Dufy magicien des couleurs

Photo de Rosivan Morais sur Pexels

Quand les portes des lieux culturels s’ouvriront à nouveau, précipitez-vous au Musée de Montmartre pour vous plonger dans un bain de jouvence aux couleurs vives et chatoyantes. C’est en effet ce que nous propose ce lieu avec cette belle exposition « Le Paris de Dufy ».

Paris, ville foisonnante et fleurie, follement romantique et inspirante, riche de bruits, de couleurs, ville artistique que connut Dufy et que nous découvrons ici avec plaisir.

C’est un peintre plus proche de nous, plus quotidien qui nous est proposé avec ces dessins, toiles et meubles. Un itinéraire parisien nous invitant à partager sa folie colorée, son travail incessant de créateur. Dufy, habitant et travaillant une grande partie de sa vie impasse Guelma, à Montmartre, fut au cœur de la vie artistique parisienne et ne pouvait que retranscrire les formidables vibrations de ce lieu adoré des peintres. 

Un Paris de Dufy qui n’avait jamais été évoqué jusqu’ici, et c’est une très belle initiative que l’organisation de cette exposition. 

Raoul Dufy, itinéraire d’un magicien des couleurs 

Copyright R.Trouilleux

Né le 3 juin 1877 au Havre. Dès 1891, âgé de quatorze ans, Raoul qui dessine déjà beaucoup mais travaille au port du Havre pour une maison d’importation de cafés brésiliens « J’ai passé ma vie sur le pont des navires : c’est une formation idéale pour un peintre. » Après avoir suivi quelques cours de dessin à l’Ecole municipale des Beaux-Arts, Dufy quitte Le Havre pour Paris et l’Ecole nationale Supérieure des Beaux-Arts. Admis dans l’atelier de Léon Bonnat il y retrouve son camarade Émile-Othon Friesz. Avec ce dernier, il habite rue Cortot, occupant un atelier du premier étage de l’aile droite (actuel emplacement du musée). Fou de son art, Dufy est captivé par Paris qu’il traverse et dessine sans cesse, réalisant aussi des portraits et autoportraits, un véritable « flâneur en lévitation » selon l’heureuse expression de Didier Schulmann. 

Paris, au fil des rencontres… 

« Mais de Paris ce n’est pas qu’une vision monumentale et urbaine qui le passionne. C’est tout ce milieu parisien unique qui permet à un peintre de rencontrer tous les acteurs de la scène artistique et littéraire » Sophie Krebs, Dufy et Paris

1905, Salon des Indépendants, choc pour Dufy ! Il y découvre l’œuvre d’Henri Matisse et adopte alors r le style fauve. Mais le fauvisme n’est qu’une étape vers la découverte de son style personnel, il s’en détachera en 1907

1908, voyage à l’Estaque avec Braque : il simplifie alors les formes, structure l’espace et adouci ses couleurs. Assez rapidement, il se débarrasse des contraintes cubistes pour se laisser aller au plaisir de la liberté du trait. 

1909, Dufy fait la connaissance du couturier Paul Poiret et lors d’un diner rencontre Guillaume Apollinaire ; A la demande du poète, Raoul Dufy grave trente bois destinés à illustrer le recueil « Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée ». Cette collaboration fructueuse incite Apollinaire à introduire Raoul Dufy dans les cercles littéraires parisiens. Quelques mois après, Paul Poiret, fasciné par les bois gravés de l’artiste, lui propose de transposer ces motifs sur textile. 

1910, Salon des Indépendants, cinq peintures dont trois « Jardins » inspirés de ses visites au Jardin des Plantes. 

1911, il s’installe avec sa jeune épouse Eugénie- Émilienne Brisson 5, impasse Guelma, à Montmartre. Cette même année, il créé avec Paul Poiret, une entreprise d’impression de tissus « La petite Usine » 141, boulevard de Clichy

1914, la Première Guerre mondiale est déclarée. Souffrant d’un rhumatisme articulaire aigu, il ne pourra être envoyé au Front. Il produit alors des gravures de propagande issues de sa propre entreprise, Iconographie Raoul Dufy. En 1917 il est mis à la disposition du musée de la Guerre dont en 1918 il devient le conservateur adjoint, chargé de la bibliothèque. 

1919, mêlant la fluidité, la couleur et le mouvement, le « style Dufy » éclate au grand jour.  que l’artiste met en place et auquel il restera fidèle. 

1923, Paris, Paris, Paris !  Dufy réalise une série de cartons de tapisseries sur le thème de Paris et de ses monuments pour des garnitures de sièges et un paravent qui sont exécutés par la manufacture nationale de Beauvais. En 1925, il peint une tenture, Paris à vol d’oiseau pour Paul Poiret.

« Le voici s’amusant à prendre Paris comme sujet de son œuvre. Paris est représenté à vol d’oiseau ; des maisons serrées les unes contre les autres comme dans les anciennes représentations des villes qui ornent les relations de voyage. Par endroits se détachent les monuments de la capitale. Pour en donner l’aspect principal, Dufy les a tournés tous vers le spectateur. L’effet en est des plus heureux ». (Christian Zervos).

1934, Marie Cuttoli, célèbre mécène propose à Raoul Dufy de créer de nouveaux cartons de tapisseries sur le thème de Paris. Les deux tapisseries réalisées respectivement en 1934 et 1937 par les lissiers d’Aubusson André Delarbre sont pour la première fois réunies à l’exposition. 

1936, plusieurs commandes de décors lui sont faites dont La Seine, de Paris à la mer pour parer le mur de l’hémicycle du bar-fumoir du théâtre du Palais de Chaillot. 

1937, il réalise pour le pavillon de l’Electricité à l’Exposition internationale des arts et des techniques La merveilleuse « Fée Electricité ». Cette même année, il est invité à être membre du jury du prix Carnegie, et se rend pour la première fois aux États-Unis, à Pittsburg en Pennsylvanie. 

1938, la couleur et la lumière occupent une place prépondérante dans son œuvre, scènes de cargos, d’ateliers et hommages aux musiciens. Il est un  » «  Coloriste unique, l’un des plus merveilleux de tous les temps, il sait de ses étonnants bleus, verts, jaunes et violets, emplir une toile, la saturer, en faire une explosion d’intensité. » 

Un « Paris vu d’en haut » comme l’indiquent joliment les organisateurs, à survoler avec délices au Musée de Montmartre. 

Fille de Paname a aimé :  plutôt adoré l’ensemble mobilier, banquettes et fauteuils commandé à Dufy et André Groult par l’Etat en 1933 ! Des sièges aux lignes épurées recouverts des tapisseries de Beauvais éclatantes d’un raffinement absolu. 

Et comment ne pas admirer le paravent au panorama de Paris qui donne une impression de survol anchanté de la capitale (1933). 

Les conditions de publication d’images imposées par les exposants nous paraissant trop restrictives, nous sommes au regret de ne pouvoir publier les images, pourtant très belles, que nous avons faites lors de notre visite presse. 

Le Paris de Dufy, printemps-septembre 2021

Musée de Montmartre, 12 rue Cortot 75018 Paris Tel : 01 49 25 89 39

Le musée est ouvert tous les jours de 10 h à 18 h d’octobre à mars (sous réserve)

Et de 10h à 19h d’avril à septembre (sous réserve)

Publié par

Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, les surprises sont souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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