Journal d’un vieux confiné…Jour 27

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

 

Vingt-septième jour de confinerie

Avec maman on a fêté Pâques comme on pouvait, avec des sardines en boîte, du pain complet décongelé, et une crème Francorusse au chocolat. Et pour faire joli, j’avais planté des œufs en chocolat dans la crème. Nous on va pas à l’église mais on aime bien les fêtes. On a arrosé tout ça avec du mousseux des beaux jours, des piceules à l’apéro et des crevettes séchées (ça c’est franchement pas terrible !). 

La Divine, ce matin, elle a pris une grande décision : comme elle en a marre de ses dents à la Dracula elle a pris une pince et elle les a arrachées. Maintenant elle est soulagée et elle est belle comme avant, avec quatre dents en moins mais vaut mieux ça.

Ya comme une détente chez nous. J’ai fini la déco de la chambre à la belledoche. Les murs sont orange et la porte est bleue, ça a son genre, on dirait un peu un appartement témoin pour les cinglés mais comme la mamie elle voit plus rien c’est pas grave. 

Et j’ai été chercher ses souvenirs au grenier, tous les machins qu’on n’avait pas pu installer dans sa piaule des vieux glands et j’ai tout installé à l’arrache. J’ai accroché ses portraits de chatons, posé ses napperons un peu partout et j’ai mis aussi le dessus de lit en macramé pas piqué des vers. C’est elle qui l’a fait quand elle était jeune fille, au temps où elle a connu son vieux, le gars René. Ah celui-là quand j’y repense quel brave mec, mais qu’est-ce que sa gonzesse elle a pu le tartiner ! Tiens j’ai retrouvé leur photo de mariage, du genre souvenir bien grave : elle dans sa robe blanche des Dames de France et lui dans son costard trop grand, avec son nœud pap à pois. « Souriez, le petit oiseau va sortir ! ». Ah ouais ? Le beaup y croyait s’embarquer pour la citerne avec sa moitié, mais manque de bol, le bateau c’était une galère avec deux belles rames en prime ! Tu parles d’un voyage organisé !

J’ai accroché la photo du condamné avec madame au-dessus du lit et pis j’ai mis la photo de Chirac sur la table de nuit, ça lui fera plaisir de savoir qu’elle a son idole à côté d’elle.

On a eu confirmation de la livraison pour mercredi, le temps de faire les papiers et d’affréter le convoi spécial du genre exceptionnel. 

Ça s’est arrangé avec Maman parce qu’on a causé après un épisode de Derrick qu’on avait vu en dévédé. On étaient complètement ramollis du bulbe alors, comme on était détendus, on a exposé les fâcheries. Maman elle a pleuré en parlant de sa mère qu’elle pouvait pas laisser aux vieux glands bicause le virus de la Corona, mais elle a bien compris de son côté qu’accueillir la vioque c’était pas facile pour moi vu que ça a jamais été l’entente cordiale entre nous. Y manquait plus que ça pour compléter le tableau de famille avec nous et les deux engins animaux. L’Asticote passe son temps à lécher le Cui cui où s qu’il a plus de poils et l’autre ferme les yeux

de plaisir. Tiens, je crois bien ces choses-là elle sont plus intelligentes que nous : elle sont vieilles et moches mais ça copine toute la journée, elle sont pas de la même espèce mais elles s’en balancent. Et en plus elles ont une sacrée qualité : elle finissent par rendre sentimental un vieux con comme moi. Enfin, faut pas chercher. 

Tout à l’heure on va nous livrer le lit médicalisé pour la reine, avec matelas qui monte et qui descend, éclairage à chaque bout et barrière anti-chute. C’est pas à des vieux que faudrait donner ça, mais à des jeunes mariés en lune de miel, y pourraient faire varier les figures ! 

Bon, faut que faire pisser l’Asticote. J’ai fait mon aussvess, mais ce qui me fait vraiment peine, c’est que je dois mettre le pull poncho africain pour sortir. C’est un coup pour se faire arrêter par les flics ça…

Mais enfin moi ce que j’en dis… Pour le reste on verra demain. 

Copyright R.Trouilleux

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Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, la surprise est souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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