Au Théâtre des Mathurins, Juliette, Victor Hugo mon fol amour met en pleine lumière une femme trop souvent restée dans l’ombre du grand homme : sa maîtresse Juliette Drouet. Le texte est de Patrick Tudoret, tandis que la mise en scène co-signée Patrick Tudoret et Marie Lussignol. Cette dernière partage le rôle-titre en alternance avec Marguerite Kloeckner. Le spectacle a dépassé sa 126ème représentation devant des salles toujours combles.
L’originalité du spectacle est son point de vue Si Victor Hugo est bien là, c’est à travers le regard de Juliette. Dans les yeux de celle qui fut l’amante, la confidente, la complice, la gardienne fidèle d’une vie et d’une œuvre pendant plus d’un demi‑siècle. Le spectacle rappelle la place immense de Juliette à travers l’incroyable masse de lettres échangées. A elle-seule, Juliette a envoyé environ 22000 lettres à Victor Hugo.
Ces vers du poème d’Hugo intitulé Dernière Gerbe LXIX résonnent tout particulièrement, lorsque l’on sait qu’il constituent l’épitaphe de Juliette Drouet :
Quand je ne serai plus qu’une cendre glacée,
Quand mes yeux fatigués seront fermés au jour,
Dis-toi, si dans ton cœur ma mémoire est fixée :
Le monde a sa pensée, moi, j’avais son amour !
Au cœur de Paris, où plus de deux millions de personnes avaient rendu hommage à l’écrivain lors de ses funérailles le 1er juin 1885, l’histoire de Juliette prend un relief particulier.
Une histoire intime, en marge de l’Histoire Le spectacle ne muséifie pas Hugo. Il le rend proche. Presque « palpable ». L’on y retrouve l’écrivain immense bien sûr, celui des Misérables et de l’exil. Mais l’on y découvre surtout l’homme. L’homme aimé, l’homme compliqué, l’homme traversé par ses contradictions. C’est la relation unique entre Juliette et Hugo sur plus de cinquante ans (quarante ans dans la temporalité de la pièce) qui est donnée à vivre. Les splendeurs y côtoient les failles, les deuils et les secousses intimes. Le spectacle évoque notamment la mort de Claire, la fille de Juliette, ainsi que la folie d’Adèle, la fille de Victor Hugo, puis sa mort.
Juliette nous permet aussi de découvrir les coulisses de la pièce Lucrèce Borgia, où elle interprète le rôle de la princesse Negroni. Cet épisode de sa vie sera l’occasion pour elle-même et Victor Hugo de se connaître.
Plus tard, l’évocation des dix-neuf années d’exil où elle accompagnera l’écrivain est l’occasion de camper le Victor Hugo politique. Juliette, fidèle, le suit à l’ombre de la famille officielle. A Bruxelles d’abord, puis à Jersey et enfin à Guernesey. Sur cette dernière île, Hugo achète Hauteville House, lieu majeur de son exil et de ses plus grandes œuvres.
Dans cette demeure insulaire, Juliette peut enfin recevoir en véritable maîtresse de maison les compagnons d’exil de Victor Hugo. Elle n’hésite pas à nous en livrer des portraits critiques lorsqu’ils font preuve d’une certaine misogynie.
Le décor est simple et beau sans être figé. Il est composé d’un fauteuil et d’un lit, ainsi que d’une table et d’une chaise. La mise en scène est soignée. Les lumières et les extraits musicaux soulignent chaque instant de la pièce avec harmonie.
Ce spectacle est composé avec beaucoup de talent et un amour évident. Il pourrait d’ailleurs faire l’objet d’un biopic de grande qualité.
Une interprétation saisissante Marie Lussignol jouait le soir de ma venue. Elle est habitée tout entière par Juliette.
Son jeu est un perpétuel mouvement de vie et de danse, émaillée de chant. Soprano, elle chante des pièces aussi bien sacrées que profanes. Juliette passe avec aisance et des transitions parfaites d’une adresse directe au public à une émotion plus retenue, transmettant à la fois un sentiment de maîtrise et de liberté.
A travers Marie Lussignol, le personnage de Juliette gagne une vérité immédiate. Femme follement amoureuse, mais femme lucide aussi. Femme fidèle, malgré les infidélités de Hugo.Sa constance est à l’image de ce que sa correspondance avec Hugo a laissé comme trace. Juliette habite tout l’espace scénique.
Sa robe rose clair, à la fois ample et légère, donne à sa silhouette une élégance presque picturale. Ses manches à la pagode accompagnent ses gestes chorégraphiés, tandis que l’éventail devient un vrai partenaire de jeu. L’accessoire, léger en apparence, est soudain capable de faire surgir plusieurs mondes : un souffle, une mer déchaînée, sa propre fièvre, ou une humeur.
Nous vous invitons à découvrir à travers ce spectacle Juliette Drouet, femme profondément amoureuse qui embrasse son homme tout entier, avec ses splendeurs et ses failles. Elle épouse sa vie au-delà des souffrances, jusqu’au bout.
Juliette, Victor Hugo mon fol amour jusqu’au lundi 25 mai 2026
Reprise à partir du 14 septembre 2026
Théâtre des Mathurins – 36 rue des Mathurins – 75008 Paris
Les lundis à 19h
Durée : 1h10
Tarifs : 22 et 25 €

(Partenariat=> J’ai été invitée mais ça ne change rien, j’ai vraiment adoré puisque je fais l’article à la suite :)




