Journal d’un vieux confiné…Jour 40

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

Quarantième jour de confinerie

On a sorti les chaises longues avec Maman. Dans le jardin il fait beau et, sans bagnoles, l’air sent bon comme c’est pas croyable. Ça au moins ça sera un bon souvenir de la confinerie. Là, les pattes en l’air, on pense à rien ou à des bêtises. On a même descendu la belledoche avec nous. Elle roupille en ronflant comme une vieille machine. L’Asticote est couchée à côté du Cui cui qu’a presque tous ses poils maintenant. Même les bestioles ont l’air heureuses, ça fait plaisir à voir. 

Après tous ces malheurs du virus de la Corona on est quand même contents d’être toujours là même si on n’est pas sûrs de la suite. On entend bien des conneries dans la radio de la télé du Luxembourg, même avec les toubibs qui battent presque pour dire des trucs alors que souvent ils savent pas grand-chose. Tiens, pour le train, par exemple, y disent que les voyageurs y seront isolés dans les wagons. Ça va faire bizarre une personne dans chaque wagon et il en faudra des trains. Moi ce qui me plaît pas c’est que le wagon bar y sera fermé, alors pour picoler on pourra pas, ça fait passer le temps, toute de même. C’est comme pour les bistrots, comment on va faire pour boire si on est tout seul au comptoir ? C’est pas intéressant, surtout au café des sports où la Pilule, le patron, y s’intéresse pas au foot et il a pas de conversation vu qu’il a que la moitié de la cervelle. Et pis il est pas aimable alors, avec les potes, on lui cause pas aussi, on a assez à faire quand on y va, entre les quartés, les cartes et le loto on a assez à dire entre nous. Et, au fait, comment on va faire pour s’échanger des tuyaux ? Va falloir se téléphoner ? Faudra peut-être désaffecter la combinaison du téléphone aussi pour que le virus de la Corona y passe pas dedans ? 

Ah, ça me contrarie de penser à ça ! Heureusement qu’on a bien mangé à midi, elles étaient bonnes les sardines à l’huile et la boîte de cassoulet, ça vous remonte le moral direct ces choses-là, faut dire. 

Et pis l’histoire des masques elle est pas mal non plus. Au début du virus y nous disaient tous que les masques ça servait à rien et que ceux qu’on se faisait nous-mêmes ils étaient ridicules et inutiles. Et maintenant ils veulent nous envoyer des patrons pour nous expliquer comment y faut faire. Moi, je suis retraité, alors y a pas un patron qui entrera chez moi pour me donner des leçons de couture. 

Entre les trains où ce qu’on sera tous seuls, les cafés-tabacs vides et les patrons chez nous, faites-moi confiance, on est mal barrés.

Comme on a des problèmes de ballons d’eau chaude qui fuit à la cave j’ai mis de côté la boîte blanche pour en causer avec Maman. J’en peux plus d’attendre et on a perdu du temps avec ses machins de dentier et de belledoche, j’ai le droit de savoir tout de même. On verra. 

Ah, vivement qu’on se retrouve avec mes potes pour aller au café des sports ! Même si on est tout seul dans le bistrot on pourra parler aux autres qui seront dehors en gueulant un peu fort. J’en ai parlé à la divine mais elle me dit que je comprends rien à rien et que ça sera pas comme ça, tu parles ! On verra la tête qu’elle fera quand elle aura un patron dans la cuisine pour lui donner des cours de couture ! De tout manière on n’a plus de fil, alors… 

C’est quand même dur de penser à rien quand j’y pense, même dans la chaise longue des beaux jours. Tiens, y a la vieille qui se réveille, va falloir encore faire du Chirac, si c’est pas malheureux ! 

Comme y fait beau j’ai décidé de rester de bonne humeur quand même. Mais si il y a un patron qui sonne, j’ouvrirai pas ! 

Et pour le reste, hein, on verra demain. 

Copyright R.Trouilleux

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Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, la surprise est souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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