Le Théâtre du Montparnasse rend actuellement un hommage singulier à l’art du Tango argentin avec Tango ! S’il a reçu l’amour du Tango par son père, Marcial di Fonzo Bo est devenu un passeur passionné. En 2023, il réalisait la mise en scène de Tango y Tango, qui présentait une intrigue sur fond d’Histoire argentine, et dont le livret était de la main de Santiago Amigorena. Cette année, le Portègne[i] (Personne originaire ou résidant à Buenos Aires, capitale de l’Argentine) et parisien d’adoption depuis 30 ans, signe non seulement la mise en scène, mais également le livret et les lumières de Tango !
Une mise en scène telle l’expression amoureuse d’une fusion en mouvement perpétuel
Par le format épistolaire original de son spectacle, Marcial di Fonzo Bo nous convie dans la relation fusionnelle qu’il entretient avec le Tango et sa ville d’origine. Dans cette création enveloppante, dense et intime, la voix de Rodolfo de Souza, la musique en live, le chant, la danse et l’image filmée ne font qu’un.
L’intelligence de la mise en scène donne une cohérence et une unité exceptionnelles à l’arc narratif. La précision et la beauté des images filmées de Nicolas Mesdom projetées sur l’écran de franges permettent une immersion à la fois documentaire, quotidienne et esthétique dans la vie de la capitale argentine.
Les trois musiciens sont tantôt sur une estrade élevée, tantôt au niveau de la scène. Le bandonéoniste Patricio Bonfiglio est également à la direction musicale. Il est accompagné de la pianiste Aude-Liesse Michel en alternance avec Hugo Alberto Hoffmann, ainsi que du violoniste Jaime Patricio Flores Cáceres en alternance avec Fabian Ishibashi.
Buenos Aires, berceau d’une tradition et port d’attache de toujours
C’est dans la capitale argentine que l’auteur découvre le tango et s’en imprègne, guidé par son père. Une passion grandit alors en lui, baignée par la nostalgie des compositeurs et des écrivains de cette culture. Ainsi Marcial di Fonzo Bo intègre-t-il dans son œuvre des extraits de textes de Julio Cortázar, Horacio Ferrer, Eladia Blazquez et Copi.
La musique alterne tangos anciens et contemporains, chantés et instrumentaux. Ils sont signés Astor Piazolla, Philippe Cohen Solal, Patricio Bonfiglio, Osvaldo Pugliese et Francisco Canaro. Ce choix permet d’embrasser la variété des genres du tango sur un siècle, en partant de Tiempos Viejos de Carlos Gardel (1926).
Paris, terre d’exil où le Tango relie les corps et les esprits
Le tango est d’abord une danse du peuple. L’auteur rend hommage à ce dernier travers ses femmes, plus particulièrement celles l’on retrouve aussi bien dans le port de Buenos Aires qu’à Paris. Dans un rapide changement de scène, les danseuses incarnent alors celles qui travaillent parfois tard dans les vestiaires, quand elles ne sont pas Proletarias del amor. Ce titre contemporain reprend une expression de Horacio Ferrer. Le timbre chaleureux et puissant d’Antonela Alfonso y incarne la passion, la nostalgie et le recueillement.
Le monde de la nuit anime Buenos Aires et Paris. Qui mieux que Toulouse-Lautrec et son numéro facétieux pour nous y conduire ? Le soir de notre venue, Manuco Firmani donnait corps avec talent au peintre et chroniqueur de la vie nocturne parisienne.Le tango débarque à Paris en pleines Années Folles. Le personnage fictif de la réjouissante Loulou de Montparnasse, interprété également par la chanteuse, pourrait être une évocation de Kiki, la Reine de Montparnasse.
Les traits de la danseuse Micaela Spina rappellent les portraits peints par Modigliani, tandis que de ceux de Nayhara Zeugtrager évoquent le visage de Dora Maar.
Des costumes parfaitement taillés qui se jouent parfois des genres
Les costumes sont très variés et soignés. Ils colorent les tableaux de notes tantôt sobres, en noir et/ou blanc, tantôt vives avec des éclats de rouges. Ils explorent toutes les tenues possibles, du pantalon de cours de danse à la robe de bal, en passant par une tenue androgyne ajustée, agrémentée d’une fedora (chapeau en feutre appelé borsalino dans le langage courant).
Ils se jouent parfois des codes masculins et féminins, comme dans ces dialogues chorégraphiques homme-homme et femme-femme, qui dansent ensuite en couples mixtes. A des années-lumière d’une idée d’opposition ou de caricature, l’énergie des danseurs tend à la complétude, à l’esthétique pure, à l’harmonie et à l’union.
Des danseurs habités
Dès l’ouverture du spectacle, l’on est saisi par la maîtrise et la précision des danseurs qui associent coordination parfaite et poésie. Par eux, chaque son, chaque instant est intensité. Si l’identité propre des danseurs et des couples semble s’exprime pleinement, ils dansent avec une complicité profonde. La chorégraphie est de Mauro Caiazza, que l’on retrouve également sur scène.
Nous remercions Sabrina Amuchastegui, Mauro Caiazza, Manuco Firmani, Emile Gayoso en alternance avec Gastón Olguín, Micaela Spina et Nayhara Zeugtrager.
Une œuvre d’art totale
Ce spectacle, sous la régie générale de Guillaume Ledun est une œuvre d’art totale. L’amour du Beau donne son unité au spectacle. Les corps, les classes sociales, le passé et le présent se fondent sans se confondre dans une fluidité qui est évoquée par la souplesse et la transparence du rideau-écran de franges. Les danseurs traversent le temps et l’espace en écrivant ces pages d’histoires personnelles inscrites dans l’Histoire.
A la fois intense et léger, sensuel et fin, ce qui confère à ce spectacle une grâce toute particulière.
¡TANGO! jusqu’au dimanche 12 juillet 2026
Théâtre Montparnasse, 31 rue de la Gaîté, 75014 Paris.
Du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 16h.
Durée : 1h15.
Tarifs : 59 € / 49 € / 39 € / 25 €
Tarif jeune de 10 € pour les moins de 26 ans
Réservation et accès
Réservation au 01 43 22 77 74 et billetterie du Théâtre Montparnasse.
Accès : métro Edgar Quinet, Gaîté, Montparnasse ; le théâtre indique aussi plusieurs lignes de bus à proximité et la gare Montparnasse.
Le théâtre est accessible aux personnes à mobilité réduite et les salles sont climatisées.
Agnès Falco

(Partenariat=> Nous avons été invitées mais ça ne change rien, nous avons vraiment adoré puisque nous faisons l’article à la suite :)






