« Requin Velours » au Théâtre Ouvert

Lecteurs sensibles s’abstenir ! Sur un ring de boxe dans un théâtre du 20e arrondissement, se déroule le récit sur un ton original et décalé, de la vie d’une jeune femme et sa transformation après un viol. L’accroche est directe, comme l’a été le douloureux épisode. Narrée par Roxane et ses deux copines, Joy et Kenza, le thème de cette pièce est artistiquement traité dans cette interprétation.

La pièce se déroule sur ce ring qu’on peut voir comme la scène de combat, la lutte qu’entreprend Roxanne pour sortir de son traumatisme. Les comédiennes jouent, dansent et chantent, dans une pièce très vivante. S’intègrent des scènes évoquant le milieu de la prostitution, de la sensualité du corps. Ici il n’y a pas de tabou. C’est quelque chose qu’on a aimé dans cette pièce : rien n’est raconté sur le ton du traumatisme mais tout suggère à ce que le viol implique. C’était d’ailleurs le but, d’être une fiction, et par l’imaginaire, le récit ou l’art, réparer les victimes.

La première scène de Roxane et son solo de danse sont d’ailleurs époustouflants !

Mais Roxanne ne pourra jamais avoir réparation de son agresseur. Ce qu’on lui a volé a été perdu. Comment se reconstruire après cela ? La réponse de Roxanne, c’est le dialogue, le dialogue avec ses copines, « Les Loubardes » rencontrées à un concert. C’est la rage qui sort et qu’elle exprime sur son ring. C’est l’abandon à une vie de prostitution après tout, « ce qu’elle fait le mieux ». Cet abandon à la prostitution, c’est aussi la violence du viol qui se répète, non pas seulement envers les hommes en réalité, mais aussi envers elle. Les épisodes difficiles de ces rencontres avec les homme sont relatés avec parcimonie, et même humour.

Toute cette pièce se sert de la chanson, de la danse, de l’humour pour traiter du thème de la réparation psychologique. Les pleurs et la colère, qui sont réprimés par les victimes de viol ou autres violences sexuelles (et peut-être autres violences tout cours), qui ont dû se taire, car la place pour parler et être réparé, existe peu. Alors, après avoir pris le pli de se taire, la difficulté de sortir sa colère, ou de libérer sa parole, resurgit.

Parmi les scènes de fin, une représentation du juge et de l’avocat (superbe interprétation des loubardes Amandine Grousson et Cécile Mourier), pour le procès imaginé de l’agresseur face à Roxane (Mécistée Rhea) a même réussi le défi de faire rire par moments ! Les questions de prison, réparation au préjudice sont abordées, et pour cela Roxanne s’exprime, aidée par ses deux amies pour la soutenir. Une belle histoire d’amitié et d’amour.

Déconseillé aux moins de 16 ans
ATTENTION : Cette pièce traite de violences sexuelles

Du 6 au 21 février au Théâtre Ouvert

Lundi au mercredi à 19H30
Jeudi et vendredi à 20H30
Samedi à 18H

(partenariat)

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