Derniers jours pour applaudir au Ranelagh le spectacle Les Secrets de la Méduse, seul en scène puissant et incarné avec une rage de vivre par Geoffrey Callènes. Ou le naufrage de la Méduse de 1816 comme si vous y étiez ou presque.
Le 2 juillet 1816, non loin de la Mauritanie, le navire français La Méduse s’échoue et coule. À son bord 392 passagers, issus de toutes les classes sociales, tentant de rallier le Sénégal. Au moment du naufrage, chaloupes et radeau de fortune seront mis en mer. Et commencera alors l’un des carnages les plus célèbres de toute l’histoire maritime, puisqu’il n’y aura qu’une poignée de survivants, dans un état de détresse physique et psychologique total. De cet épisode dramatique, résultera un des tableaux parmi les plus célèbres, Le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault, des films, des romans, mais aussi désormais, un spectacle, Les Secrets de la Méduse.
Succès lors du dernier festival d’Avignon (et appelé à y retourner cet été), ce seul en scène écrit et interprété par Geoffrey Callènes nous donne à voir cet événement de l’intérieur, à travers le personnage fictif de Pierre-Laurent Coste, survivant contant sa terrible épreuve à Géricault. Un marin orphelin passant par tout le prisme des émotions possibles : la joie d’embarquer, l’espoir d’une vie meilleure, l’amour envers une passagère, l’amitié avec ses camarades de bord, mais aussi, plus tard, la désolation la plus totale, la haine, la vengeance, l’appât du sang pour survivre, jusqu’à ne plus être que l’ombre de lui-même.
En 1h20, le comédien qui incarne une bonne dizaine de personnages en un tour de force impressionnant, donne à voir ce que les rescapés de La Méduse ont réellement subi. Un récit documenté, précis, virevoltant, physique, intense où l’on navigue sans temps mort. Le public aussi, subit tous les tourments endurés par Coste : l’exaltation en se croyant nous-mêmes embarqués dans ce rafiot sensé représenté la fierté de la marine française mais aussi son ego boursouflé comme le fera plus tard le Titanic ; le mépris pour les huiles de la marine prenant les mauvaises décisions les unes après les autres jusqu’à faire preuve de lâcheté au moment du naufrage ; et la peur, croissante, au moment de prendre place sur ce radeau d’infortune qui va devenir le théâtre de la barbarie.
On a peine à le croire, mais Geoffrey Callènes nous le fait vivre par procuration avec toute la rage de son personnage passant d’homme de foi à tueur sanguinaire en une fraction de seconde. Tuer pour ne pas l’être, reculer l’échéance fatale le plus possible. Peine à croire que ces hommes en quelques jours seulement, se sont entretués, déchiquetés, détruits pour finir par le pire des tabous : dévorer les morts pour ne pas périr d’inanition. En quelques jours à peine. L’innommable à bout de doigts. La bête primale en soi qui surgit de l’ombre où on la croyait remisée. Une pièce essentielle pour comprendre la psyché humaine qui vrille lorsqu’elle est soumise à un épisode de stress ultime dont la survie dépend. Un spectacle total qu’il serait dommage de manquer. Et plus jamais, vous ne verrez au Louvre le Radeau de la Méduse de la même manière…
Les Secrets de la Méduse, au théâtre du Ranelagh (5, rue des Vignes 75016 Paris) jusqu’au 30 avril et au théâtre des Lucioles à Avignon du 5 au 26 juillet.





