« L’AMANT » DE PINTER AU FUNAMBULE MONTMARTRE

Chef d’œuvre d’Harold Pinter, L’Amant pétille actuellement au Funambule Montmartre, entre décor seventies, situations absurdes, non-dits et désagrégation du couple, le tout relevé par une mise en scène dynamique et des comédiens épatants. La pièce de l’été ?

Écrite en 1962, L’Amant de Pinter peut-il encore intéresser les générations des années 2020 qui ont vu s’affranchir les codes du polyamour, des amours libérées et autres mœurs débridées qui renvoient aux gémonies les codes d’antan ? Oui, dans le sens où cette pièce en un acte, avant-gardiste, traitait de l’infidélité sous un prisme amoral et inédit pour l’époque : une femme et un mari qui se trompent mutuellement en un parfait accord, elle avec un amant régulier, lui avec une prostituée. Jusqu’au jour où le mari commence à ne plus trouver son compte dans ce marché de dupes…

Cela pourrait n’être qu’un marivaudage, mais on est chez Harold Pinter et c’est beaucoup plus complexe que les situations quotidiennes qui sont égrenées (le petit déjeuner en couple avalé d’un trait, les retrouvailles le soir, les discussions autour des journées de l’un et l’autre, avec questions de plus en plus perfides et intéressées). Car finalement, l’amant ne serait-il pas le mari sous un autre costume ? La prostituée ne serait-elle pas incarnée par l’épouse elle-même ? Cette infidélité est-elle de façade ou réelle ? Qu’est-ce qui relève du fantasme et de la vérité ? Ce couple s’aime-t-il ou se voile-t-il la face ? Est-ce plus facile de faire semblant de se tromper ou de le faire réellement ? Comment revenir au prosaïque des choses après tant de frivolité ? Autant de questions que Pinter met à la disposition du public. À lui de se faire une idée et la part des choses de ce qui se passe sous ses yeux ébahis.

La compagnie des Mirages en fait une lecture contemporaine tout en la situant dans les seventies, avec décors, accessoires et costumes assortis. Grégoire Besançon, maître d’œuvre des opérations fait de la pièce la plus connue de Pinter, un délice d’espièglerie, d’esthétisme et de poésie, avec des moments de comédie pure, d’absurde savoureux et même quelques pas de danse. Cela virevolte avec nonchalance, sans oublier dans la balance, tout le drame sous-jacent, les amours qui se meurent et qui ne demandent qu’à ressusciter. C’est aussi beau et drôle que tragique. Du grand théâtre dans le petit écrin ciselé du Funambule Montmartre.

L’Amant, au Funambule Montmartre (53, rue des Saules 75018 Paris), les mercredis et jeudis à 19h ou 21h. Jusqu’au 27 août.

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Amoureuse de Paris, j'aime partager mes découvertes culturelles, gastronomiques... Je vous dis ce qui m'a plu pour vous donner envie de sortir dans cette si jolie ville qu'est Paris où l'on a la chance d'avoir tant à faire, à voir, à goûter et à tester... Également désormais : des interviews !

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