Paris 1910-1937. Promenades dans les collections Albert-Kahn

PARIS 1910-1937, Voyage en couleur belle époque !

Du 16 septembre 2020 au 11 janvier 2021 a lieu à la Cité de l’architecture & du patrimoine une superbe exposition.

Produite en partenariat avec le musée départemental Albert-Kahn, cette exposition explore à travers l’image, le Paris de la Belle époque à la fin des années 1930. À partir des autochromes et des films produits par les opérateurs des Archives de la Planète, l’exposition dresse un portrait de la ville et révèle le glissement d’une capitale intemporelle vers une métropole soucieuse de progrès et tournée vers l’avenir.

Albert Kahn, banquier mécène et humaniste est à l’origine de nombreuses fondations philanthropiques. En 1909, voulant conserver les témoignages visuels d’un monde en mutation permanente, il lance un vaste projet documentaire et visuel : les Archives de la Planète. Equipé de caméras et d’appareils photos chargés d’autochromes, invention des frères Lumière permettant la capture des couleurs, une douzaine d’opérateurs sillonnent le monde pour « établir un dossier de l’humanité prise en pleine vie. » 

Stéphane Passet, la tour Eiffel et, au fond, la palais du Trocadéro, date inconnue

Bien heureusement, pendant une trentaine d’années, les photographes et cinéastes d’Albert Kahn sillonnent les rues de Paris, réalisant près de 5 000 autochromes et 90 000 mètres de films. Beaucoup de ces documents sont toujours inédits aujourd’hui.

C’est à la découverte d’un Paris 1900 quotidien et magnifiquement coloré que nous invitent conjointement le Musée Albert Kahn et la Cité de l’Architecture et du Patrimoine. 

Frédéric Gadmer, Paris 6e, rue Notre-Dame-des-Champs, 23 juillet 1914

Dans un parcours très agréable, le voyage dans le temps se poursuit, s’ouvrant sur quelques images d’un Paris permanent et immuable des grands monuments et continuant vers une promenade plus intime et surprenante dans des rues et des lieux plus cachés ou parfois disparus, comme ces quelques étroites ruelles ayant conservé la physionomie d’une ville beaucoup plus ancienne remontant parfois au-delà du 18e siècle. 

Les autochromes originaux présentés ont été agrandis pour cette exposition, choix fort judicieux qui nous permet d’entrer mentalement dans chaque image et de profiter de la multitude de détails qu’elles présentent. Des passants, des affiches publicitaires multiples, des détails architecturaux ou insolites composent une véritable fresque d’un Paris à jamais disparu.

Stéphane Passet, le Moulin Rouge, juin-juillet 1914

Les couleurs douces des autochromes donnent un charme fou à ces clichés et nous ramènent dans un Paris aux tons pastel subtils et harmonieux. 

Les opérateurs d’Albert Khan prouvent s’il en était besoin qu’il ne suffit pas de courir le monde pour rechercher l’insolite, encore faut-il le découvrir à côté de chez soi, en poussant quelques portes ou en ouvrant tout simplement les yeux.

Quelques films sont aussi présentés, comme cette étonnante séquence prise sur un boulevard. Projetée au niveau des visiteurs, pratiquement à la taille d’origine, elle nous permet presque de nous mélanger à la foule de l’époque constituée d’élégantes femmes, de messieurs à chapeaux et de quelques titis intrigués par le travail de l’opérateur. 

Cette exposition claire et agréablement présentée, aux cartels courts et efficaces, sans verbiage inutile, est une réussite dont il faut féliciter les commissaires. 

Belle et troublante, cette promenade nous permet vraiment d’appréhender avec subtilité la capitale aux alentours de 1900, si semblable et si différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. Tous les amoureux de Paris, les curieux, les amateurs de belles images trouveront ici de quoi nourrir leur appétit visuel. 

Nos préférées : À l’abri des regards 

Frédéric Gadmer, Paris 15e, maison borgne avenue Lowendal n°22, octobre 1920

Au milieu de l’exposition, les murs deviennent rouges et évoquent l’univers trouble de la prostitution. En octobre et novembre 1920, Frédéric Gadmer réalise une série sur les lieux de prostitution, immortalisant les façades borgnes de plus de 70 maisons closes de première catégorie à la clientèle huppée ou maisons « d’abattage » où les passes s’enchaînent à un rythme infernal. Ces photographies sont des témoignages exceptionnels sur ces immeubles ou maisons à la physionomie étrange bien connue des « clients » de l’époque.

Albert Kahn, le mécène visionnaire

Abraham Kahn nait le 3 mars 1860 à Marmoutier dans le Bas- Rhin. Son père Louis est marchand de bestiaux. Sa mère Babette Bloch décède alors qu’il n’a que dix ans ; il est l’aîné de quatre enfants. En 1870 l’Alsace et une partie de la Lorraine sont annexées à l’empire allemand.Abraham poursuit sa scolarité au collège de Saverne, de 1873 à 1876, puis monte à Paris à 16 ans. En 1885 il réintègre la nationalité française, devenant Albert pour l’état civil. 

Il débute chez un confectionneur de la rue Montmartre, puis intègre la banque des frères Charles et Edmond Goudchaux. Tout en travaillant, Kahn réussit ses baccalauréats de lettres (1881) et de sciences (1884), puis obtient une licence de droit (1885). À la banque Goudchaux, de 1889 à 1893, il bâtit une fortune en spéculant sur les mines d’or et de diamants d’Afrique du Sud, devient associé principal de l’établissement puis crée sa propre banque d’affaires en 1898 : la banque Kahn qui collabore avec des établissements financiers, au bénéfice de projets industriels ou d’emprunts internationaux, japonais notamment. 

Frédéric Gadmer, Paris 1er, maison borgne rue du Pélican, octobre 1920

C’est alors que le banquier, profondément humaniste, consacre sa vie et sa fortune à l’établissement de la paix universelle, créant de nombreuses institutions destinées à favoriser la compréhension entre les peuples et la coopération internationale : ses bourses Autour du Monde offrent à de futurs enseignants l’opportunité de voyager et de découvrir les réalités du monde. La société Autour du Monde installée dans la résidence de Kahn à Boulogne-Billancourt. Les Archives de la Planète recensent en photographies couleur (autochromes) et films noir et blanc les aspects de la vie dans les cultures humaines. 

Après le krach boursier de 1929 la banque Albert Kahn est déclarée en faillite. Une partie de sa propriété (comprenant les collections de photographies et de films) est achetée par le département de la Seine. Albert Kahn conserve l’usage de sa maison de Boulogne-sur-Seine dont il n’est plus propriétaire. En 1937, les jardins sont ouverts au public. 

Le 14 novembre 1940, Albert Kahn décède dans sa maison à l’âge de 80 ans. 

Paris 1910-1937, promenades dans les collections Albert-Kahn

Du 16 septembre 2020 au 11 janvier 2021, ouvert tous les jours sauf le mardi, de 11h à 19h. Nocturne le jeudi jusqu’à 21h

Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Palais de Chaillot, 1, place du Trocadéro, Paris 16e

citedelarchitecture.fr

#expoAlbertKahn

Anonyme, Paris 6e, Cour du Dragon.

Publié par

Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, les surprises sont souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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