Les films qui vont faire sensation à Cannes !

Comme chaque année, je retourne à Cannes, accréditée, pour suivre le Festival au plus près. Entre projections matinales, files d’attente au soleil (ou sous la pluie, Cannes sait varier les plaisirs) et discussions passionnées sur la Croisette ou dans les couloirs du Palais, c’est toujours un moment unique où le cinéma se vit pleinement, dans toute sa diversité et son effervescence.

Voici les films que j’attends avec impatience cette année : ma sélection personnelle, guidée par la curiosité, quelques coups de cœur annoncés…

LA PETITE DERNIÈRE – Hafsia Herzi

Troisième long métrage de Hafsia Herzi, La Petite Dernière s’annonce comme une œuvre profondément personnelle. Depuis ses débuts de comédienne, Hafsia Herzi s’est toujours distinguée par sa capacité à incarner des personnages sensibles et intenses. Après avoir exploré des thèmes forts comme les mères courage (Bonne Mère) et les amours dévastés (Tu mérites un amour), elle nous livre cette fois-ci le portrait d’une adolescente en pleine transformation. Fatima, 17 ans, la cadette d’une famille d’immigrés algériens, grandit dans une banlieue parisienne où les thèmes de l’amour et de la sexualité sont des sujets tabous. Lorsqu’elle quitte le lycée de banlieue pour intégrer la fac de philo à Paris, un choc des mondes s’opère. Ce nouveau départ marque pour elle un tournant : Fatima commence à prendre ses distances avec sa famille et découvre sa propre identité, notamment à travers la découverte de son homosexualité. Un parcours d’émancipation qui l’amène à remettre en question sa foi musulmane, ses racines et sa place dans la société. Dans ce film, Hafsia Herzi continue de creuser le sillon d’un cinéma social, sensible et délicat, habité par des héroïnes fortes, complexes et profondément humaines. Et pour couronner le tout, La Petite Dernière marque les débuts au cinéma de Nadia Melliti, une jeune comédienne à suivre de près.

JEUNES MÈRES – Jean-Pierre et Luc Dardenne

Avec Jeunes Mères, les frères Dardenne continuent de scruter, avec leur regard toujours pudique et acéré, les marges de la société. Cette fois, ils s’intéressent à de très jeunes femmes, devenues mères trop tôt, confrontées à la précarité, aux injonctions sociales, et à leurs propres contradictions. Jeunes Mères naît d’une immersion dans une maison maternelle près de Liège, où vivent des jeunes mères, souvent mineures, confrontées aux défis de la maternité précoce. Le projet, initialement centré sur un seul personnage, évolue pour devenir un portrait de cinq jeunes mères, chacune avec une histoire unique. Le film explore leur quotidien : la relation avec leur enfant, les angoisses, les espoirs et les dilemmes autour de leur avenir, souvent marqué par l’absence du père et des difficultés sociales.
En dehors de la vie commune de la maison, les réalisateurs se concentrent sur les trajectoires individuelles, montrant les luttes pour l’autonomie, la réconciliation avec le passé et la quête d’une nouvelle identité. Le film met en lumière la maternité précoce liée à la pauvreté et aux carences affectives, et montre comment ces jeunes femmes tentent de se libérer de ces schémas répétitifs, révélant leur force et leur singularité dans ce processus. Fidèles à leur style épuré et à leur art du réel, les Dardenne promettent un récit à hauteur et humain. Hâte d’y voir Elsa Houben que nous suivons depuis ses débuts ! 

ALPHA – Julia Ducournau

Après Grave et la Palme d’Or pour Titane, Julia Ducournau revient avec Alpha, un film à la croisée de ses obsessions organiques et de son regard acéré sur les corps, le pouvoir et la métamorphose. Annoncé comme son œuvre « la plus personnelle et la plus profonde », Alpha s’annonce comme une plongée radicale dans les tensions entre domination et animalité, où les hiérarchies vacillent et où les identités explosent. Le récit suit Alpha, 13 ans, une adolescente en colère qui vit seule avec sa mère, jusqu’au jour où elle revient de l’école avec un mystérieux tatouage et du sang sur son débardeur. À travers ce point de bascule, Ducournau explore les frontières entre amour, monstruosité et révolte intérieure. Avec Golshifteh Farahani et un Tahar Rahim méconnaissable dans un rôle de composition saisissant, Alpha promet une expérience de cinéma sensorielle, inconfortable et viscéralement puissante. Julia Ducournau ne fait jamais dans la demi-mesure et on a hâte de vivre cette expérience !

