Jusqu’où l’appétit de pouvoir mène-t-il un homme ? Au Théâtre des 3 Clés jusqu’au 28 mars 2026, la légende de Scarface reprend vie dans un spectacle parfaitement rythmé. Dans cette salle accueillante à taille humaine, le crime organisé s’empare de la scène. Christophe Delort signe une version théâtrale électrique de la saga du roi de Chicago. Portée par quatre comédiens, une comédienne et deux jazzmen, elle transforme la prohibition en cavalcade dramatique, une fresque des États-Unis interlopes de la première moitié du XXe siècle.
Un polar historique mené tambour battant
Chicago au temps de la prohibition devient le terrain de jeu d’Alfonso Capone, dit Al ou Scarface. Le jeune d’origine napolitaine, balafré lors d’une rixe dans un bar new-yorkais, bâtit son empire sur les ruines de la loi Volstead. Contrebande d’alcool (bootlegging) à grande échelle, magouilles politiques et règlements de comptes : le spectacle retrace son ascension et sa chute sans temps mort, depuis les scènes familiales chez le petit Capone jusqu’aux bas-fonds de New York et Chicago, en passant par les prisons et sa villa de Palm Beach à Miami.
La troupe est composée d’Alex Putfin ou Loïc Lacoua dans le rôle-titre, entourés de Bruno Chapelle, Bénédicte Bourel, Christophe Delort et Florian Maubert. Ils incarnent à eux tous quarante rôles. Alliés, ennemis, flics et indics : chacun contribue à cette mécanique criminelle où la loyauté se négocie au prix du sang. Ces comédiens excellent, avec un jeu alla grande. Alex Putfin, que nous avons vu sur scène, apporte finesse et intensité : il incarne les tourments, l’ascension et la chute du héros sur une palette étendue d’émotions. L’évolution de son personnage est visible par un travail de la voix et par la métamorphose de ses costumes faits en matières de plus en plus travaillées.
Bénédicte Bourel incarne à elle seule et avec aisance toutes les femmes de la pièce : l’épouse de Scarface Mae Coughlin, une journaliste au costume en tweed ajusté ou encore une danseuse de Charleston en robe graphique à sequins. L’entente parfaite entre les comédiens, participe à l’énergie communicative du spectacle.
Une mise en scène au service du récit
Christophe Delort orchestre ce biopic équilibré avec la précision d’un horloger. Après avoir revisité Sherlock Holmes (trois spectacles actuellement au Théâtre des 3 Clés) et Carmen, il réunit le meilleur du 6e art. Son approche privilégie la vitesse narrative : les scènes s’enchaînent comme les balles d’une mitraillette Thompson.
Les épisodes marquants de la vie d’Al Capone défilent : installation à Chicago en 1920, mainmise sur l’alcool, massacre de la Saint-Valentin, où sept hommes d’un clan rival tombent sous les balles en plein jour. La guerre des gangs est palpable entre le Chicago Outfit d’Al Capone (1925-1931) et le North Side Gang. Pas de temps mort, pas de longs monologues : l’action prime. L’utilisation habile du 7e art en toile de fond, avec des films d’époque et couplée à la technique du mapping design complète cette immersion parfaite.
Le metteur en scène multiplie les angles. Les comédiens passent d’un personnage à l’autre avec fluidité, évoquant la complexité criminelle sans alourdir le plateau. Les talents d’auteur et de metteur en scène de Christophe Delort donnent envie de découvrir ses autres œuvres.
La lumière, les costumes et le Jazz live au service d’une immersion temporelle
Dans ce spectacle, chaque élément soutient la narration sans la parasiter, dans un équilibre parfaitement dosé.
Le Théâtre des 3 Clés se transforme ainsi en repaire clandestin. La création lumière de Louis Laverne y joue un rôle clé : elle reconstitue l’atmosphère des années folles et de ses speakeasies enfumés. Elle joue avec les ombres portées et les contre-jours pour évoquer l’ambiances glauque des ruelles.
Les costumes mettent tous en valeur les personnages. L’évolution de ses tenues accompagne l’ascension sociale d’Al Capone. Vêtu d’abord d’une simple chemise et d’un pantalon, il ne tarde pas à arborer le costume trois pièces, la cravate et la fedora du gangster.
Les musiciens complices et talentueux, renforcent l’authenticité de la reconstitution scénique grâce à leur excellent jazz, bande-son de cette époque trouble. Alain Tourniaire au saxophone et Lionel Espitalier à la trompette vous accueillent avec sympathie sur « Tu vuoi far l’Americano », décliné en variations. Ils mettent en valeur chaque tension, chaque émotion. Ils jouent des standards des années 30, comme The Charleston ou encore The Battle Hymn of the Republic. Leur partition laisse aussi une belle place à l’improvisation. Elle donne le tempo à l’action et accompagne le récit, aussi bien dans ses moments de calme d’apparent que lors des fusillades ou des cérémonies funéraires mafieuses.
Après Avignon en 2024 et 2025, Al Capone s’installe dans le 11ème avec son suspense et son jazz live. Ce spectacle d’1h20 offre une plongée magistrale dans les coulisses du rêve américain.
Al Capone
Théâtre Les 3 Clés
35 rue Sedaine
75011 Paris
01 89 71 90 30
Métro : Bréguet Sabin, Chemin Vert, Bastille
Tarifs : de 18 à 40 €
Vendredi 6 Mars à 21h00
Samedi 7, 14, 21 et 28 Mars à 21h00
Dates à venir en avril 2026

(Partenariat=> Nous avons été invitées mais ça ne change rien, nous avons vraiment adoré puisque nous faisons l’article à la suite :)





