« Le Lac des Cygnes » de Matthew Bourne à La Seine Musicale

Un accueil du public chaleureux pour ce ballet revisité original et créatif. Le ballet, inscrit dans un cadre contemporain en devient une œuvre artistique d’autant plus actuelle !

Directement inspirée de la version originale du Lac des Cygnes, Matthew Bourne s’envole vers d’autres imaginaires : des mises en scène inspirées de la famille Royale d’Angleterre, des soirées au bar, lieu de villégiature de la jeunesse et puis le célèbre remplacement du corps de ballet féminin par des cygnes masculins. Petit coup de cœur pour la mise en abîme du ballet dans le ballet !

Dans cet univers, Bourne plonge dans la psyché tourmentée d’un jeune prince isolé et en quête désespérée d’amour et d’acceptation, alors qu’il est écrasé par le poids de la monarchie et d’une mère autoritaire et froide.

Il est cependant impossible de parler du Lac des cygnes sans d’abord évoquer Piotr Ilitch Tchaïkovski. Créé en 1877, Tchaïkovski entendait s’essayait au ballet, créant l’œuvre sur demande de l’Intendant du grand théâtre de Moscou, Vladimir Pétrovitch Begitchev. Mais le compositeur incorpora des élans symphoniques à sa musique que le maître de ballet, plus traditionnel, eut du mal à traduire dans sa chorégraphie. Ainsi, à sa première, au légendaire Théâtre Impérial du Bolchoï, le résultat fut une déconvenue pour le compositeur. C’est en 1894 un an après la mort de Tchaïkovski, que le deuxième acte de la partition est représenté au Théâtre impérial Mariinski à Saint Petersbourg à la mémoire du compositeur. Les deux maîtres de ballet Petipa et son adjoint Ivanonv réussissent à en saisir le potentiel avec quelques interventions dans la partition originale. En 1953, Bourmeister premier maître de ballet du théâtre Stanislavski reprend à nouveau l’œuvre , tant remaniée depuis la version Petipa/Ivanov. Il revient cette fois à la partition originale de Tchaïkovski tout en effectuant ses propres changements. C’est cette version, à succès, qui a été le plus souvent reprise par la suite.

Puis en 1995 c’est le chorégraphe britannique Matthew Bourne qui propose une version novatrice du ballet, se basant sur l’ambivalence du cygne dans sa version originale. Il remplace ainsi le corps de ballet féminin par un corps de ballet masculin. Les corps sont gracieux, naturellement plus lourds et puissants. Le regard change et fait certainement écho à l’homosexualité connue de Tchaïkovski, mais qu’il ne pouvait vivre tout à fait librement dans la Russie tsariste.

Bourne via cette incarnation insuffle donc à cette œuvre son aspect dramatique, dont l’intensité fait fidèlement écho à la musique du Lac des cygnes et ses notes lyriques, tragiques, ou menaçantes.

À voir à la Seine Musicale jusqu’au 26 octobre 2026.

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