec des comiques à l’intérieur : 

– Bonsoir ms’ieur, vous avez votre laisser passer ? 

Je leur ai donné, et là j’ai senti comme une embrouille :

– Pourquoi vous avez coché toutes les cases ?

– Bah… Pour être tranquille, comme ça je peux faire ce que je veux…

– Mais ça marche pas comme ça…

Alors là y’en a un qu’est sorti, style cow boy à deux balles qui roule les mécaniques qu’il a pas :

– C’est quoi votre tenue ? C’est un truc camouflé pour qu’on vous voit pas ? 

Camouflé, camouflé… !  Alors là, pour la deuxième fois j’ai expliqué le machin et les flics qui se marraient comme des baleines. Je voulais me tirer mais la chienne elle a pissé sur les pneus de leur bagnole alors j’ai cru que ça allait vraiment dégénérer.

Et puis tout à coup j’ai vu un des flics se précipiter vers l’Asticote… Alors là j’étais prêt à la défendre, en plus on a le droit de sortir son clébard hein ? Et c’est là qu’il a dit :

– Mais c’est Myriam, mais oui, c’est Myriam !

Et là L’asticote qui fait la fête au poulet, qui pactise avec l’uniforme comme on dit chez les gens bien… J’en revenais pas ! Et puis je comprenais pas cette histoire de Myriam. Et c’est là que le flic me raconte qu’il était le voisin de la vieille qui avait la chienne avant… Et que l’Asticote elle s’appelait Myriam ! 

Alors tout s’est arrangé : les flics ont oublié l’histoire de l’osvess, ils m’ont souhaité une bonne soirée et j’ai pu rentrer chez moi tranquille. Ah on m’y reprendra à faire le mannequin de la mode pendant la confinerie !

Pour le reste on verra demain.

Copyright R.Trouilleux

Publié par

Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, la surprise est souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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