Journal d’un vieux confiné…Jour 52

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

 

Cinquante deuxième jour de confinerie

Comme j’ai pas envie d’avoir des ennuis avec la pluie, je suis monté sur le toit de la baraque pour remplacer une tuile cassée. J’ai jamais eu le vertige, c’est pratique, ça me vient que quand je travaillais dans la gloute je montais souvent sur les échafaudages. La gloute ça mène à tout.

Même si maman elle avait peur que je sois là-haut, y faisait tellement beau que je suis resté un moment assis pour regarder le paysage. La ville vue d’ici c’est joli, et même si c’est le quartier des fauchés, les maisons on dirait des cabanes de poupée et les gens c’est comme des machins de la plaie Mobil, c’est rigolo. D’ici je vois bien le cocu du bout de la rue qui traine sa poubelle avec sa pinupe derrière qu’arrête pas de l’engueuler. Ça lui fait les pieds à c’t’andouille.

Ça me rend tout chose de savoir qu’on va vers la fin de la confinerie. C’est vrai, on avait l’habitude avec Maman, c’était devenu presque comme si c’était normal, les applaudissements, les apéros du grillage, et pis on a mieux connu des gens comme la Calamité Jeanne qu’on prenait pour une peau de vache, Paulot le ras du plancher avec ses robes à la gomme, le Lucien Lapin et puis toute le reste. Maman elle m’a dit que maintenant je suis un peu comme le gars qui parle tout seul des choses de la vie en se donnant un air intéressant. Pasfrais qui s’appelle, un vieux en cheveux avec des lunettes de misère qu’arrête pas de causer pour rien dire, il a un autre nom y parait, du genre Philippe Losofe. Enfin moi je m’en fous, je suis bien là-haut. 

Ma vie elle a sacrément changée avec la confinerie, c’est tout de même grâce à ça que j’ai su que j’étais marié avec une femme qu’était un homme avant. C’est pas banal et ça fait réfléchir sur les genres des gens qu’on l’air de quelque chose mais qui sont en réalité le contraire de ce qu’on voit. Je crois qu’à la fin je vais être plus intelligent, enfin plutôt moins con qu’avant, c’est déjà pas mal. Et pis y a les bestioles aussi qu’ont changé notre vie, ça c’est bien d’avoir ramené chez nous ces machins qui sont tellement moches qu’avec nous ça fait une belle famille. Eux aussi y z’ont l’air de ce qui sont pas. Quand on les voit on pourrait croire qui sont méchants alors que c’est des crèmes. C’est tout pareil à la Divine, on croit que c’est quelqu’un alors que c’est une autre mais c’est bien tout de même. Ma mère elle me disait toujours qui fallait se méfier des étiquettes sur les vieux pots. Quand on les lisait on croyait que le truc de dedans était dégeulasse alors qu’en réalité il était bon. Faut pas se fier à la parence qu’elle disait ma maman. Bon, elle ma pas expliqué ce que c’était qu’une parence mais c’était bien quand même. Les parences des autres je m’en fous, c’est peut-être ça qu’est normal de pas faire attention à ceusse qu’on dit qui sont pas normal. On est quand même sacrément vernis nous, dans notre maison en molière, notre voiture citron et les beaux vêtements qu’on va avoir bientôt. On va s’enlever du chemin. On m’a envoyé les photos des tongs réversibles que je vais bientôt recevoir. Des trucs pareils, ça classe un homme faut dire. Et même si j’ai les nougats pas droits avec les chaussettes des Galapagos ça va être bien. 

Y a quand même deux trucs qui me font pas plaisir. Premièrement qui va falloir qu’on embarque la belledoche avec nous et qu’elle va nous faire la misère sur les autoroutes. Si on pouvait lui coller un suppo en forme de bouchon dans le trou de balle ça me gênerait pas des masses. Mais bon, cette fois-ci, je lui donnerai pas des palliatifs, ça réduira le problème. 

L’autre truc c’est qui va falloir se fader le Vincent Vincent pendant tout le trajet, et la Sarah Frisette aussi. J’ai trouvé un truc : je me mettrai des boules Quicé dans les zoneilles  ça réduira  le volume du problème. Maman elle a tous les disques maintenant et elle connait les chansons de l’autre lourdingue par cœur, je sens que ça va me fatiguer un maximum. 

Enfin là-bas on sera bien avec les potes dans notre baraque de la campagne. J’aurais tout le matos pour le barbecue et, en plus, on aura des saucisses de Chez Gradoub vu que grâce aux gens et une chaine de solidarité de la charcuterie, y z’ont retrouvé une usine avec des machines de saussissonades perfectionnées. C’est beau quand les gens y s’aident pour une belle cause. 

Bon, maintenant que j’ai fini de faire comme le Philippe Osofe je vais redescendre de mon toit.

Et pour le reste on verra demain. 

Copyright R.Trouilleux

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Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, la surprise est souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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