« GAUGUIN – VAN GOGH » AU LUCERNAIRE

Deux artistes, une fièvre. La pièce « Gauguin – Van Gogh » éclaire par sa justesse et sa sobriété l’une des rencontres les plus intenses de l’histoire de l’art moderne. Sur la scène du Lucernaire, le face-à-face entre les deux peintres ne se contente pas de raconter une cohabitation célèbre : il interroge les ressorts de la création, la fragilité et la quête d’absolu qui animent chaque artiste.

Crédit Cédric Tarnopol

Deux tempéraments, un même vertige créatif En octobre 1888, à Arles, Vincent Van Gogh invite Paul Gauguin dans l’espoir de fonder une « maison d’artistes ». En Provence, pendant neuf semaines, l’intensité de leur quotidien fait émerger des visions du monde et de l’art diamétralement opposées. Les différences entre les deux hommes deviennent les révélateurs d’un vertige qui touche à l’essence de la création.

Deux enfances diamétralement opposées A celui qui a eu une enfance malheureuse aux Pays-Bas fait face celui qui a vécu face à de grands horizons. A celui qui se cherche une famille de cœur, celui qui cherche à retrouver sa famille.

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Deux interprétations différentes du réel Van Gogh, vulnérable et incandescent, recherche dans la couleur un accès à l’absolu ; Gauguin, plus distant, vise la synthèse et l’élan de la pensée dans l’œuvre achevée.

Van Gogh affirme « La couleur, c’est mon seul refuge. » ou encore « J’arrache des tableaux au monde qui m’entoure ».

Gauguin proclame que « la peinture doit être une synthèse, un élan vers l’essentiel ». Il refuse d’être prisonnier du motif. Il considère que l’art doit être avant tout porté par l’imagination et la création intérieure, avec un souci de synthèse et d’abstraction symbolique. Avant de devenir l’immense peintre que l’on connait, ce grand voyageur a été marin puis agent de change.

Van Gogh en revanche, puise principalement son inspiration dans la nature, cherchant à capter la lumière et les émotions perçues directement sur le motif.

Crédit Cédric Tarnopol

La psychologie intime de Van Gogh et Gauguin est révélée par un jeu intelligent

Van Gogh, incarné avec fièvre par William Mesguich, travaille dans une urgence physique, cherchant l’éclair d’authenticité dans chaque paysage. D’une fragilité psychologique intense, il est abîmé par la vie et son immaturité affective. Il a peint en tout juste 10 ans plus de 2000 toiles.

Face à lui, Alexandre Cattez façonne un Gauguin mû par l’imaginaire et la mémoire, pour qui l’œuvre commence là où le réel s’efface.Plus assuré, maîtrisant sa pensée et son travail, il est aussi plus distant et parfois cassant dans ses jugements.

A Van Gogh qui dit « Je suis un moins que rien », il réplique pourtant « Oui, mais un rien magnifique ! ».

Crédit Cédric Tarnopol

23 décembre 1888 : l’oreille Toute leur relation faite de lumière et d’ombre se conclue après une montée en tension. Après une ultime dispute et le départ de Gauguin, Van Gogh perd pied et se mutile.

Un huis clos arlésien d’où jaillit la condition de l’artiste La pièce, écrite par Cliff Paillé et David Haziot ne juge ni ne condamne. Elle expose simplement, avec beaucoup de finesse ce qui sépare ou rapproche deux artistes, la fraternité et la défiance, l’admiration et l’envie. La mise en scène éclaire moins un drame biographique qu’une interrogation sur la solitude de chacun dans la poursuite de sa vérité artistique.

Une mise en scène qui sert la création picturale L’espace est structuré par des éléments modulables. Une table de cuisine ou d’atelier devient banquette de train au milieu d’un espace bordé de grands cadres. Ceux-ci sont tour à tour des fenêtres de chambre ou bien de grands écrans bordant un champ de bataille.

Les gestes et les regards suffisent largement à communiquer la force des désirs, l’incompatibilité des visions, le besoin d’affection tout comme la solitude radicale. Les lieux sont un catalyseur des émotions, comme cette enfilade des deux chambres qui supprime la possibilité de se ressourcer.

La musique aussi accompagne les changements d’atmosphère, comme cette joyeuse envolée sonore de violon digne du jeu d’Ara Malikian.

Gauguin – Van Gogh est un spectacle intense et de grande qualité. Vous pourrez prolonger le plaisir de la soirée par un apéritif au café ou un dîner au Kawaa du Lucernaire.

« Gauguin – Van Gogh »

Lieu : Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, 75006 Paris
Durée : Du 3 septembre au 16 novembre 2025
Horaires : Du mercredi au samedi à 18h30, dimanche à 15h
Jours de semaine : mercredi, jeudi, vendredi, samedi
Réservations : En ligne sur le site du théâtre ou par téléphone au 01 45 44 57 34
Accès :
Métro : Ligne 4, station Saint-Placide ou Ligne 12, station Notre-Dame des Champs
Bus : Lignes 28, 70, 82, arrêt Notre-Dame des Champs

(Partenariat=> Nous avons été invitées mais ça ne change rien, nous avons vraiment adoré puisque nous faisons l’article à la suite :)

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Amoureuse de Paris, j'aime partager mes découvertes culturelles, gastronomiques... Je vous dis ce qui m'a plu pour vous donner envie de sortir dans cette si jolie ville qu'est Paris où l'on a la chance d'avoir tant à faire, à voir, à goûter et à tester... Également désormais : des interviews !

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