« LES FILLES AUX MAINS JAUNES » AU THÉÂTRE RIVE GAUCHE

Notre force s’arrête là où commence notre peur.

Ce spectacle est d’une acuité et d’une actualité étonnante, puisque tout ce que l’on croit déjà gagné ne l’est jamais vraiment, comme la paix, qui durera vingt ans entre la Première et la Seconde guerre mondiale.

Photo Fabienne Rappeneau, tous droits réservés. Toute diffusion, utilisation interdite sans autorisation de l’auteur.

Les Filles aux mains jaunes nous fait vivre la lutte de femmes ouvrières pendant la Première Guerre mondiale. Lutte pour l’obtention de leur émancipation sous quatre prismes différents : celui de Louise, la tête d’ogive qui entraînait les autres petit-à-petit en les mettant en position de questionner leurs certitudes ; celui du  » bibelot » ou de la petite bourgeoise qui voyait tout son amour dans sa famille, son mari et ses enfants ; celui de la jeune fille toute fraîche qui rêvait de retrouver son mari qui reviendrait du front et enfin celui de la femme déjà un peu revenue de tout et qui ne veut pas que l’ordre change parce que l’on est très bien comme ça.

Un humour délicieux fuse dans les taquineries que les unes lancent aux autres. Ce sont des mondes qui à première vue semblent différents, mais qui se rejoignent finalement dans l’essence d’une même pâte humaine. La naissance du féminisme, le pouvoir de l’engagement et la force de l’action transcendent le parcours de ces femmes qui sont des tesselles de la mosaïque humaine, touchante et forte, jusque dans l’attente, la maladie et la mort. Mais par-delà la mort c’est la naissance des droits de la femme qui est incarnée, tout en restant lucide sur la fragilité des acquis au prix de combats qu’il ne faut jamais lâcher. Le droit de vote, la censure dans les journaux, l’égalité salariale entre homme et femme et les conditions de travail auxquelles fait référence le titre de la pièce, sont évoqués avec force, profondeur et esthétisme.

Photo Fabienne Rappeneau, tous droits réservés. Toute diffusion, utilisation interdite sans autorisation de l’auteur.

Le tout dans un décor sobre et pourtant terriblement efficace, grâce à la chorégraphie et aux percussions manuelles des comédiennes qui incarnent l’absurdité du travail de ces ouvrières qui pour sauver quelques milliers d’hommes sur le front en tue des millions. La musique électronique est utilisée si finement que sa présence illustre avec cohérence une époque pendant laquelle elle n’existait pas encore.

Utiliser le langage d’hier et d’aujourd’hui pour faire une œuvre puissante et cohérente dont la voix porte à l’unisson : voici le pari réussi de cette œuvre magistrale. Une pièce carré d’as avec ces quatre comédiennes, qui sont toutes aussi excellentes les unes que les autres. Elles sont vraiment mises en valeur par un décor vraiment sobre et efficace et par la mise en scène intelligente de Johanna Boyé qui donne la part belle à la fois au monologue et aux scènes d’ensemble.

Ce spectacle raflera un bouquet de coquelicots ou plutôt de Molières, c’est certain.

Louise, aux accents de Hubertine Auclert à laquelle les Françaises doivent le droit de vote et la gestion de leur propre salaire, nous pousse à vous partager la vie de cette Voix des femmes !

Un spectacle d’exception à découvrir sans tarder et jusqu’au 31 décembre 2022.

Théâtre Rive gauche 6 Rue de la Gaité, 75014 Paris

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