1964, Los Angeles. Hitchcock change de registre et souhaite adapter au cinéma Mary Rose, la pièce de James Matthew Barrie, l’auteur de Peter Pan. La création devient un laboratoire où se mêlent travail, désir de contrôle et rapport de pouvoir. Il lui faudra convaincre Lew Wasserman, dirigeant de Universal Pictures.
Hitchcock et Mary Rose : la fabrique d’une emprise
Dans Hitchcock et Mary Rose, Michael Sadler imagine le moment où un projet artistique révèle les tensions qui l’entourent. Derrière les échanges sur le scénario, la pièce observe la manière dont un homme de pouvoir façonne son entourage, jusqu’à vouloir décider de ce qu’une actrice doit être à l’écran comme dans la vie.
Un huis clos oppressant Hitchcock, interprété avec précision par Éric Prat, apparaît d’abord débonnaire puis inquiétant. Avec sa moue légendaire, ses bons mots et ses observations sur la pièce de Barrie, il semble maîtriser la situation. Il échange avec JP Allen, la scénariste en qui il place sa confiance pour l’adaptation, tout en imposant progressivement son autorité.
Face à lui, Tippi Hedren, qu’il avait déjà dirigée dans Les Oiseaux, devient l’objet d’une attention aussi insistante que déstabilisante. Hitchcock la séduit, la conseille, mais cherche également à la rabaisser, en lui rappelant que c’est grâce à lui qu’elle fait autre chose que de la publicité.
JP Allen, interprétée par Marjorie Frantz, tente de maintenir un équilibre fragile. Son expressivité tout en nuance parle d’elle-même quand elle reste silencieuse. Elle cherche à contenir les avances et les humiliations du réalisateur, tout en rappelant à Tippi Hedren la place longtemps assignée aux comédiennes face à la convoitise masculine. L’actrice refuse pourtant de se plier à ce mécanisme. Cette résistance a contribué à limiter une carrière qui aurait pu prendre une autre dimension si elle avait accepté de se montrer plus « conciliante ».
De la suite à la mémoire Michael Sadler explore ainsi le rapport singulier entre création et emprise. La pièce ne se contente pas de montrer un réalisateur au travail : elle met en scène un système de domination, dans lequel chacun tente de préserver sa liberté, sa dignité ou simplement sa place.
Le riche texte de Michel Sadler est accompagné par la musique de Cyril Giroud et la lumière de Cyril Manetta. Les vidéos de Léonard transforment progressivement la suite californienne du Château Marmont. Elle devient tantôt la barque à moteur nous conduisant à toute allure vers l’île mystérieuse des Hébrides extérieures, tantôt la maison de la famille Morland.
Tippi et Mary Rose sont incarnées par une Melanie Page, à la fois fragile et forte.
Tippi Hedren, figure précurseure du mouvement MeToo
Le seul moyen que j’ai de me débarrasser de mes peurs est de faire des films sur elles. Alfred Hitchcock
D’une actualité renversante, cette pièce est l’occasion de rendre hommage à Tippi Hedren. Nous la découvrons ici juste avant le tournage de « Pas de printemps pour Marnie ». Comme d’autres jeunes actrices ayant travaillé pour Hitchcock, Tippi est pour lui l’archétype de la femme convoitée. Pourtant, elle est bien la seule actrice ayant résisté aux avances d’Alfred Hitchcock.
A l’issue de ce très beau spectacle riche en rebondissements scéniques, vous pourrez poursuivre votre soirée à l’Ubu Café, situé dans le théâtre.
Hitchcock et Mary Rose jusqu’au dimanche 20 décembre 2026
Au Théâtre de l’Œuvre, 55 rue de Clichy, 75009 Paris
Durée : 1h20
Horaires : Du jeudi au samedi à 19h00, le dimanche à 17h30
Réservations : En ligne sur le site du théâtre ou par téléphone au 01 44 53 88 88
Accès :
- Métro : Ligne 2 ou 13, station Place de Clichy ; Ligne 13, station Liège
- Bus : Lignes 30, 68, 74, 81, 95, arrêts Place de Clichy / Liège

Nous avons été invitées, mais cela ne change rien : nous avons apprécié cette expérience, puisque nous faisons l’article à la suite :)





