Le comédien Franck Desmedt, que nous avons eu la joie de découvrir dans Saint-Exupéry, le commandeur des oiseaux, a reçu le Molière 2024 du seul(e) en scène pour ce spectacle sur le reporter de guerre. Depuis sa création en 2023, il a été joué plus de 600 fois.
Un spectacle intelligent et visuellement soigné Le texte de Mathieu Rannou est d’une grande beauté. Il est mis en valeur par un décor composé principalement d’un fauteuil, d’une voile et d’un porte-manteau.
La voile devient habit de bédouin dans le désert d’Afghanistan. Elle est aussi une tente derrière laquelle le comédien joue parfois de son ombre, agrandie par le jeu d’un projecteur.
La voile se pare souvent de lumières sublimes aux dégradés parfaits. Laurent Béal crée ainsi des atmosphères très variées. Le vert suffit à évoquer l’Irlande, où Kessel part en 1920 en étudier la révolte face aux Anglais. La musique, également signée Mathieu Rannou, fait corps avec le texte. Le chant grégorien matérialise à la fois les chants religieux irlandais et les racines slaves de Kessel. Le reporter se décrit comme « un homme assoiffé de liberté et un russe assoiffé ».
Un comédien à la versatilité saisissante Franck Desmedt est intense et magistral, comme Kessel. Il est toute émotion, toute angoisse et toute pulsion. A l’image de l’écrivain qu’il incarne et qui déclarait : « Je n’arrivais pas à me rétrécir ».
Le comédien se glisse dans plusieurs personnages. Il est Henry de Monfreid, que Kessel rencontre lors de son étude sur la route des marchands d’esclaves. Il interprète aussi l’ami Pierre Lazareff, directeur de France-Soir, d’abord encourageant puis prêt à prendre sa retraite.
Le jeu de Franck Desmedt permet aussi des dialogues intimes comme ceux de Kessel avec son frère Lazare, mais aussi les échanges avec sa vieille mère, à laquelle il rend régulièrement visite. Le départ de Lazare est vécu par son aîné, comme la « fin des illusions heureuses ». Le comédien témoigne enfin d’une grande force comique lorsqu’il est Francis Huster.
L’écrivain académicien Kessel écrivait pour « comprendre, témoigner, exorciser ».
Le journaliste était souvent en proie à l’ivresse de la création, mais aussi à celle de l’alcoolisme.
Sa compagne Germaine Sablon, qui l’hébergera Kessel avec son neveu Maurice Druon est également présente dans la pièce. Les deux hommes écriront Le Chant des partisans, sur unemusique d’Anna Marly.
Sa réception à l’Académie française le 22 novembre 1962, au fauteuil du duc de La Force, l’inscrit au rang des immortels.
Ce spectacle est un hommage formidable à Joseph Kessel, dont les mille vies pourraient être résumées en ses propres mots « la plus belle aventure est celle qu’on n’a pas encore vécue ! ». Nous vous recommandons, toujours au Théâtre La Bruyère, Saint-Exupéry, le commandeur des oiseaux où vous retrouverez l’excellent Franck Desmedt.
Kessel, la liberté à tout prix jusqu’au lundi 20 avril 2026
Lundi à 21h00
Tarifs : entre 19,50 € et 42 €
Théâtre La Bruyère
5 rue La Bruyère
75009 Paris

(Partenariat=> Nous avons été invitées mais ça ne change rien, nous avons vraiment adoré puisque nous faisons l’article à la suite :)






