Journal d’un vieux confiné…Jour 48

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

 

Quarante huitième jour de confinerie

Le monsieur des godasses il est venu ce matin, avec tout son bazar de matériel et ses peaux de lapin. J’ai décidé de faire une belle dépense pour avoir les pieds distingués. D’abord j’ai commandé des tongs réversibles en caoutchouc de synthèse, des trucs qui tiennent bien la route et qui craignent pas la pluie. Maman elle en a commandé aussi, et même si c’est une gonzesse maintenant, elle a gardé ses pieds de mec alors c’est pratique comme ça. 

Le monsieur qui fait les pompes y paraît qu’il est bottier de profession, mais dans le plastique et les toiles cirées, enfin je crois que j’ai pas tout compris. C’est un chinois né à Pont-L’évêque qui s’est marié avec une indienne de Marseille. Y nous a montré des photos de sa femme qu’est rudement belle. C’est un beau mélange qu’elle a dit la Divine, et là y nous a expliqué que sa mère elle était de Bondy chéri et que son père c’était un américain des Galapagos, alors que c’était pour ça que sa femme elle était vraiment charmante et tout et tout. Ils ont des beaux enfants aussi, forcément. Lui il a appris son métier dans une fabrique de pneus pour les tracteurs, c’est comme ça qu’il a eu l’idée de fabriquer des tongs avec des chutes. 

Là y m’a pris la mesure de mes pieds et il a pas été déçu. J’ai les pinceaux qui sont pas de la même taille en largeur et en en longueur. Il était vraiment étonné. Mais je lui ai dit que moi j’avais échappé au pire parce que mon père il avait les pieds comme un canard, palmés et des gros ongles épais. Faut dire que papa il était pas très beaux avec son petit corps et sa grosse tête, un peu du genre pas vraiment normal comme s’il avait été conçu dans les courants d’airs. 

Enfin pour ce qui me concerne c’est plutôt pas mal. Mais j’ai un pied plat et pas l’autre et je marche droit quand même, ça, ça l’a étonné le monsieur des chaussures.

Et comme j’étais dans les dépenses j’en ai commandé aussi pour sortir en ville, des pompes pour aller dans les cérémonies des beaux jours et les enterrements. C’est vrai que dans ces cas-là les tongs c’est un peu limite. J’ai pris des modèles spéciaux en cuir de poisson élastique, un truc de son invention qu’il a commencé avec de la peau de hareng mais maintenant c’est du saumon fumé. Et les talons c’est aussi un truc qu’il fait avec du plastique à bulles décompressé.

C’était vraiment beau à l’essayage, même si j’avais gardé ma culotte de pyjama – j’allais pas me changer exprès tout de même ! – alors j’en ai commandé trois : des oranges à rayures, des bleus à trous et des noires pour être stylé. 

Ce qu’est un peu dommage c’est qui fasse pas des claquettes en caoutchouc pour les midi barbecul, ça manque tout de même quand je mets un pantacourt du Céprix. J’en ai une belle collection en plus, avec des boutons et des fermetures des éclairs en métal doré qui font chic.

Y voulait aussi nous refiler ses chaussettes des Galapagos. C’est cher mais faut dire que c’est fait main et que c’est beau. Quand on met des trucs comme ça, les nougats y sont à l’aise et on sent vraiment un homme d’aujourd’hui, enfin c’est ce qu’il a dit. Alors je y’en ai commandé trois paires, c’est prévu pour les mettre avec les tongs réversibles, alors c’est nickel. 

Le bottier il est reparti de chez nous avec plein de commandes et un beau chèque. Y paraît qu’on sera livrés par avion, enfin c’est ce qu’il a dit mais Maman elle a pas compris la même chose. 

Je l’ai raccompagné à la porte et là, pas loin, j’ai aperçu la Calamité Jeanne avec son matou qui causait avec le Lucien. C’est pas croyable mais il a encore changé d’allure. Maintenant y met le costume de lapin sans la tête et ça fait vraiment bizarre. Je sais pas ce qu’ils maquillent ces deux-là mais ça promet. Enfin on avance tous les jours vers la déconfinerie et on sent bien que les gens ça les excite. Quelque chose me dit que ça va être spécial, mais bon, pour le reste…

…on verra demain.

Copyright R.Trouilleux

Publié par

Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, les surprises sont souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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