Professeur de philosophie et auteur, Gilles Vervisch investit en ce moment la scène du théâtre de la Contrescarpe pour le spectacle de stand-up drôle et philosophique Êtes-vous sûr.e d’avoir raison ? mis en espace par Pascal Légitimus. Entre deux cours et deux représentations, il a bien voulu partager ses coups de cœur.
Un album de musique ?
L’album Still Life du groupe Van Der Graaf Generator, un groupe peu connu, de rock progressif des années 1970. Le leader et compositeur Peter Hammil écrit des chansons pleines d’envolées lyriques. C’est un peu difficile d’accès, mais plus on écoute, plus on adore. Les textes, en particulier, sont très « métaphysiques » ou mystiques et proposent une réflexion sur le temps qui passe et la mort, voire l’au-delà. Bref, c’est très philosophique alors, j’adore. Musicalement, basse solide et batterie impeccable, avec beaucoup de flûtes, comme Cheze Jethro Tull.
Une chanson ?
Tes états d’âme Éric, de Luna Parker. Moi qui ai écrit sur la nostalgie dans Stranger Philo, je dois dire que cette chanson marche à fond : elle me replonge évidemment dans les années 1980, à l’époque de mon enfance, mais en plus, la mélodie elle-même, sur un mode mineur, est emprunte de mélancolie, mine de rien.
Un clip ?
Sûrement Billie Jean de Michael Jackson. Comme beaucoup de gens – encore dans les années 1980, j’ai été parqué par Michael Jackson qui éclairait les pavés en posant son pied dessus. Sans doute une métaphore « philosophique » de pas mal de trucs : comment nous donnons sens à nos vies à mesure que nous avançons, au lieu que notre destin soit tout tracé, je ne sais pas. Beaucoup à dire, en tout cas, l’image est marquante.
Un film ?
The Thing, de John Carpenter. J’en parle aussi dans Stranger Philo. S’il y a un seul film d’horreur à voir dans sa vie, c’est celui-là. Des scientifiques américains en huis clos dans une base de recherche en Arctique et une « chose » qui s’infiltre, les tue un par un pour prendre leur apparence. Qui est qui ? Qui suis-je? Comment savoir qui est contaminé ? Encore une réflexion très métaphysique : est-ce que l’Enfer, c’est les autres ?
Une série ?
Les Soprano (1999-2006). Ma série préférée de tous les temps (même si j’ai beaucoup aimé Breaking Bad, Games of Throne et Succession) : il faut dire que j’ai toujours aimé les films de mafia (Coppola, Scorsese) parce qu’ils décrivent une réalité qui m’est totalement étrangère. Il y a un côté cathartique : se défouler de je-ne-sais-quoi que l’on refuse dans la vie courante.
Un essai ?
Un essai court et bien senti, Le goût du vrai d’Étienne Klein (Tracts, Gallimard). Bon et pas cher, pour remettre un peu les pendules à l’heure, à l’heure de la port-vérité, du complotisme et des fake news.
Une exposition ?
Une expo d’actualité : Le Paris de la Modernité au Petit Palais (jusqu’à fin avril), sur le Paris culturel et artistique des années 1905-1925. Les années folles, l’art déco, le surréalisme, Picasso. Une ambiance très Mucha ! Et très Duchamp.
Un spectacle ?
Le Duplex, avec mon camarade Pascal Légitimus au Théâtre de Paris, même s’il n’a pas besoin de moi pour que ça marche. Mais c’est lui en revanche qui m’a encouragé à monter sur scène à mon tour. Et si je fais du spectacle aujourd’hui, c’est grâce à lui.
Une activité sportive ?
Je cours, pas mal, beaucoup : j’ai fait partie d’un club. Mais je n’ai jamais dépassé les 10 km. Quand je cours, les idées viennent et pas seulement comme des bulles qui s’éclatent à la fin. Beaucoup d’idées de livres, de réflexions me sont venues pendant que je courais.
Une citation ?
« Il y a des choses qui dépendent de nous, d’autres qui ne dépendent pas de nous« , tiré du Manuel d’Épictète. Un vrai guide dans la vie, un principe que je me répète souvent et que j’essaie d’appliquer, à la fois pour agir bien (moralement) et pour être heureux (même si j’en suis incapable). L’essentiel, je veux dire, c’est de faire son devoir ou ce qu’on avait à faire, et même si ça n’aboutit pas, s’il n’y a pas de résultat, il y a des choses qui ne dépendent pas de nous.
Une maxime dans la vie ?
« Il n’y a aucune raison d’avoir peur. Les gens qui ont peur sont trop égoïstes » de Taisen Deshimaru, maître zen. J’ai un peu appris ça en faisant du karaté. Pour se faire violence, sortir de sa zone de confort, comme on dit, ou de manière générale, « oser ». Qu’est-ce qu’on a à perdre en général ? Pas grand-chose.
Votre actualité ?
Eh bien, mon spectacle Êtes-vous sûr.e d’avoir raison ? au théâtre de la Contrescarpe, tous les vendredis à 21h : un stand-up philo qui essaie de faire rire et réfléchir – on espère y arriver.
Et un livre, donc, Stanger Philo, « comprendre la philo avec Stranger Things« , la série, sorti chez Flammarion à l’automne.
Merci Gilles !