VALEUR SENTIMENTALE – Joachim Trier

Après le très acclamé Julie (en 12 chapitres), Joachim Trier revient avec Valeur Sentimentale, une œuvre où il poursuit son exploration des territoires de l’intime, entre mémoire, deuil et transmission. Le film suit Agnès et Nora, deux sœurs confrontées au retour de leur père, cinéaste célèbre mais absent, venu leur proposer un rôle dans son nouveau film. Nora, interprétée par Renate Reinsve, refuse avec colère, poussant son père à se tourner vers une jeune actrice hollywoodienne. Ce choix fait ressurgir les blessures enfouies et les liens complexes d’une famille marquée par les non-dits. Entre drame familial et réflexion artistique, Trier tisse une chronique pudique et mélancolique sur ce que l’on transmet, consciemment ou non, et sur les traces que laisse le passé.

EDDINGTON – Ari Aster

Après avoir marqué les esprits avec Hérédité, Midsommar et Beau Is Afraid, Ari Aster revient avec Eddington, un néo-western contemporain présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2025. Situé en mai 2020, en pleine pandémie de COVID-19, le film explore les tensions croissantes dans la petite ville fictive d’Eddington, au Nouveau-Mexique. Le shérif Joe Cross (Joaquin Phoenix) et le maire Ted Garcia (Pedro Pascal) s’affrontent dans une lutte de pouvoir qui divise la communauté, exacerbant les conflits sociaux et politiques. Louise Cross (Emma Stone), l’épouse du shérif, se retrouve déchirée entre loyauté familiale et conscience morale.

Avec une distribution prestigieuse comprenant également Austin Butler, Luke Grimes, Deirdre O’Connell, Emma Stone et Micheal Ward, Eddington promet une immersion intense dans une Amérique fracturée. Le film, d’une durée de 148 minutes, est produit par A24 et Square Peg, avec une photographie signée Darius Khondji et une bande originale composée par Bobby Krlic et Daniel Pemberton. Prévu pour une sortie en salles le 18 juillet 2025, Eddington s’annonce comme une œuvre puissante, mêlant drame psychologique et satire politique, fidèle à l’univers singulier d’Ari Aster.

UN SIMPLE ACCIDENT – Jafar Panahi

Emprisonné par le régime iranien mais toujours libre dans son art, Jafar Panahi continue de livrer des films puissants, où l’intime et le politique s’entrelacent. Avec Un Simple Accident, il nous plonge dans une narration tendue et poétique, où un événement apparemment anodin devient le catalyseur d’un enchaînement d’événements bouleversants. Par son regard précis et humaniste, Panahi dresse le portrait d’une société en pleine mutation, où la vérité se cache sous des couches de non-dits. Le film promet, une fois de plus, une réflexion profonde sur la liberté individuelle et la résistance à l’oppression, dans la lignée de ses œuvres précédentes.

VIE PRIVÉE – Rebecca Zlotowski

Avec Vie Privée, Rebecca Zlotowski continue de sonder les complexités des relations humaines avec une précision qui lui est propre. Après Grand Central et Planetarium, la réalisatrice nous plonge cette fois dans l’intimité des personnages avec une intrigue captivante. Le film suit Lilian Steiner, une psychiatre reconnue, qui apprend la mort de l’une de ses patientes. Convaincue qu’il ne s’agit pas d’un accident mais d’un meurtre, Lilian se lance dans une enquête personnelle qui bouleverse sa propre vie et ses repères professionnels. À travers cette histoire, Zlotowski explore les limites entre la vie privée et la vie publique, la moralité et le devoir. Le casting de ce film promet d’être exceptionnel, avec une équipe de stars réunissant Jodie Foster dans le rôle de Lilian Steiner, Daniel Auteuil, Virginie Efira, Mathieu Amalric, Vincent Lacoste et Luàna Bajrami. Chacun d’eux apportera sa propre dimension à cette intrigue psychologique intense, parfaitement orchestrée par la caméra de Zlotowski. Et avec un tel casting, Vie Privée est assurément l’un des films les plus attendus de l’année.

À très vite sur la Croisette !

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