Amiens est connue pour sa cathédrale, la plus vaste de France, tout comme pour son Musée consacré à Jules Verne. Mais connaissiez-vous son autre musée, de loin le plus vaste ? C’est un « musée à ciel ouvert au cœur d’un site patrimonial d’exception où la création dialogue avec la nature ». Bienvenue aux Hortillonnages d’Amiens, dont le Festival se poursuit jusqu’au 11 octobre 2026.
Le label Art & Jardins
Le festival international de jardins hortillonnages Amiens est une manifestation annuelle, qui s’inscrit dans le label de création Art & Jardins Hauts-de-France, lui-même membre d’Art & Jardins. Cette association rend l’art contemporain accessible à tous, en favorisant la création dans un équilibre fertile entre préservation de l’environnement, attractivité touristique et participation citoyenne.
Outre les hortillonnages d’Amiens, l’Association, qui est présente principalement dans les Hauts-de-France et le Grand-Est, compte des jardins de la paix, des potagers dans les lycées, ainsi que des jardins et jardins citoyens.
Les hortillonnages d’Amiens, héritage millénaire et engagement contemporain
Dans les marais de la Somme aux abords d’Amiens, des parcelles ont été aménagées et cultivées depuis le Moyen-âge. Plus de 393 ha ont été façonné au cours des siècles par ceux que l’on appelle hortillons et hortillonnes.
Créé en 2010 par Gilbert Fillinger, le Festival actuel est le résultat du combat décisif des habitants pour protéger les hortillonnages. Ceux-ci ont failli disparaître à deux reprises. En 1970, la construction d’une rocade a été empêchée. En 2001, la mobilisation face à une crue sévère a marqué la renaissance des jardins maraîchers sur les parcelles.
2026 marque la 17ème édition du festival Chaque année, des artistes, des paysagistes, des architectes et des plasticiens répondent à un appel à projets de création d’œuvres en lien avec les grands enjeux contemporains que sont la préservation de la biodiversité, des écosystèmes et de l’eau… Le jury est composé de spécialistes en paysage et en arts visuels.
Cet environnement très stimulant accueille des créateurs venus du monde entier, avec des projets touchant aussi bien au jardin paysager qu’à la création visuelle.
L’EGHN (European Garden Heritage Network) a décerné en 2024 au Festival le 1er prix « Meilleur design ou concept d’un parc ou jardin contemporain ».
95 % des hortillonnages sont classés par le réseau européen de sites naturels protégés Natura 2000. Ils sont constitués de 65 km de rieux (canaux) et ont accueilli plus de 680 000 visiteurs depuis la création du Festival.
Outre son aspect écologique et culturel, le Festival a également un volet social et sociétal. Il soutient la création artistique avec une attention particulière portée aux jeunes. Il permet non seulement une collaboration internationale mais aussi un ancrage local. Dès sa création, le Festival était la première structure en France à accueillir des volontaires en service civique. Il est également partenaire de l’administration pénitentiaire pour l’accueil de personnes effectuant des travaux d’intérêt général (TIG). Cette année, treize salariés sont engagés dans le chantier d’insertion.

Une visite modulable
Nous avons été accueillis chaleureusement pendant cette journée de presse, sous un soleil radieux de juillet par une équipe au top. Je remercie vivement Hélène Rigolle, Louise et Zoé, qui se sont fait un plaisir de répondre à nos questions et de nous guider.
Votre visite est modulable à souhait grâce à ces deux possibilités :
Un parcours en autonomie de 2h30 en barque électrique sur l’étang de Clermont à Camon propose de partir à la rencontre de 35 œuvres.
Un parcours à pied de 1h en accès libre et gratuit sur l’île aux fagot et l’île Robinson permet de découvrir sur 1 km 6 de trajet 13 créations.
Un petit conseil : vous pouvez prendre vos précautions dans un café afin de pouvoir profiter pleinement du parcours que vous aurez choisi. En effet, il n’y a pas de sanitaire accessible facilement sur les parcours.
Si les personnes en PMR ne peuvent pas accéder aux parcours, une animation multisensorielle en réalité virtuelle a été pensée pour elles.
Une approche idéale de l’art contemporain – Quelques œuvres
L’écosystème végétal des Hortillonnages est riche de 330 espèces utilisées, plantées et semées. Il abrite 49 installations paysagères et artistiques dont 12 nouvelles créations cette année.
