« Instants donnés » Robert Doisneau au Musée Maillol

Cher monsieur Doisneau…

Le musée Maillol présente une très jolie rétrospective de l’œuvre du grand photographe, véritable collection de moments suspendus saisis au vol par un « œil » unique en son genre.

C’est une véritable chance de pouvoir contempler au Musée Maillol un choix des photographies de Robert Doisneau. Une exposition claire, des plus classiques et très respectueuse de l’œuvre du grand photographe.

Les photos de Doisneau sont comme le bon vin. Avec le temps, elles prennent de plus en plus de valeur visuelle et témoignent d’un monde évanoui à jamais. Les décors ont changé et les allures des personnages saisis par son objectif semblent bien éloignés de nous aujourd’hui.

Par-contre, l’ « œil » de Doisneau est toujours subsistant dans ces images. L’homme à l’appareil photo ne ridiculisait jamais ses modèles, et si l’humour pointe parfois, il ne fait que souligner une silhouette ou une situation.

Toutes ces images racontent une histoire et font aujourd’hui partie de l’histoire avec un petit ou un grand H. Merveilleusement cadrées, elles ont aussi des œuvres d’art, de véritables tableaux que l’on voudrait emporter avec soi pour les contempler dans l’intimité, avec le sentiment égoïste d’en ressentir des sensations esthétiques uniques et personnelles.

Robert Doisneau, lors de ses nombreuses interviews, parlait du monde, des gens qu’il rencontrait, des rues qu’il parcourait, avec science et beaucoup de simplicité et c’est un régal de l’entendre et de le retrouver – les audios le permettent dans le parcours de l’exposition.

Si les images parlent d’elles-mêmes – elles sont parfois très bavardes et c’est un plaisir de les regarder/écouter – l’artisanat de Doisneau est aussi exposé avec des maquettes de livres, placards publicitaires qui trahissent pour notre plus grand plaisir le grand travail accompli par le photographe au service de l’image.

Toutes aussi bouleversantes sont ses photos de gens simples, comme vous et moi, qu’il transformait en un cliché en véritables vedettes. Les regards clairs et soutenus des mineurs de fond sont inoubliables et leurs corps dénudés saisis dans l’effort rappellent l’imagerie de grand tableaux classiques.

Les photographies de Robert Doisneau témoignent du passé d’une région, l’ïle-de-France, qui a beaucoup changé depuis. Les masures, les loges de concierges, petits métiers font partie du passé, parfois heureusement certains diront, mais les images de la misère, de la vie modeste, parfois souriantes, sont curieusement esthétiques.

On quitte cette exposition en traversant la fameuse photographie du « baiser de l’hôtel de ville »  sur laquelle on a tant écrit…

Et ce n’est pas sans frissonner, car les photographies du grand Doisneau, pétries d’amour, de simplicité et de sympathie, sont belles et émouvantes comme cette image d’un moment de bonheur saisi par un « œil » unique, et qui ne reviendra jamais.

Un baiser de Fille de Paname sur votre joue, cher monsieur Doisneau, vous l’avez bien mérité !

Photographies de cet article, copyright R.Trouilleux

Musée Maillol 59-61 Rue de Grenelle, 75007 Paris

01 42 22 59 58
Ouvert tous les jours de 10h30 à 18h30
Nocturne le mercredi jusqu’à 22h

Accès

BUS
Lignes 39, 63, 68, 69, 83, 84, 86, 87, 70, 94, 95, 96.

RER C, arrêt Musée d’Orsay

METRO
Ligne 12, arrêt Rue du Bac
Ligne 4, arrêt Saint-Sulpice
Lignes 12 / 10, arrêt Sèvres-Babylone

VELIB’
Raspail-Bac Station n°07004, face au 2 bd Raspail

Publié par

Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, les surprises sont souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

Laisser un commentaire