Journal d’un vieux confiné…Jour 33

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

Trente troisième jour de confinerie

Tatiana est taillée comme un déménageur et sourit très peu. Pour elle, seul son travail compte. C’est elle que les gens de la mairie nous ont envoyés pour s’occuper de la belledoche. Elle est arrivée ce matin habillée en cosmonaute, nous a tendu son ordre de mission et nous a demandé où y fallait qu’elle aille. Elle a monté l’escalier au pas de charge et comme on l’avait suivie, au moment où elle entrait dans la chambre, elle nous a dit qu’elle y allait seule. Et là, Maman elle a eu peur.

Moi j’étais bien. Rien qu’à l’idée que je ferai plus la corvée de chiotte ça m’allait. Et puis faut être solide pour s’occuper de la vioque. J’ai plus l’âge.En attendant j’avais décidé d’aller faire des courses au Céprix. J’ai pris mon ozvess et pis j’ai mis un masque de bricolage et des gants que j’ai trouvé vers l’évier, bicause la Corona qui doit pas s’accrocher. Et j’ai mis mon vieil imper sur mes frusques pour pas me salir.Là, je suis sorti et j’ai passé un très mauvais moment.

Je suis sorti et en passant devant chez Lucien, je l’ai vu sortir avec son charriot à commissions. Dès qu’il m’a vu, il s’est précipité et m’a demandé si on pouvait faire les courses ensemble. J’y ai dit oui, mais à distance.

Et là je sais pas si vous voyez ce que je veux dire mais c’est quand même pas banal de faire ses courses avec un gros lapin. Parce que le Lucien, il a pas lâché son déguisement, et dès qu’il est arrivé près de moi y m’a regardé en souriant et m’a lâché : « quoi de neuf docteur ? »Le pauvre vieux, il est complètement timbré. Ah je préférais quand il allait chez les tout nus, au moins il vivait sa vie, loin, à oualpé dans son camp !Là j’ai été obligé de me le farcir tout du long. Quand on est arrivé près de Céprix j’ai vu la tête des gens, et comme on s’est mis à la file, y’en a qui m’ont demandé si c’était pour la caméra invisible, si c’était une nouvelle tenue pour la Corona, et que si on bouffait des carottes c’était bon pour la maladie et j’en passe, et le nombre de gens qu’on voulu faire des salsifis avec lui ! Un vrai succès…

Ensuite il a fallu parlementer avec le vigile qui comprenait pas le truc. Bref, on est entrés dans le supermarché et le Lucien il est allé directement au rayon légumes et il a bourré son charriot avec des carottes !

J’ai pris trois trucs, j’ai payé, et j’ai attendu Jeannot Lapin. On est rentrés et là j’ai vu la femme de Lucien déguisée en grosse abeille, en train de bourdonner dans sa salle à manger. Leurs gosses se marraient, au moins chez eux, la confinerie, c’est fun !Mais j’ai l’impression que les carottes au miel ça va mal finir. Y pourront pas rester comme ça, s’agiter trop le bocal c’est pas bon. Dans le temps on a eu un cousin qui se prenait pour une grosse chenille. On l’a conduit à l’asile et là y’a un mec qui se prenait pour un corbeau qu’à failli le bouffer. Ça s’est terminé par des piquouses où je pense et des chocs à l’électrophone.

Je suis rentré chez moi avec la tête comme une pastèque. L’ambiance Disnélande à Céprix, c’est pas pour moi.Et quand je suis arrivé la Tatiana elle était partie et y’avait la vioque dans le salon, bien propre sur elle et tout sourire. Elle m’a dit « bonjour monsieur Chirac » quand elle m’a vue… Et pis on s’est mis à table.

On a mangé du civet de lapin…avec des carottes !

Ouh là là !

Pour le reste on verra demain

Copyright R.Trouilleux

 

Publié par

Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, les surprises sont souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s