« MADELEINE BÉJART, UNE FEMME LIBRE » AU LUCERNAIRE

Et si, derrière l’ombre immense de Molière, se tenait une femme sans laquelle rien n’aurait peut-être existé ? Au Lucernaire, Madeleine Béjart, une femme libre ressuscite jusqu’au 1er novembre 2026 une figure essentielle et pourtant encore largement méconnue du théâtre français.

Écrite par Pierre-Olivier Scotto, mise en scène par Xavier Lemaire et interprétée par Isabelle Andréani, la pièce retrace les sept derniers jours de la vie de Madeleine Béjart. La pièce a été créée au Festival Off d’Avignon en 2025. Selon les mots-mêmes de l’auteur, c’est une « fable qui mêle vérité historique et convictions personnelles ! ».

Affiche de la pièce 'Madeleine Béjart, une femme libre', mettant en vedette Isabelle Andréani, avec un visuel de déchirure révélant un portrait historique.

Une femme trois fois dans l’ombre

Selon les propres mots de celle qui l’incarne, Madeleine Béjart est « une femme célèbre sans être réellement connue ». Dans son époque, elle a été trois fois dans l’ombre : en tant que femme, en tant que comédienne rejetée par l’Eglise bien que croyante, puis dans l’ombre de sa propre fille, devenue l’épouse officielle de Molière qu’elle-même, sa première compagne, n’a jamais été.

Au cœur de Paris

Baptisée à Saint-Eustache, Madeleine Béjart a découvert la scène au Théâtre du Marais et vécu au sein du clan Béjart rue de la Perle.

Une pionnière

Bien davantage que la compagne de Molière, c’est une des premières femmes à la fois comédienne, autrice et metteuse en scène. Elle a été initiatrice à tous les niveaux. C’est elle qui amène Molière au théâtre, alors que le jeune homme étudie à la faculté de droit. C’est elle aussi qui contribue à créer l’Illustre-Théâtre. Lorsque ce dernier bat de l’aile, elle fait engager Molière et elle-même dans la troupe de Charles Dufresne. Ensemble, ils parcourent la France pendant plus de douze ans, jouent, écrivent et forgent une pratique profondément nourrie par l’observation des comportements humains. L’expérience que Madeleine avait des salons littéraires donnera à Molière (qui ne les fréquentait pas) une matière utile pour écrire Les Précieuses ridicules.

Dans Les fourberies de Scapin Madeleine Béjart est Zerbinette, dans Tartuffe, Dorine… Sa loge est son premier « Chez-elle » où chaque chose doit être à sa place par superstition.

Une personnalité intense, une amoureuse éperdue

Mais cette femme généreuse, entièrement tendue vers la création, ne se réduit jamais à une héroïne sacrifiée. Elle possède une intensité exceptionnelle, un éventail d’émotions qui va de la gaieté la plus franche à la douleur la plus sourde.

Si Madeleine Béjart et Molière furent réunis par la scène, leurs caractères restèrent profondément différents. Molière était entièrement tourné vers son succès personnel, et Madeleine, toute de don de soi et de passion pour la découverte et la création. Elle n’arriva jamais pas à se détacher totalement de lui.

Une femme souriante en costume d'époque lève la main pour saluer, devant un fond noir.
Crédit LLOT

Le jeu versatile d’Isabelle Andréani

La formation d’Isabelle Andréani au théâtre masqué et au clown affleure dans sa présence mobile, précise, avec quelques accents de commedia dell’arte, mais toujours tenue par une profonde vérité. La comédienne passe d’une Madeleine Béjart aux jolies anglaises à la femme qui se dépouille de ses apparences, jusqu’à revêtir une sorte de toge cérémonielle, comme si son être tout entier se fondait dans le théâtre, qui aura été son sacerdoce.

Isabelle Andréani incarne non seulement Madeleine, son propre grand-père, mais aussi Molière, et Armande, sa propre fille qui épousera Molière. La comédienne donne à elle seule corps au face-à-face entre Madeleine et Armande dans un duel puissant. Armande, bien que consciente de l’égocentrisme de Molière, souhaite l’épouser et affirmer sa place au sein de la troupe.

Une esthétique qui nous plonge au cœur du Grand Siècle

Le décor est composé du buste grandeur nature de Molière par Houdon, d’une malle et d’un fauteuil. Ce dernier évoque celui du Malade imaginaire, pièce qui relie Madeleine à Jean-Baptiste Poquelin jusque dans les derniers jours de Molière. Madeleine aurait en effet inspiré le sujet de la pièce à Molière, décédé un an jour pour jour après elle, en en jouant le personnage principal.

Les tons rouge, ocre, brun et blanc se prêtent à merveille aux jeux de lumière de Didier Brun. Ensemble, ils créent de très beaux tableaux en clair-obscur, tels des La Tour vivants.

Une femme souriante portant un costume traditionnel avec une coiffe, assise sur une chaise dans un décor sombre, entourée d'objets historiques.
Crédit LLOT

Madeleine Béjart, une femme libre est une excellente introduction au théâtre de Molière

Elle évoque les points essentiels de la mutation du théâtre avec Molière :

  • Molière crée des spectacles mêlant plusieurs arts : théâtre, danse et musique.
  • Il met sur un pied d’égalité comédie et tragédie. Cette dernière était auparavant considérée comme étant supérieure.

Bouleversant, virevoltant et magistralement incarné, ce seul-en-scène est une déclaration d’amour à l’art dramatique.

Madeleine Béjart n’y retrouve pas seulement un visage : elle y reprend enfin sa place.

A l’issue de la représentation, vous aurez la possibilité de vous procurer le très beau texte de Pierre-Olivier Scotto à la librairie du Théâtre.

Le Kawaa du Théâtre, pourra vous accueillir pour un apéro côté Bar avant votre soirée et / ou pour en prolonger le plaisir côté Restaurant.

Madeleine Béjart, une femme libre jusqu’au dimanche 1er novembre 2026
Au Théâtre du Lucernaire – Salle Le Paradis, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
Durée : 1h15
Horaires : Du mercredi au samedi à 19h00, le dimanche à 15h30
Réservations : En ligne sur le site du Lucernaire ou auprès de la billetterie du théâtre

Tarifs :

  • 10 € : moins de 26 ans.
  • 16 € : tarif réduit — bénéficiaires du RSA, demandeurs d’emploi, intermittents du spectacle, personnes en situation de handicap et titulaires de la carte d’abonnement Lucernaire.
  • 27 € : seniors de plus de 65 ans, du lundi au vendredi.
  • 32 € : plein tarif.

Accès :
Métro : ligne 4, station Vavin, ou ligne 12, station Notre-Dame-des-Champs
Bus : lignes 58, 68 et 82, arrêt Notre-Dame-des-Champs

Texte manuscrit : 'Agnès Falco pour Fille de Paname'

J’ai été invitée, mais cela ne change rien : j’ai apprécié cette expérience, puisque je fais l’article à la suite :)

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