LES COUPS DE COEUR DE LA CHANTEUSE KAMAS

La chanteuse rock Kamas vient de sortir son troisième album, Désaxée, dont le premier extrait, 6V d’Amour, donne le ton et le tempo. En attendant de l’écouter ou de la retrouver sur scène, elle a bien voulu partager certains de ses coups de cœur.

Un album de musique ?

Je choisirais Rain dogs de Tom Waits. J’y entends beaucoup d’influences à la fois le cabaret dans un style proche de Kurt Weill, la musique de la nouvelle Orléans, du blues, du rock, tout en faisant de l’œil au jazz… Tout ce que j’aime. On a l’impression d’entrer dans chaque chanson comme dans un petit film, l’univers musical est toujours très soigné, cassé, profond, étrange. C’est une source d’inspiration, il m’a donné envie de raconter des histoires, de décrire des ambiances singulières. Enfin, Tom Waits c’est aussi une voix, qui a elle seule, est un univers.

Une chanson ?

Aujourd’hui, je choisirais une chanson de Nina Simone, Ain’t got no, I got life, qui est une chanson féministe, mais pas seulement. C’est aussi une chanson qui revendique les droits civiques pour les Noirs. Nina Simone a cette force-là, c’est une femme qui marche sur un fil, la main est sûre, mais l’âme est meurtrie. Je crois que c’est ce que je ressens dès que je l’entends chanter. C’est pour cela qu’elle emporte tout sur son passage, un mélange de force et de fragilité. J’ai personnellement beaucoup de respect et d’admiration pour cette artiste.

Un clip ?

Je ne résiste pas au fait de vous présenter notre clip. C’est un clip qui a été réalisé par un jeune réalisateur, Zev, qui a su vraiment capter l’esprit de cette chanson, son humour et qui lui a donnétoute sa cohérence et sa profondeur.Je crois que nous souhaitions vraiment raconter une histoire, qui puisse enrichir et transcender la chanson elle-même. Une histoire d’amour, oui… Mais un peu particulière, qui donne une place à l’imagination, au conte et qui puisse se déguster tranquillement. Le tout, dans une esthétique en noir et blanc qui rappelle l’album, mais qui aussi est un clin d’œil au cinéma expressionniste de Wilhelm Murnau. 

Un film ?

Nosferatu de Murnau, justement ! C’est en écho au clip, bien sûr. Quelques images y font penser. J’aime cette idée de trouver dans le corps, dans le jeu et dans la mise en scène de quoi exprimer des sentiments. Une autre manière, différente de celle que nous connaissons aujourd’hui, et qui reste universelle. J’ai vu l’autre jour un extrait Des temps modernes de Chaplin, dans un musée. Les gens étaient fascinés et riaient sur une séquence de 2 minutes. La fraîcheur du cinéma muet reste intacte. 

Un documentaire ?

Sur l’Adamant, c’est un documentaire de Nicolas Philibert. Sur une péniche en plein Paris, viennent des personnes qui souffrent de troubles psychiques et nous partageons un moment avec elles et le personnel soignant qui essaie chaque jour nouveau de les accompagner avec humanité. J’y vois un lien avec la chanson Désaxée que j’ai écrite sur l’asile psychiatrique de la Volterra, une ville du nord de l’Italie. Rassemblées sous le titre de Lettres mortes, correspondance censurée de la nef des fous de Patrick Faugéras, des milliers de lettres ont été retrouvées écrites par les patients eux-mêmes ou par leur famille. Jamais envoyées, jamais reçues, elles n’ont jamais atteint leurs destinataires. Cette situation révoltante et poignante a été pour moi à l’origine de ce texte. Heureusement les choses évoluent et une telle indignité j’espère, n’existe plus.

Une bande dessinée ?

Récemment j’ai découvert Guy Delisle un auteur québécois qui raconte ses voyages dans des pays tels que la Chine (Shenzen), la Corée du Nord (Pyongyang), la Birmanie (Chronique Birmane). Ce sont plutôt des récits autobiographiques, le dessin est précis et foisonne de détails.  On le suit, d’un bout à l’autre, on sourit, on s’inquiète, bref c’est passionnant !

Une exposition ?

J’ai redécouvert dans une grande exposition, Nicolas de Staël. L’expressivité de ses formes simples est pour moi un symbole de la force de l’art moderne.

Un photographe / une photographie ?

L’année dernière j’ai vu l’exposition d’Elliot Erwin au musée Maillol. Très belle découverte. Beaucoup de clichés qui m’ont fait redécouvrir la beauté du noir et blanc. De l’élégance et du mystère tout en même temps ! C’était très inspirant. Et j’imaginais bien des photographies pour mon projet qui rassembleraient à cette idée. Avec JRC, le photographe avec lequel j’ai travaillé sur les photos de l’album, nous cherchions le mouvement. Composer, capter, attraper, une expression. C’était un peu notre jeu. Chez Elliot Erwin, il y a cette fulgurance de l’instant présent, qui nous embarque avec humour et émotion dans le merveilleux.

Copyright Elliott Erwitt

Votre actualité ?

Mon album Désaxée est sorti le vendredi 29 mars. Ballades et vibrations électriques se combinent j’espère pour créer désir, excitation, plaisir et appétit ! On dit que le printemps arrive et que le renouveau s’annonce, aussi je tremble de joie à l’idée que ces chansons créées avec Julien Pouletaud, qui est aussi arrangeur, se glisset chez vous qui découvrez ce que nous pétrissons, coupons réajustons et chérissons depuis des mois.

Merci Kamas !

Publié par

Journaliste de formation et amoureux de Paris, J’ai écrit pour différentes publications à gros tirage (Questions de femmes, Le Républicain Lorrain, Carrefour savoirs, Aux petits oignons…) et pour des sites culturels (Evene.fr, Grand-Ecart.fr…). Pour Fille de Paname, je rédige articles et interviews essentiellement dirigés vers la culture. julien@filledepaname.com

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