Journal d’un vieux confiné…Jour 14

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

 

Quatorzième jour de confinerie

Y a des gens pas très gentils. Hier soir, alors que la petite infirmière d’en face elle rentrait chez elle après son service, elle a trouvé une feuille collée sur la porte où qu’on lui disait que fallait qu’elle aille crécher ailleurs avec sa vieille, parce qu’elle finirait pas distribuer le virus de la Corona à tout le monde. Du coup ça l’a fait pleurer. Quand on a su ça avec Maman on a décidé qu’elle ferait des madeleines – c’est sa spécialité – pour consoler la vieille et encourager la jeune dans son boulot qu’est déjà pas facile sans se faire raccommoder par des cons.

On en était tout retournés avec la Divine, et d’autres voisins aussi. On espère que c’est pas de ceussent qui voisinent avec nous que la chose est arrivée, sinon, ma parole, faut pas que je sache qui c’est le dégueulasse qu’à fait ça, je serai capable de me fâcher comme c’est par permis par le code civique.

J’ai ma petite idée : au bout de la rue, juste avant le tournant de l’impasse des poubelles, y’a la vieille vicelarde, une dégénérée qui cause à personne et qu’aime pas les gens sauf son chat. Ah, elle le mignotte son mistrigri à la manque, une espèce de machin par répertorié dans les manuels de chat, une pièce unique, un prototype. C’est simple, il est tellement moche que y’a des gens qui croient que c’est un chien loupé. Heureusement que la vieille elle lui a fait retirer les gesticules sinon il en aurait semé partout dans le quartier des machins dans son genre. Méchant, en plus, du genre à griffer les passants. Mais le problème il viendrait plutôt de la vieille qu’est vraiment pas accommodante.

Quand elle part aux courses avec sa trottinette et sa béquille, faut pas que que les mômes y se mettent dans ses pattes sinon ça fait vilain. Calamité Jeanne qu’on l’appelle dans le quartier, mais je crois que son blaze c’est un truc dans le genre noble des vieux temps, oui, c’est ça : Charlotte de Masurine des Cœurs. Avec une identité comme ça l’étiquette de la boîte aux lettres elle est trop courte pour tout afficher. Dans le temps elle était amie avec ma mère, et elle venait souvent ici pour commérer en bouffant des boudoirs trempés dans du muscat. Avec ma vieille maman elles faisaient la paire et rien leur échappait, du cocu du bout de la rue à l’ancien collabo du 44, tout le monde avait sa fiche, mieux renseignée que le Kagébé. Alors vous comprenez ça serait bien dans son genre à la mémé, la poison qu’aurait mis son mot sur la porte pour faire pleurer la petite.

Mauvais temps pour les sournois, j’ai l’œil et le bon de là-haut, dans ma chambre, je vois tout le quartier alors à la prochaine imprudence ça fera vilain.

Avec l’Asticote c’est un peu tendu avec Maman, que je sentais déjà un peu pensive ces temps-ci, bicause l’albume et les photos rayées. Cette andouille de clebs en a faite une pas piquée des vers : elle a bouffé la moitié du dentier de Maman qui trempait dans un verre près du lavabo. Mais qu’est-ce qu’elle a pas fait celle-là, c’est dingue tout de même, un dentier c’est pas un biscuit pour clébard !J’ai bien essayé de recoller les morceaux, mais c’est mort : elle a avalé la moitié des dents et pis la ventouse elle est pétée dans tous les sens.

Maman elle en a pleuré de rage. La voilà avec deux problèmes : elle peut plus mâcher et pas possible de faire réparer son truc en ce moment à cause de la confinerie. Et c’est pas facile parce que Maman elle a plus un chicot dans la salle à manger, toutes ses dents elles se sont déchaussées avant de partir en balade. Maintenant ça va être de la purée liquide et pis encore : elle va plus pouvoir manger des cornichons. La vie sans corniflard pour Maman ça va être dur, très dur ! Enfin, elle s’est bien marrée tout de même ce matin quand je lui ai dit qu’elle me faisait penser à Atchoum, de Blanche Neige et les sept mains, avec ses grandes oreilles et sa bouche sans chicots.

Côté sexe à pile on repassera, mais maintenant ça n’a plus d’importance. N’empêche que nous voilà abonnés à la purée pour un bon moment, mais faut pas se plaindre, y a plus malheureux que nous en ce moment.L’asticote elle est devenue toute câline après ses conneries, comme si elle voulait séduire Maman. Ah celle-là elle est un peu montée dans le désordre mais côté siboulot c’est pas la dernière à carburer.

La petite infirmière elle est venue nous dire merci pour les madeleines. On lui a répondu que c’était rien, qu’elle se laisse pas impressionner par la connerie de certains – ou certaine ! – et que maman elle allait faire plein de madeleines pour tout ceux son service, des gens à qui on doit dire merci des milliers de fois et soutenir pour leur travail de tous les jours, de toutes les nuits.

Bon, pour le reste, avec ou sans dents, on verra demain.

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Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, les surprises sont souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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