Parle présente le portrait d’une famille dysfonctionnelle mais qui ne peut qu’évoluer ensemble, comme si l’individu se niait au profit du groupe. Une tragi-comédie étonnante qui ne plaira sans doute pas à tous et c’est tant mieux. À découvrir à la Manufacture des Abbesses.
Quand on va à la Manufacture des Abbesses, on est certain qu’on en sortira bousculés. Les spectacles qui y sont proposés ont souvent une portée sociétale, mélangent les genres pour mieux désarçonner en des formes hybrides entre le théâtre public et privé, rendant poreuses les frontières entre ces deux institutions qui feraient mieux de s’unir plutôt que de se disloquer. Mais c’est un autre débat.
Parle de Noémi Lefebvre et mis en scène par Judith Bernard est de ceux-là. Un décor immaculé, des costumes qui vont de pair, comme si les comédiens cherchaient à ne faire qu’un, comme des caméléons. Une unité qui ne quittera jamais le spectacle. Comme une hydre à quatre têtes, ils forment une famille qui s’adresse à l’un d’entre eux, hors champ, l’exhortant à parler alors qu’ils ne lui laissent aucun répit pour pouvoir effectivement dire quelques mots. Ils balancent ainsi, à flot ininterrompu, des vérités, contre-vérités, évidences, interrogations, de véritables miscellanées qui n’oublient jamais d’être justes et drôles.
Car derrière cette litanie qui n’est interrompue que par des noirs plus ou moins longs d’où surgissent musique classique et apparitions fantomatiques, ce sont des critiques des travers de notre société qui sont déclamées par les uns et les autres. Sans aller trop loin non plus : car se revendiquant d’une classe de bourgeoisie intermédiaire, ces quatre-là dont on ne connaît pas vraiment les liens, ont une crainte absolue du déclassement et de la chute. Ils aimeraient monter, tout en fustigeant les élites et redoutent les révolutions qui les balaieraient sur leurs passages.
Ils attendent que la nuit porte conseil. Et c’est de là d’ailleurs, de l’obscurité, qu’ils retrouvent leur énergie pour pouvoir aller encore plus loin dans leurs conciliabules, liés souvent à l’argent et la peur d’en manquer, de devoir partager leur héritage avec celui qui ne dit rien parce qu’il ne peut rien dire. Et le spectacle de devenir jeu de massacre collectif placé sous la houlette d’une fausse bienveillance. Aussi drôle que terrifiant.
Parle, à la Manufacture des Abbesses – 7, rue Verron 75018 Paris. Jusqu’au 27 novembre, du lundi au mercredi à 21h et le dimanche à 20h.







