« BEL-AMI » AU THÉÂTRE ROUGE DU LUCERNAIRE

Plongez dans l’ascension vertigineuse de Georges Duroy au cœur du Paris de Maupassant : le Théâtre Rouge du Lucernaire accueille une très belle adaptation de Bel-Ami, mise en scène par Claudie Russo-Pelosi et jouée par la compagnie Les Joues Rouges. Entre satire sociale cinglante et inventivité visuelle, ce spectacle transpose avec modernité le chef-d’œuvre de la littérature naturaliste. Il dévoile à chaque scène la cruauté universelle des ambitions et des désirs. Un miroir fascinant de notre époque, où pouvoir, séduction et manipulation s’entremêlent dans le tumulte des illusions parisiennes.

Crédit Alain Mauron

Amour, Gloire et Cruauté : Bel-Ami est un miroir tendu à notre époque Guy de Maupassant signe avec Bel-Ami en 1885 une fresque acérée de la société parisienne, alors en pleine mutation sous l’effet du capitalisme, de l’influence de la presse et des scandales de la Troisième République. En s’appuyant sur sa propre expérience de journaliste, Maupassant orchestre une satire mordante des rouages du pouvoir, de la manipulation et de l’ambition sociale, dressant un portrait sans concession d’une époque où l’argent et les apparences règnent en maîtres.

L’inspiration d’un roman incandescent L’auteur connaît parfaitement le monde de la presse, ses intrigues et ses compromissions, ce qui lui permet de brosser un tableau d’une grande authenticité. Le journal fictif « La Vie française » incarne ces journaux de l’époque qui pesaient de tout leur poids dans la politique et l’économie, notamment en légitimant la colonisation. Dès sa parution, Bel-Ami déclenche scandale et admiration : certains déplorent ce qu’ils perçoivent comme une apologie du cynisme, d’autres saluent une dénonciation d’une étonnante actualité. Aujourd’hui, à travers son adaptation sur la scène du Lucernaire, ce roman continue d’interroger puissamment la mécanique du pouvoir, la manipulation, l’ambiguïté morale et la puissance des réseaux.

Crédit Alain Mauron

Les femmes, moteur secret de l’ascension sociale L’ascension fulgurante de Georges Duroy repose sur sa capacité à séduire et instrumentaliser les femmes qui croisent sa route. Incapable d’écrire un article digne de ce nom, il utilise leur intelligence, leur amour ou leur innocence comme marches vers le pouvoir. Chacune à sa manière l’élève. Rachel le rassure. Clotilde de Marelle l’aime. Madeleine Forestier le propulse. Madame Walter le vénère. Sa fille Suzanne lui permet d’obtenir le sacre. Chacune finit trahie, révélant la duplicité fondamentale du héros.

Satire sociale et regard implacable La pièce met à nu les mécanismes de l’arrivisme : manipulations éditoriales, héritages détournés, mariages d’intérêt ou presse corrompue. Les gestes, comme les mots, impriment le rythme nerveux et vide d’une société obsédée par l’apparence. Tout est montré sans jugement, dans une froide lucidité : certains articles de presse n’existent que pour satisfaire des intérêts, les mariages sont des contrats, les veuves deviennent des passeports pour l’ascension.

Une adaptation contemporaine, vive et inventive La metteuse en scène Claudie Russo-Pelosi et la compagnie Les Joues Rouges proposent une plongée saisissante dans le Paris des années 1880, tout en maintenant un miroir tendu vers notre monde actuel. Le public est transporté d’un salon bourgeois à une salle de rédaction grâce à un décor modulable habillé de vidéo-mapping inspiré des daguerréotypes du XIXe siècle.

Les costumes signés Marie-Coralie Sussan et Clare Robinson s’accordent à merveille avec l’élégance du musée Jacquemart-André, partenaire de la production. La bande-son, créée par Adrien Ribat et Pablo Clevenot, habille subtilement la pièce. Mêlant mélodies anciennes et musique électronique, elle accompagne en discrète tension chaque ascension, chaque chute. Les premiers accords de la chanson « Bel-Ami » de Tino Rossi surgissent régulièrement, comme un gimmick obsédant.

Crédit Alain Mauron

Le jeu des comédiens Aurélien Raynal livre un Duroy insatiable, à la fois charmeur et dérangeant.

Sara Belviso fait vibrer Clotilde de Marelle, entre sensualité, révolte et lucidité.

Adrien Grassard multiplie les rôles : celui du narrateur virevoltant, d’un Monsieur Walter effacé, et enfin d’un Norbert de Varenne cynique.

Clémence Roche incarne Rachel, fille de joie amoureuse, mais aussi une Madeleine Forestier glacée, toute en intériorité piégeuse.
Aymeric Haumont donne gravité à Forestier et un trouble discret au ministre La Roche-Mathieu, qui réserve une surprise cocasse au public.

Hanna Rosenblum incarne la pieuse Madame Walter, à la fois tragique et drôle dans son aveuglement.
Sophie Condette passe de Laurine à Suzanne Walter avec agilité : cette dernière est la preuve éclatante du pouvoir de séduction de Duroy.

Avec son adaptation de Bel-Ami au Théâtre Rouge du Lucernaire, Claudie Russo-Pelosi réussit à faire revivre l’œuvre de Maupassant dans toute sa modernité. C’est un spectacle rythmé et visuel, qui interroge sans relâche les failles et violences de notre société. Bel-Ami : Un miroir implacable.

« Bel-Ami » au Lucernaire jusqu’au dimanche 9 Novembre 2025

Pause estivale en août : Reprise Mercredi 27 août 2025

Théâtre Rouge du Lucernaire 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris

Réservations 01 45 44 57 34

Juillet 2025 :

Du mercredi au samedi à 19h00

Le dimanche à 16h00

Du Mercredi 27 août 2025 au dimanche 9 Novembre 2025

Du mercredi au samedi à 20h30

Le dimanche à 17h00

Durée : 1h20

Tarifs de 10 € à 32 €

(Partenariat=> Nous avons été invitées mais ça ne change rien, nous avons vraiment adoré puisque nous faisons l’article à la suite :)

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Amoureuse de Paris, j'aime partager mes découvertes culturelles, gastronomiques... Je vous dis ce qui m'a plu pour vous donner envie de sortir dans cette si jolie ville qu'est Paris où l'on a la chance d'avoir tant à faire, à voir, à goûter et à tester... Également désormais : des interviews !

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