Quand Flamenco et Résistance s’entrelacent : le destin exceptionnel d’Imperio et Dolorès. Racontée dans un documentaire, leur histoire a provoqué un coup de cœur commun chez les auteurs de la pièce, Yann Guillon, auteur-compositeur-interprète et Stéphane Laporte, adaptateur de théâtre.
De l’insouciance à la montée des extrêmes À une époque où l’insouciance des cabarets des années 30 fait place à la sombre montée du nazisme, Dolores raconte une histoire peu commune. Celle de deux jumeaux, Sylvin et Maria Rubinstein, qui connaissaient déjà un succès mondial grâce à leur numéro de flamenco. Ils brillaient, sous le nom d’ »Imperio et Dolores », mais leur destin s’assombrit brutalement avec l’invasion de Varsovie.
Le spectacle suit Sylvin, un homme de 87 ans marqué par son passé, qui revient sur les lieux où tout a commencé : l’Adria, ce cabaret mythique où il faisait ses débuts aux côtés de sa sœur Maria. Il évoque par touches successives ses souvenirs intimes et les événements historiques qui l’ont conduit à devenir un résistant d’exception face à la barbarie. Car derrière la danse flamboyante se cache une lutte féroce pour la survie, la vengeance et la mémoire. Séparé trop tôt de sa mère et de sa sœur qui meurent en camp de concentration, il n’aura de cesse de vouloir venger cette dernière. Il mettra sa rage au service d’actes de résistance à travers son amitié complice improbable avec un officier de la Wehrmacht.
Une mise en scène qui laisse place à l’imaginaire Entre exil, persécution et guerre, cette histoire vraie prend vie grâce à une mise en scène signée Virginie Lemoine. Le décor minimaliste devient le théâtre des souvenirs. Une seule table devient tour à tour un balcon, un palier d’immeuble du ghetto de Varsovie, ou encore un toit transformé en scène de tablao flamenco sous un ciel berlinois ravagé par les bombes. Ce parti pris laisse toute la place à la force des corps et à l’émotion des interprètes.
Une interprétation janusienne Sylvin et Maria sont joués chacun.e par un comédien et un danseur, mêlant ainsi la puissance du verbe à l’intensité et la fougue du flamenco.
Sylvin Rubinstein est interprété par Olivier Sitruk (en alternance avec Adrien Melin). Le premier, que nous avons vu, traverse le temps avec une habileté déconcertante.
Imperio est dansé par Ruben Molina. Originaire de Cordoue, il est le fondateur de l’Institut Flamenco Paris.
Maria Rubinstein est incarnée par Joséphine Thoby. Elle est la complicité-même avec Sylvin.
Dolorès est dansée par Sharon Sultan, artiste franco-israélienne. Cette dernière joue également la maîtresse de maison solaire qui hébergera clandestinement Sylvin à Krosno.
Les deux danseurs d’envergure internationale jouent avec les codes du flamenco traditionnel. Ils offrent des tableaux aussi passionnés que puissants. Le silence initial cède la place aux castagnettes frénétiques et aux zapateados rythmés. Ils font écho à la rage, à l’exil et à la mémoire d’un peuple au bord du précipice.
Si l’interprète de chacun des artistes est parfaite, la différence d’intensité de jeux et de physiques est hasardeuse. On peine parfois à retrouver Sylvin dans Imperio et la diaphane Marie dans Dolorès.
En revanche, François Feroleto virevolte avec aisance et crédibilité dans ses différents rôles. Il est successivement le garçon de l’Adria, le cousin protecteur du ghetto et le militaire allemand.
Entre ombres et lumières Les instants de vie quotidienne sont souvent caressés de lumière bleutée, tandis que le flamenco se déploie en noir et rouge. La destinée des jumeaux, qui ont appris à danser suite à leur rencontre avec des gitans, y puise ses racines. Les tableaux de danse et certaines scènes sont accompagnés du chant de Cristo Cortès et de la guitare de Dani Barba, originaires d’Andalousie eux aussi.
Sylvin, animé d’une rage meurtrière pour venger sa sœur, conclue d’un touchant: « J’étais un innocent, ils ont fait de moi un assassin. Moi, je ne demandais qu’à danser avec ma sœur… ».
Au-delà de l’histoire d’un homme et d’une époque, « Dolores » est un hommage à la résilience et à l’amour indéfectible qui unit un frère et une sœur, au-delà de la mort et des séparations déchirantes. Cette pièce interroge aussi notre rapport au souvenir et à la transmission des histoires oubliées, en mettant en lumière un héros méconnu, traversé par des paradoxes profonds.
Toute la pièce résonne comme une déclaration de résistance contre l’oubli.
Dolorès
Théâtre de La Bruyère, 5 Rue La Bruyère, 75009 Paris
Durée : Jusqu’au 19 octobre 2025
Horaires : Du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h
Réservations : En ligne ou au guichet du théâtre
Accès :
Métro : Ligne 2, station Pigalle ou Blanche
Bus : Lignes 54, 74, arrêt Blanche ou Pigalle

(Partenariat=> Nous avons été invitées mais ça ne change rien, nous avons vraiment adoré puisque nous faisons l’article à la suite :)




