En adaptant la vie du chanteur Charles Gentès surnommé La Voix d’or sur la scène du théâtre Actuel La Bruyère, c’est tout un pan de notre Histoire qui est revisité. Entre romance tragique et comédie sur la création, voici une pièce qui fait de l’universel à partir du personnel et invite à chanter des standards presque oubliés.
En co-écrivant La Voix d’or avec Eric Bu, Thibaud Houdinière, producteur et célèbre diffuseur d’Atelier Théâtre Actuel, convoque le passé de sa famille. Charles Gentès, chanteur reconnu dans les années 1950, était en effet son grand-père. Le spectacle y conte d’ailleurs son ascension, jusqu’à ce qu’il soit adoubé par la critique comme étant « La Voix d’or », mais aussi sa chute, rythmée par une passion amoureuse dévorante pour une autre artiste, Christine Vercel, un penchant pour la boisson et une incapacité tenace à se remettre en question. Nous sommes ainsi loin du panégyrique, les deux auteurs n’hésitant pas à faire dérailler cette voix si claire pour en montrer toute la noirceur, rongée par la jalousie (Christine Vercel n’en finit pas de monter quand lui entame sa décadence) et la violence (issue d’un père lui-même peu aimant et d’une période de Résistant l’ayant contraint à tuer).
Si tout sur le papier a de quoi faire pleurer, Houdinière et Bu ont décidé de conter la chose sous la forme de l’humour (sans oublier l’émotion pour autant). À travers une mise en abîme astucieuse au cours de laquelle un auteur fait vivre à un producteur (un double de Thibaud Houdinière, donc) la vie de sa célèbre famille, en direct, sous ses yeux ébahis. Ce qui donne lieu à nombre de scènes cocasses (portées par Marc Citti et Benjamin Egner ou encore Charlie Fargialla, échappé des Crapauds fous), d’autres de music hall (où l’on entend du Dalida, du Dario Moreno et du Claude François), dédramatisant ce biopic d’un homme à la fois autoritaire et manipulateur.
Car si le spectacle est réussi, c’est parce qu’il fait le lien direct entre les années 1950, tourbillonnantes et imprévisibles et notre époque, portée par la parole libérée des victimes d’abus tant physiques que psychologiques. Car finalement, au bout du compte, ce n’est pas la vie d’un chanteur talentueux qui par désamour, en vient à écorcher sa carrière et celles et ceux qui l’aiment (dont sa fille, incarnée par la toujours juste Élodie Menant). Il s’agit presque d’un prétexte pour faire le vibrant portrait d’une femme exceptionnelle : Christelle Vercel, interprétée par une non moins exceptionnelle et charismatique Sandrine Seubille. Là encore, on oublie sa carrière de chanteuse et de présentatrice télévisée pour se tourner vers la femme : amoureuse éprise d’un homme qui lui jalouse son talent, mère contrainte et forcée d’abandonner sa fille et exilée volontaire pour espérer survivre à son passé.
La Voix d’or devient alors une histoire de famille universelle où chacun et chacune peut tenter de se retrouver. Ici, la notoriété des protagonistes (toute relative, car peu se souviennent encore d’eux, finalement) n’est qu’une toile de fond pour célébrer ce qui devrait toujours unir les êtres : la passion, certes, mais surtout l’amour, tant qu’il est supportable. Une leçon d’humanité… en chanson !
La Voix d’or, au théâtre Actuel La Bruyère, 5, rue La Bruyère 75009 Paris. Du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 17h.







