Victor Hugo(at) a l’immense mérite d’unir à la fois les aficionados des belles lettres et les amateurs forcenés de rap. Ou comment Victor Hugo est en fait le pionnier des rappeurs d’aujourd’hui, entre flow poétique et vie hors norme d’aventurier des temps modernes. Un spectacle coup de poing aussi drôle qu’inventif.
Il est des spectacles entêtants, de ceux qui s’invitent dans les pensées sans prendre le temps de frapper à la porte, qui s’installent et qui restent là, pour une durée indéterminée. Un spectacle à la fois cambrioleur et squatteur. Victor Hugo(at) est de ceux-ci. Tout à coup, au détour d’une conversation, une anecdote sur Hugo ressurgit. Dans les transports en commun, on se surprend à fredonner le titre qui clôt le spectacle. Ou à se réciter le poème Demain, dès l’aube écrit par Hugo pour sa fille Léopoldine. Et pourtant, des spectacles sur Victor Hugo ou inspirés de ses textes, il y en a eu pléthore et il y en aura encore beaucoup d’autres. L’émergence du rap ou hip hop dans le théâtre aussi, est de plus en plus légion (il n’y a qu’à applaudir les comédies musicales Hamilton et La Haine pour s’en convaincre). Mais pourtant, Victor Hugo(at) parvient à tirer son épingle du jeu, à sortir du lot, à s’extraire de la case « spectacle à concept » où l’on aurait pu le loger.
Le concept est simple. Bart se replonge dans les années lycée, où sa professeure de français, peu adepte du rap, lui propose de faire un exposé sur la vie de Victor Hugo. Il décide de le faire en musique, avec un flow puissant délivrant les grands faits de la vie de l’écrivain le plus célèbre de son temps (et encore aujourd’hui). Il égrène ainsi les débuts, les amours, la douleur du père meurtri par le décès de sa fille, l’exil politique, le retour en gloire, les romans qui ont fait de lui un héraut national, jusqu’à ses obsèques dignes d’un chef d’État.
Le spectacle commence en battle de rap entre Victor Hugo et Napoléon III, anciens amis devenus rivaux depuis le coup d’état de l’empereur. Bart est à la fois l’un et l’autre, ainsi que le Monsieur Loyal, annonçant la couleur d’un spectacle qui va autant détonner qu’interpeller, faire réfléchir que faire rire, promettant de l’émotion en cascade. D’un coup d’état au début, il se termine en coup d’éclat. En un clin d’œil, Bart parvient autant à donner envie de relire Hugo que de se mettre à écouter du rap (de qualité), démontrant à qui ne l’aurait jamais imaginé, que l’un peut totalement se concilier avec l’autre. Victor, lui, n’en aurait jamais douté…
Victor Hugo(at), au théâtre de l’Œuvre (55, rue de Clichy 75009 Paris), le mardi à 19h, jusqu’au 30 décembre.






