Journal d’un vieux confiné…Jour 42

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

 

Quarante deuxième jour de confinerie

– Tu sais, avant que je t’explique la chose, faut que je te dise que j’ai toujours été heureuse avec toi. Tu m’as jamais rien demandé, t’as toujours travaillé comme y faut et t’a toujours été courageux. 

Bonjour l’ambiance. La boîte blanche était devant nous, encore fermée. Comme j’avais senti que la soirée serait un peu tendue, j’avais débouché du champ’, du vrai, avec une année sur la bouteille en plus. Maman en menait pas large et moi non plus d’ailleurs. Je voyais bien que j’allais pas être déçu du voyage mais je me doutais pas que ça serait en première classe avec les suppléments !

C’est con à dire mais j’étais gêné. L’Asticote était tranquille au milieu de nous et le chat bougeait pas de son fauteuil, comme si les bestioles elles comprenaient que c’était pas le moment de déconner. 

-Tu te rappelles comment que tu m’appelais quand on s’est rencontré à la glouterie ?

-Ouais… T’étais ma princesse, pour moi t’étais la plus belle…

-Alors quand tu sauras j’espère que tu changeras pas d’avis…

Décidément c’était l’ambiance des grands soirs et je commençais à avoir mal au bide mais ça devait être la faute aux chips aux crevettes, ou à cause des piceules. 

-Vas-y, ouvre !

-J’ai pris le couvercle et je l’ai soulevé. Il était à moitié déchiré. Dedans y’avait sa robe de mariée, celle de la Redoute, toute blanche avec des fleurs et des rubans en suppléments. Elle la prise et elle se l’est collée devant, comme ça, en se regardant dans la glace :

-C’était le plus beau jour de ma vie ! 

Moi je la regardais et je me rappelais des beaux jours, du soleil du mois de mai, de ses vieux qui pleuraient, de la mairie et des alliances et de tout le toutim de cinéma du mariage. Une sacrée journée. 

Alors elle a reposé la robe sur le canapé et elle a retiré les babioles qu’étaient dans la boîte. Elle était vide maintenant alors je comprenais pas. 

Elle a été chercher un couteau dans la cuisine et elle a commencé à attaquer la boîte en la retournant. 

-Mais qu’est-ce que tu fais ?

-Tu vas bien voir…

Elle a arraché tout le fond et là j’ai vu que y avait des choses dedans, des bricoles, un brassard blanc de premier communiant, des cahiers d’écolier et des photos. 

Elle a tout disposé sur la table basse en pleurnichant et là j’ai dit :

-Tu sais Maman, si c’est trop dur on laisse tomber, t’es pas obligée, tu sais…

-Tôt ou tard fallait que je te le dises… 

Elle a feuilleté un des cahiers et elle me l’a passé ensuite. Elle me regardait d’un air bizarre. J’aimais pas trop, et puis elle m’a dit : 

-Tiens,  tout ça c’est mon histoire : 

A l’intérieur on avait collé des photos en mettant des écritures en-dessous. J’ai tout de suite reconnu les vieux de ma femme. Le baptême de la petite devant l’église, le bébé dans son berceau et puis là, en petite robe, photographiée à côté d’un petit mouton. C’était mignon et c’était l’ambiance des beaux jours

Et puis j’ai tourné la page et j’ai pas compris. Là, à l’école de garçons, dans la photo de groupe, y’avait une croix au-dessus d’une tête. Ici, une autre de premier communiant où y’avait marqué en-dessous : « Léon, confirmation », et plus loin, un petit scout…

-Tu m’avais bien caché que t’avais un frère dis-donc, qu’est ce qu’il te ressemblait… 

Là je me suis retourné vers elle et elle m’a sorti : 

-Bah non… Léon… C’est moi. 

Et là j’ai eu très soif. J’ai bu deux coupes à la suite… 

Elle a cherché ma main et je l’ai embrassée. 

Et pour le reste… ainsi de suite

Copyright R.Trouilleux

Publié par

Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, les surprises sont souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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