Journal d’un vieux confiné…Jour 46

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

 

Quarante sixième jour de confinerie

Maintenant qu’on a la voiture bien propre, désaffectée et avec les bons produits qui sentent bon dedans, on est tranquilles pour le départ. Alors on va commencer à préparer nos valises parce que quand y sonneront la déconfinerie on va partir longtemps pour avoir le bon air.

On a sorti la malle des grands jours avec des grosses ceintures pour la fermer tout autour. Dedans y avait déjà des vieilles nippes à Maman, des genres de robes à pas cher en tissus pas terrible. Y’en a une avec des Mickeys et des genres d’animaux affreux dessus, comme des cadavres de chats. Quand j’ai dit ça à Maman elle était pas contente vu qu’elle m’a dit que c’était sa plus belle robe de bal qui venait de la grande couture et d’un type qu’à un nom de marque de saucisson, genre Gévéor. Moi je l’ai jamais vue avec ça sur le dos.

De toute manière ses trucs ça vaut plus rien pour elle vu qu’elle a grossi comme trois personnes depuis, alors elle pourrait en faire des chiffons. 

Elle a préféré les donner à Paulot, le ras du plancher. Quand il a vu la robe Gévéor il a poussé des cris de joie et il a voulu l’enfiler tout de suite. Et y faut dire qu’elle lui va bien. Avec, il avait mis un chapeau de cloche en paille et des bottes en caoutchouc assorties. Il avait vraiment la classe. Le reste c’était des robes en laine tricotées avec des couleurs kiki, pas gaies comme des trucs de militaires. Maman elle a bien fait de s’en débarrasser. Elle aurait été capable de les détricoter pour me faire un pull poncho africain mais je suis plus preneur.

On a vidé les armoires pour choisir nos fringues les plus classes. J’ai sorti tous mes T-shirt de marque et mes slips neufs encore emballés. Je les gardais depuis longtemps pour une occasion comme l’hosto ou une cérémonie de mariage. C’est important de bien se sentir dans un slip neuf, ça met à l’aise et ça rend détendu. Pour aller par-dessus j’ai des chemises de ma jeunesse pas abîmées, très classes avec des cols à manger de la tarte. Du Prisunic première catégorie, faut dire qu’à l’époque j’avais les moyens et je menais la grande vie. 

J’ai plein de choses sinon, des pantalons de ferrailleur à pattes, des culottes allemandes, et le top du top, des chaussettes anglaises de fil presque neuves et pas reprisées. 

Y’a qu’un truc qui pêche un peu c’est le côté godasses. A part mes deux vieilles paires de grolles en cuir de vache et mes tongs réversibles d’été, j’ai rien. Va falloir investir dans la pompe de marque, et pas chinoise comme y a deux ans. Elle était belles quand je les ai vues sur le ternet, mais quand je les ai mises, y avait comme un défaut : une première fois y avait deux pieds droits, la deuxième, elles étaient pas de la même taille à chaque pied, et la troisième je me suis retrouvé avec des claquettes à talons pour les gonzesses. Comme je pouvais pas les renvoyer je les ai portées quand même – ces choses-là ça finit toujours par se faire, que je pensais – sauf les claquettes, mais à la fin de l’année j’ai été obligé d’aller voir le pédologue tellement j’avais mal aux pinceaux, complètement en compote de pomme. 

Alors aujourd’hui très peu pour moi, je vais casser la tirelire et me payer des grolles de monsieur, pas des écrases merde. J’ai pris une documentation au Céprix pour des chaussures en cuir de poisson – y parait que c’est nouveau – y a de belles formes et de chouettes couleurs. 

Pour Maman ça va être vite fait : comme on est à nouveau amoureux – je vous dis pas tout ! – je lui ai dit de se faire plaisir et de choisir tout ce qu’elle voulait dans le catalogue des Petits suisses. J’ai vu tout ce qu’elle a coché, rien que des fringues de dadames des beaux quartiers avec des couleurs distinguées et des formes originales. 

Ça la changera de ses nippes à mémère et ses croquenots bouses de vache. Moi je la veux belle, le virus de la Corona ça m’a rendu pas pareil, faut profiter avant de crever la gueule ouverte comme il a dit un poète que j’ai entendu l’autre jour dans la radio de la télé des Luxembourg !

Alors là j’imagine : moi dans mes fringues des beaux jours, Maman toute neuve des fringues des Petits suisses et, hop, dans la bagnole désinfectée à 200 à l’heure, la vie elle sera super belle.

Mais pour le reste, en attendant, on verra demain. 

Copyright R.Trouilleux

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Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, la surprise est souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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