Au coeur du bois de Vincennes à la Cartoucherie et malgré les températures hivernales, se joue une des pièces les plus classiques de Racine : Iphigénie. Premier volet d’un triptyque autour de Racine, cette création 2025/2026 est signée Clément Séclin.
Fille d’Agamemnon et Clytemnestre, Iphigénie est sacrifiée par son père Agamemnon pour obéir aux messages que lui ont transmis les dieux via Calchas.



Se situant dans le registre de la tragédie, la pièce Iphigénie aborde les thèmes du sacrifice et de la mort, le don de soi et l’obéissance aux dieux. Un thème récurrent dans la mythologie et les récits religieux, puisque cet épisode résonne avec le sacrifice d’Abraham dans la Genèse. La ligne de départ est similaire puisqu’Abraham aussi doit sacrifier un fils et ainsi l’individu est interrogé sur son obéissance à Dieu.
Cependant Agamemnon ne pouvant se résoudre à sacrifier sa fille, se retire. Son sens de la patrie, la notion d’honneur, ou son orgueil de monarque, sont mis à mal par Ulysse, qui ainsi, réussit à le faire changer d’avis. Agamemnon prévient alors sa fille de son futur mariage avec Achille pour la faire venir au camp. Mais saisi à nouveau de remords, Agamemnon met au courant sa femme Clytemnestre, pour les empêcher elle et sa fille de venir sous prétexte que le mariage avec Achille est reporté.
Agamemnon pour garder sa légitimité, fait courir la rumeur d’une possible liaison entre Eriphile et Achille, justifiant l’annulation de la venue d’Iphigénie au camp. Ainsi beaucoup de mensonges pour renoncer à ce que les Dieux voudraient… Tous poussent en effet Agamemnon à aller au bout de ce qui lui a été mandé et particulièrement Ulysse, témoin oculaire de la pièce, tel le reflet des tergiversations ou de la conscience d’Agamemnon. Sur fonds de guerre de Troie et d’honneur, le conflit prend de l’ampleur puisqu’il n’est pas seulement privé mais résonne à l’échelle d’une nation.
Le sens du dévouement d’Iphigénie à son père, jusqu’à l’acceptation de son sacrifice par soumission filiale, résonne aussi en nous. Ainsi pourquoi accepter ce destin fatal ?
Mais qui sont donc ces dieux pour décider de la vie et de la mort de chacun ? Un lecteur pourrait se plonger à souhait dans ces réflexions. La pièce dure 2h20 et est interprétée par la Compagnie de la Fille de l’Eau dirigée par Clément Séclin qui a volontiers voulu souligner l’individualité du choix et la recherche d’une foi intérieure pour guider nos actes. La mise en scène est originale, avec un côté rock, tout en restant épurée ce qui nous laisse le soin d’écouter l’interprétation du texte déjà riche et du jeu des acteurs qui prennent quelques libertés bienvenues.
Iphigénie a été écrit en 1674 par Racine, inspirée de la pièce d’Euripide qui l’avait initialement dévoilée en 405 avant JC. Composée de 1794 alexandrins, parfaitement joués par la troupe de la Fille de l’Eau qui réussit à nous faire oublier la rythmique des vers, en s’appropriant soigneusement leurs personnages. Ici notre coup de coeur est allé à l’ensemble de la troupe, menée par Agamemnon et Clytemnestre, hommes et femmes du 21e siècle, dans leurs tourments, leurs colères et leurs peines. Les passions humaines sont fortement décrites. Les personnages évoluent, Iphigénie se montrant tantôt enfant, puis tantôt femme confrontée à la vie. La pièce se termine (tragiquement) par la mort qu’Eriphile, fille d’Hélène et de Thésée, se donne elle-même à l’autel, prouvant ainsi à Achille qu’elle a tout fait pour protéger Iphigénie…
Une tragédie classique qui se déroule à la Cartoucherie, Théâtre de l’Epée de Bois, Paris 12e. Lieu d’exception qui vaut le détour !
Avec : Sébastien Giacomoni, Grégoire Gougeon, Ophélie Lehmann, Jean-Philippe Renaud, Baudouin Sama, Clémentine Aussourd, Hélène Boutin.
Crédit photo : Laura Bousquet.

(Partenariat=> Nous avons été invitées mais ça ne change rien, nous avons apprécié puisque nous faisons l’article à la suite :)





J’aime beaucoup cette pièce, et votre critique fait très envie. Merci !