Une mise en scène à la fois sobre et remarquablement soignée, des comédiens qui excellent, un cadre et une atmosphère authentiques : un Racine grandiose qui rappelle toute la puissance du théâtre classique.



Crédit Photos : Laura Bousquet
Dès que l’on franchit l’enceinte de la Cartoucherie, la magie opère.
Ici, le tumulte de la ville s’efface au profit d’un lieu hors du temps.
Nichés au cœur du Bois de Vincennes, le théâtre de l’Épée de Bois, comme les autres théâtres de la Cartoucherie, est installé dans les murs d’une ancienne manufacture d’armement. Il comporte quatre espaces de spectacle, dont la salle en pierre où se jour Iphigénie.
Dans ce lieu respire une authenticité.
Du sable recouvre le sol, des voiles flottent dans la pénombre, une lumière tamisée enveloppe l’espace.
La tension est déjà palpable.



Crédit Photos : Magali Rebeaud
Puis retentissent les premiers alexandrins. Et soudain, la salle est saisie.
Le texte de Racine, exigeant et dense, explore les dilemmes les plus vertigineux : le sacrifice, le devoir, la raison d’État face à l’amour paternel.
Au centre de la tragédie, Agamemnon (Jean-Philippe Renaud) bouleverse. Flamboyant et déchiré, il incarne le drame d’un père contraint de choisir entre la victoire d’un peuple et la vie de sa fille. La lutte intérieure qui l’habite donne au personnage une intensité rare.
Face à lui, Clytemnestre (Ophélie Lehmann) déploie une énergie farouche, portée par la révolte d’une mère prête à affronter les rois et les dieux pour sauver son enfant.
Quant à Iphigénie (Hélène Boutin), lumineuse dans sa dignité, elle touche profondément par la noblesse de sa résignation.
Eriphile (Clémentine Aussourd), Achille (Baudouin Sama), Ulysse (Sébastien Giacomoni)… provoquent le même élan d’émotions.
Sous la direction de Clément Séclin, les comédiens donnent à cette langue toute sa force et sa vibration. Les regards, les silences, les respirations dessinent aussi une tension dramatique qui ne faiblit jamais.
La scénographie épouse cette tension avec intelligence.
Elle privilégie la sobriété : un décor épuré où les pierres de la salle, le sable et les voiles suffisent à créer un espace symbolique puissant.
La musique (signée par Clément, le metteur en scène) et les lumières accompagnent le drame avec finesse, accentuant les moments de bascule sans jamais les surcharger.
Quant aux costumes et aux bijoux, subtilement contemporains, ils participent à cette impression d’intemporalité.
Plus de trois siècles après sa création, Iphigénie continue de nous interroger. Jusqu’où peut-on aller au nom d’une cause collective ? Que vaut une vie individuelle face aux exigences du pouvoir et de la guerre ?
Dans ce cadre unique, portés par des comédiens d’un talent et d’une générosité remarquables, les vers de Racine trouvent ici un écrin vibrant.
Un spectacle poignant, intense, grandiose !
Courez-y, c’est jusqu’à la fin du mois de mars.
Magali Rebeaud
Informations pratiques :
Iphigénie de Jean Racine.
Mise en scène et musique : Clément Séclin.
Avec : Clémentine Aussourd en alternance avec Camille Delpech, Hélène Boutin, Sébastien Giacomoni, GHL, Grégoire Gougeon, Ophélie Lehmann, Jean-Philippe Renaud, Baudouin Sama.
Jusqu’au 29 mars dans la Salle en pierre du Théâtre de l’Epée de Bois – Cartoucherie de Vincennes.
Jeudi et vendredi à 21h – Samedi et dimanche à 16h30
Tarifs : 12 – 24€