Que vous suiviez une visite guidée ou que vous lisiez les panneaux explicatifs, vous serez équipé.e pour une compréhension limpide de l’art contemporain. Nous vous présentons quelques-unes des œuvres à découvrir.
Sur le parcours en barque, nous vous présentons trois œuvres de 2026, une 2024, ainsi que deux œuvres « sonores ».
Le Jardin nourrit le compost, le compost nourrit le jardin a été créé par le collectif Et puis. C’est une œuvre dynamique et participative, qui permet de découvrir les cycles de vie du sol organique sur 3 ans, avec trois composts : « nouveau », « en cours » et « mûr ». Les visiteurs peuvent apporter leur propre compost et repartir avec du compost récolté sur place. A proximité immédiate, vous pouvez admirer un jardin planté d’herbe haute ornée de fleurs.
Le Palais des oiseaux est signé de l’Atelier POEM, studio d’architecture franco-italien. Cette création aérienne et aérée dessine un réseau qui rappelle les colombages des maisons du quartier Saint-Leu d’Amiens. Elle matérialise l’importance d’une communication fluide entre les espaces et les éléments vivants : humain, végétal et animal.
Gryllotalpa Gryllotalpa, Le jardin de la Courtillière, du paysagiste Jean-Alfredo Albert, a été pour nous l’occasion de découvrir un insecte fouisseur qui appartient à la famille des grillons et des sauterelles. Cette sculpture naturaliste en chaux incarne la Courtillière qui, en créant des galeries dans le sol, permet de l’aérer et d’en brasser les terres.
Aquatique¸ proposée en2024 par le collectif des ArchiSculpteurs, est un trio de cabanes perchées dans lesquelles on peut grimper et qui constitue de jolis belvédères.
Deux œuvres acoustiques jouant avec le son et l’air des lieux ont attiré notre attention.
Les Hortillophones de Raphaëlle Duquesnoy (2019) « sont des machineries acoustiques qui amplifient les particularités du paysage sonore ». Il suffit de s’en approcher et d’écouter.
Les Céramophones de Lana Ruellan & Baptiste Roger (2023) invitent le promeneur à les plonger dans l’eau pour qu’ils produisent des sons mystérieux.
Sur le parcours à pied sur l’île aux fagots :
La sculpture Hortillonne de Pauline Ducrocq, artiste boulonnaise vivant et travaillant à Dunkerque, permet d’évoquer en 2026 la place des femmes dans les hortillonnages. Elle évoque le travail de la vannerie et l’importance du maintien de la mémoire collective. Faite de métal et de béton le métal, elle trace un pont entre les époques. Le métal représente les anneaux d’amarrage des barques, transmis de mère en fille chez les hortillonnes, tandis que le béton issu des constructions d’après-guerre, rappelle ces édifices pensés pour durer ».
Créé lors de l’édition de 2024, Le Jardin « de montagne et d’eau » est une création franco-japonaise qui souligne les similitudes de forme, de structure et de matière entre les terrils du Nord et le Mont Fuji.
Elle rend également honneur à la délégation sportive japonaise, accueillie à Amiens à l’occasion des JO de Paris 2024.
Le Jardin amphibien de 2025, fruit du travail d’un paysagiste et d’une architecte paysagiste, est à cheval entre la terre et l’eau. Son architecture favorise par son ombre le développement de la biodiversité dans l’eau, mis à mal par l’artificialisation et l’abandon de certaines parcelles.
La terre qu’elle abrite par ailleurs accueille le jardin bleu, nommé en raison de la couleur obtenue de la waide (Isatis tinctoria), aussi appelée guède ou pastel, une plante à fleurs jaunes dont les feuilles permettent d’obtenir le fameux « bleu d’Amiens », couleur portée par les rois.
Découvrir les Hortillonnages est l’occasion d’enrichir son programme de visite d’Amiens par une expérience riche dans un environnement préservé. Elle propose une approche idéale de l’art contemporain, dans un site au patrimoine naturel unique.
1h30 en train depuis Paris Gare du Nord
1h10 environ en voiture depuis Paris par l’A16 (sortie 18).

J’ai été invitée, mais cela ne change rien : j’ai apprécié cette expérience, puisque je fais l’article à la suite :)









