L’amer à boire
Histoire d’amour (im)possible sur fond de fin du monde, La Marée est une odyssée en surplace audacieuse, poétique et étonnante, à découvrir jusqu’au 4 mai au Funambule Montmartre. Prêts à vous embarquer ?
Un jeune homme et une jeune femme qui ont l’air de s’amuser. Certes, ils semblent éreintés, mais rien n’indique tout d’abord qu’ils viennent de subir le traumatisme ultime : celui d’être les derniers survivants de l’apocalypse. Après eux, le déluge. Cette mer qui monte, devenue toxique et menace de les engloutir. De cette fin du monde, on ne saura rien, ou presque. L’important est ailleurs : les liens qui unissent ce couple qui n’en est pas et qui, pour tromper l’ennui, joue comme des enfants devenus trop grands, à un jeu dangereux : l’amour ou la mer. En d’autres termes : faire semblant d’être amoureux ou sombrer dans les flots.
Un jeu d’amour et de mort dont l’issue ne peut qu’être fatale : l’un des deux risque de tomber réellement amoureux, mais cet amour n’a plus aucun but, aucun espoir d’enchanter le monde. Ou le suicide en se jetant à l’eau. Un choix cornélien donc qui peut aussi être évité par le statu quo : l’absence de choix, le refus de jouer et éviter ainsi la déception qui ne pourra que poindre.
Il y a du Marguerite Duras dans cette Marée, pour sa poésie, sa situation aussi tragique que romantique, cette ombre de la mort qui semble planer à tout moment. Le texte et la mise en scène de Léa Dubois invitent à la réflexion autour des sentiments au moment où tout paraît perdu et n’en oublient pas la légèreté pour autant, avec des moments au bord de l’absurde qui dédramatisent l’indicible. Le tout, servi par une bande originale émouvante créée spécialement pour le spectacle.
Laissez-vous engloutir par cette délicieuse Marée, pièce onirique servie par deux jeunes comédiens de talent, Claire Choquet et Paul Villeminot qui campent avec bonheur ces deux êtres aux portes de l’âge adulte et de la disparition.
La Marée, au Funambule Montmartre (53, rue des Saules 75018 Paris). Du jeudi au samedi à 19h ou 21h, le dimanche à 20h. Jusqu’au 4 mai.






