Journal d’un vieux confiné… Jour 53

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

 

Cinquante troisième jour de confinerie

Hier soir y’a mes vieux potes les cloportes qui sont venus vider un godet atome. Dans le jardin on était biens, j’avais allumé le barbecul et on a fait la fête avec des côtes de port et des frites en robes de chambre. Comme Maman elle avait la migraine j’aurai dû picoler avec Modération comme dit l’autre, sauf que Modération je le connais pas et je lui ai jamais été présenté, ça doit être un toubib ou un truc comme ça, un mec sérieux de toute façon vu que y a son nom sur toutes les bouteilles. 

Comme on était un peu fatigués on s’est fait une évocation de nos vieux souvenirs de potes, des trucs qui sentent un peu le moisi mais qui font plaisir tout de même. C’est comme ça qu’on a parlé de la Marinette, une pauvre fille qu’on avait rencontrés une fois sur un quai de gare et qui voulait se suicider. Mais manque de bol c’était la grève et y avait pas de train ! Elle voulait lâcher l’affaire à cause d’un drôle qui l’avait laissé là comme un vieux sac parce qu’elle était enceinte de lui. 

A seize ans elle commençait mal le voyage dans la vie. Nous on avait en gros la vingtaine alors on l’a aidée comme on pouvait, vu que ses vieux elle les voyait plus bicause qu’elle fumait de la Marie Joana, une marque de tabac qu’elle nous a fait connaître après, un machin qui détend, qui fait voir rose et qui donne des idées farfelues. Bref, elle est venue habiter dans ma piaule et on a commencé à la nourrir comme y fallait vu qu’elle était maigre comme un clou des mauvais jours. 

Trois mois après elle accouché d’un bébé très petit, du genre ficelle un peu grosse avec des bras qui s’agitaient dans tous les sens. Elle lui a donné nos trois prénoms et pis elle a emménagé chez Michel, vu que c’était un peu grand chez lui. Et on est devenus des pères comme qui dirait associés. 

Le problème c’est que la Marinette elle avait pas de métier vu que ses études c’était plutôt du genre minimum, et elle savait pas quoi faire. Pourtant elle était pas bête puisque dans le temps elle avait travaillé dans un atelier d’emboutissage de tétines à ressorts et pour ça il en fallait dans la cervelle. Mais des emboutisseuses de tétines on en demande pas souvent sur le marché du travail. Son môme on s’y était attaché même s’il était pas bien beau et un peu ratatiné, c’était notre machin à nous quatre. Et c’est marrant mais y a jamais eu d’histoire de fesse avec notre copine parce qu’on étaient tous maqués, d’abord, et qu’ensuite on aurait trouvé ça dégueulasse de sauter sur l’occasion qu’en était pas vraiment une. 

Mais la vie qu’avait vraiment pas été terrible avec Marinette dans un premier temps elle s’est bien rattrapée ensuite. Comme la petite elle était pas bégueule et que côté choses de la vie elle était plutôt bien informée, Cricri il l’a emmenée avec lui sur les tournages de ses cochonneries. Là comme y a avait personne pour le faire elle s’est occupée des costumes, faut dire que y’en avait pas beaucoup vu le genre de film mais elle s’est bien débrouillée. Et pis elle a fait aussi les sandwichs et les cafés pour tout le monde et elle est devenue indispensable. 

C’est là qu’elle a rencontré Mario, un comédien qu’était un sacré beau gosse. Tout s’est enchainé ensuite, il l’a embarquée avec lui dans les Indes et là il est devenu une védette de cinéma terrible. Il a fait plein de films avec des bas du Livoud où y a des filles et des mecs qui s’agitent dans tous les sens en chantant des trucs dans un genre de breton de là-bas. 

Ça nous a fait tout drôle de la voir en princesse dans un film, notre Marinette ; Y parait que aux Indes, quand elle passe dans les rues y faut des costauds pour la garder. 

On n’est pas un peu fiers de notre copine et, elle nous a pas oubliés. Elle nous envoye des supers cartes postales tous les ans et elle nous appelle des fois dans le téléphone. 

Et la ficelle qui porte nos prénoms, maintenant, c’est un mec de plus de quarante piges et qui fait presque deux mètres de haut. 

« Peut-être ce qu’on a fait de mieux dans nos vies de merde c’est de sauver la Marinette » qu’il a dit le Michel, alors là on l’a engueulé, faut pas exagérer quand même, on est peut-être un peu du genre minus mais c’est pas de notre faute et pis la réussite de notre vie on la doit à personne et même qu’avec les embrouilles à la petite semaine on a… 

Et pis merde, au bout de dix bières je puis le même zig ! On a trinqué à la santé de Marinette et on est partis se coucher… J’ai mal au crâne.

Et pour le reste on verra demain…

Copyright R.Trouilleux

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Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, la surprise est souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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