« L’Extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt » au Palais-Royal

Raconter sur scène l’immense Sarah, il fallait oser s’y atteler car tout en cette comédienne demeure extraordinaire, cent ans après sa mort. « La Divine » nous intrigue encore et nous inspire toujours autant car elle avait une longueur d’avance sur son temps.

Notre époque manquant encore cruellement de modèles féminins, Géraldine Martineau (texte et mise en scène) nous propose justement ce spectacle incandescent, poétique et brillant pour revisiter la vie d’une femme libre qui s’est consacrée à l’art théâtral (elle s’est aussi essayée à la peinture et à la sculpture où elle s’est d’ailleurs révélée très talentueuse).
 

Nous voilà donc happés dans ce théâtre du Palais Royal à l’ambiance magique et fastueuse, dans cette épopée théâtrale et musicale enthousiasmante. La joie virevoltante des comédien.nes et des musicien.nes sur scène, formidables Florence Hennequin au violoncelle et Bastien Dollinger au piano et à la clarinette, nous réjouit . C’est un hymne au théâtre et quoi de plus beau pour célébrer Sarah Bernardt!

Il fallait l’incarner et Géraldine Martineau a choisi une voix d’or d’aujourd’hui. L’un des talents de l’immense comédienne qu’est Estelle Meyer, est décidément celui de nous emmener du texte à la chanson sans qu’on s’en rende compte.

Elle offre à cette Sarah toute son énergie créatrice, sa puissance mais elle emprunte aussi des sentiers de délicatesse et de douceur, ce qui nous la rend vivante, l’espace d’un spectacle encore. On se met à rêver les yeux ouverts, de cette belle époque où tant de talents émergeaient, s’affirmaient, se côtoyaient et créaient ensemble. Sarah Bernardt a joué Hugo de son vivant, Rostand a écrit l’Aiglon pour elle, Mucha dessinait ses affiches, elle a appris à sculpter avec Gustave Doré…

Estelle Meyer nous semble vibrer entièrement comme Sarah, traversée par sa soif de liberté, son ambition, ses combats et son humour, celle dont la devise était « Quand même ! », celle qui a tracé avec génie un destin unique. Il est bon de reparler de son refus courageux de dépendre d’un homme pour pouvoir vivre pleinement son destin, de sa compassion à transformer un théâtre en hôpital, de son courage dans la douleur puis de l’amputation de sa jambe. Rien ne l’arrêtait, ni l’antisémitisme, ni un patriarcat dénigrant. Sa passion pour les textes, les auteurs, les personnages nourrissait son énergie débordante. Elle fut la première star française internationale et ses tournées théâtrales, notamment aux Etats-Unis, furent romanesques et mémorables.

L’intelligence de la création réside dans sa brillante mise en scène d’une narration fluide, musicale, grâce au talent des comédiennes et comédiens si justes et interprétant chacun de multiples personnages… Ils nous font traverser avec une générosité magnifique, dans des costumes et décors si élégants, cette vie tumultueuse, mélange fou de fantaisie, de drames, d’amours passionnés, de liens familiaux compliqués. La douce chanson de la mort de la petite sœur (merveilleuse Priscilla Bescond) reste un moment suspendu, l’un des plus émouvants du spectacle pour moi, tant les comédiennes sont sensibles et justes.

Courez vivre ce tourbillon virtuose d’émotions contrastées, découvrir l’énergie d’une telle troupe de cinq comédiennes trois comédiens tous fabuleux, des chansons et musiques très réussies. Ce spectacle complet a du souffle, du panache, et remplit le cœur d’un nouveau courage.

Courez-y pour commencer la rentrée, remplissez les théâtres, seul l’art vivant offre de telles émotions comme le savait si bien Sarah !

L’extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt

Texte et mise en scène. Géraldine Martineau

Avec Estelle Meyer, Marie-Christine Letort, Isabelle Gardien, Priscilla Bescond, Blanche Leleu, Sylvain Dieuaide, Antoine Cholet, Adrien Melin, Florence Hennequin et Bastien Dollinger

Collaboration artistique. Sylvain Dieuaide

Scénographie. Salma Bordes

Création costumes.  Cindy Lombardi

Création lumière/vidéo. Bertrand Couderc

Chorégraphe. Caroline Marcadé

Perruquière. Judith Scotto

Composition musicale. Simon Dalmais et Estelle Meyer

Création sonore. Antoine Reibre

Assistante m.e.s. Elizabeth Calleo

Durée : 1h45

Âge : tout public

Infos / Résa : 01 42 97 40 00 / resa@theatrepalaisroyal.com / http://www.theatrepalaisroyal.com

Théâtre du Palais-Royal : 38 rue de Montpensier, 75001 paris

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