LA VÉRITABLE HISTOIRE D’ORPHÉE ET EURYDICE : DESCENTE AUX ENFERS AU THÉÂTRE DE NESLE

Le mythe d’Orphée et Eurydice revient, mais passe en mode cabaret infernal. Au Théâtre de Nesle, une conteuse prétend détenir la vraie histoire et la réinvente sous nos yeux, avec malice. Voici un spectacle qui joue avec nos certitudes, nos peurs et notre besoin de sens.

Crédit Compagnie Vespérale

Un spectacle inclassable Nicolas Schiavo nous offre ici un texte à la fois digne des surréalistes de l’Oulipo et une réflexion existentielle.Il aime explorer la perception, la fragilité de la vérité et notre rapport au réel. Avec ce mythe antique version cabaret, oubliez la tragédie larmoyante. Ici, Orphée et Eurydice prennent des accents très contemporains.

Autour de la conteuse fédératrice, Minos, Charon, Jason et d’autres figures mythologiques s’invitent dans le récit. Leur présence bouscule le mythe, questionne notre humanité et fait dérailler le récit attendu.

L’auteur et metteur en scène Nicolas Schiavo puise autant chez Virgile et Ovide que chez Cocteau, Valère Novarina ou Beckett, dans le goût du décalage et du jeu sur la langue.

Dans sa pièce, Orphée (Virgile Flamant) s’oriente aussi dans les enfers grâce aux vers de Dante pour tenter d’y retrouver son Eurydice (Vérane Chardonnet).

Crédit Compagnie Vespérale

Une mise en scène riche Déjà remarqué avec ses mises en scène d’Incendies et d’Illusions, Nicolas Schiavo récidive, cette fois avec son texte. Sa mise en scène met chaque comédien.ne en valeur. Le rythme est parfaitement dosé, sans oublier l’utilisation du silence qui permet, ici, une respiration, là, une montée en tension.

La compagnie Vespérale s’empare du mythe avec une énergie très physique. Le jeu semble osciller entre burlesque assumé, émotion brute et moments philosophiques. Les corps, la musique des mots et les sons composent une sorte de fête baroque, dans un décor soigné. Les costumes extravagants et fantasques réalisés par Maxence Rapetti-Mauss de L’épinglée costumes et les maquillages de Mélisse Neel accentuent ce carnaval des enfers. C’est un univers coloré, parfois grotesque, où presque chaque personnage devient une apparition troublante.

Crédit Compagnie Vespérale

Des comédiens complices L’excellente Ludivine Meulle au maquillage et au costume aussi créatifs que seyants, est la conteuse qui fait le lien entre les différents tableaux de la pièce.

Jean-Luc Giorno a une vraie présence scénique, tour à tour grave et légère (le mort récidiviste), mais aussi royale (Minos), dans un costume taillé magistral et lumineux sur mesure.

David Buit oscille avec puissance entre fantaisie malicieuse (Charon) et rage effrayante (Cerbère). Il passe avec aisance du personnage de l’ambulancier à celui, effrayant, du chien mythologique.

Crédit Compagnie Vespérale

Romane Bonnardin, en Jason digne de blanc vêtu, nous montre combien la question de Dieu a traversé les âges chez les auteurs. Vous ne pourrez que trouver votre compte parmi les nombreuses citations :

Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer. Voltaire

Dieu est un fox à poil dur. Hubert-Félix Thiéfaine

Présence pétillante régulière aux côtés des comédiens, Juliette Labreuche fait elle aussi le lien entre les différents tableaux. Ses lunettes roses percent l’obscurité et elle n’a pas la langue dans sa poche. Vous entendrez par sa bouche de nombreux mots pour la première fois.

Les comédiens jouent avec le public qui ne cache pas son bonheur et sa surprise. Le Théâtre de Nesle se prête bien à cette plongée sous terre. On y entre presque comme dans un labyrinthe, guidés par la langue, les lumières et les figures du mythe.

Crédit Compagnie Vespérale

Pour un soir, une salle de théâtre voûtée du VIème arrondissement parisien prend des airs d’Hadès chic et joyeusement barré. Si vous aimez les mythes remixés, l’humour noir et les textes qui questionnent, foncez au Théâtre de Nesle. Ce n’est pas un cours de philo, mais une fête étrange où l’on rit devant l’absurde de la vie, tout en en recherchant le sens.

La véritable histoire d’Orphée et d’Eurydice

Lieu : Théâtre de Nesle, 8 rue de Nesle, 75006 Paris

Dates : Jusqu’au 24 janvier 2026 les vendredis et samedis à 21h

Puis du 2 au 23 mars 2026 : les lundis soir à 21h

Durée :1h15

Réservations : en ligne sur le site du Théâtre de Nesle

Tarifs : 22 € plein tarif / 15 € tarif réduit / 10 € tarif de groupe (10 personnes ou plus) / 12 € étudiants du cours Florent et studio JLMB

Accès :
Métro : ligne 10, station Mabillon; ligne 4 ou 10, station Odéon

(Partenariat=> Nous avons été invitées mais ça ne change rien, nous avons vraiment adoré puisque nous faisons l’article à la suite :)

Publié par

Amoureuse de Paris, j'aime partager mes découvertes culturelles, gastronomiques... Je vous dis ce qui m'a plu pour vous donner envie de sortir dans cette si jolie ville qu'est Paris où l'on a la chance d'avoir tant à faire, à voir, à goûter et à tester... Également désormais : des interviews !

Laisser un commentaire