Journal d’un vieux confiné…Jour 16

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

Seizième jour de confinerie

Terrible, vraiment terrible ! Ce matin je me suis levé dans un drôle d’état. En pyjama, j’avais tendance à me gratter de partout et quand je suis arrivé devant la Divine elle m’a regardé d’un air bizarre :- Mais t’es tout rouge !

Et là je me suis regardé dans la glace : Horrible ! J’avais l’air d’une tomate bien mûre, trop mûre même ! Et j’ai paniqué quand je me suis mis à poil et que j’ai vu que je m’étais transformé en homard dans la nuit, avec la gratouille en plus ! Alors là Maman elle a assuré : elle a appelé le 15 pour savoir si j’avais le virus de la Corona. Ah, on a attendu, mais faut dire qu’on n’étaient pas tout seuls ! Enfin, une dame gentille elle nous a demandé des trucs, si je toussais, si j’avais la langue chargée, et tout, et tout, et si j’avais de la température.

Là il a fallu que je me plante le thermomètre où je pense, avec l’Asticote qui comprenait rien à l’événement et qui courait dans tous les sens en gueulant. Avec 36°6 j’étais nickel. En gros j’avais rien de grave mais c’est là que la dame de la médecine elle m’a demandé si je me lavais comme il faut. Avec Maman on étaient vexés mais on n’a rien laissé paraître. A la fin on a su ce qui se passait : quand je lui ai dit à la dame que je me passais du gel des alcooliques sur tout le corps matin et soir – même que ça brûle grave où je pense ! – elle a presque rigolé !

Faut que j’arrête. Il paraît que la savonnette c’est pareil mais que ça brûle pas comme ça. En attendant c’est la honte : comme je supporte pas trop les vêtements faut que je vive à poils toute la journée pour que ça se calme, vous parlez d’un tableau, même que l’Asticote elle en a l’air toute contrariée. Fait un peu frais tout de même, et pis je peux pas me montrer à la fenêtre. C’est le Lucien qui serait content, il pourrait m’emmener avec lui au camp des tout nus, ça lui ferait une jolie compagnie et aux autres une chouette attraction. Et en plus j’ai l’air d’un con.

Moi, je pensais bien faire, personne y m’avait expliqué que le gel c’était pour les parties qui dépassent. Quand Maman elle a expliqué ça au Kiki, il a piqué une crise de fou rire, même qu’il m’appelle monsieur le homard maintenant.

La Divine, pauvre femme, il faut en attendant qu’elle reluque son vieux mari sous tous les côtés, pour voir l’évolution de la chose comme on nous a dit. Ça lui fait drôle vu qu’elle me regardait plus vraiment depuis une paye. La voilà mariée avec un crustacé sans les pinces. A midi, on faisait un tableau du genre coquet : elle sans dents style Popeye et moi à poils avec une serviette nouée autour du cou. J’étais talqué comme un nourrisson alors plutôt que rouge j’étais un peu dans le genre vieux rose. Ça valait la photo.

Mais maman elle est gentille, elle a foncé dans le congélateur et elle m’a sorti une pizza des beaux jours, de celles, les très chères, qu’on sort pour les occasions spéciales, et tout ça pour me consoler, c’est adorable tout de même.Elle est toujours à la purée mousseline et elle bouffe que des trucs mous. Hier elle s’est mouliné des Knaquis, c’était pas terrible. Mais heureusement on avait de la Vache qui rit et elle a écrasé deux bananes pour son dessert. A on s’en rappellera de la confinerie et de ses malheurs !

Paulot, le ras du plancher d’en face, il est venu donner des fleurs de Lilas à la petite infirmière qu’était toute rouge de confusion, et il lui a dit des mots de compliment et des tas de câlineries.Il était bien à cinq mètres d’elle et elle l’avait pas reconnu avec sa robe à pois – une ancienne de Maman – et son maquillage un peu exagéré.

Moi j’ai vu ça de ma fenêtre et ça m’a un peu réconcilié avec le pauvre monde qu’est pas toujours réglo en ce moment. Ce matin, à la radio de la télé des Luxembourg, ils disaient que y’avait une vieille dame de 90 piges qu’avait pas voulu du respirateur parce que ça pouvait servir à une jeune. Ça m’a fait chialer.

Bon, allez, pour le reste ça gratte un peu mais c’est pas grave, on verra demain.

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Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, la surprise est souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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