Virginie Lemoine rouvre dans ce spectacle le grand livre des convenances féminines des années 1950. Cinq futures épouses en étudient les règles : sourire, obéir, aimer sans trop penser, faire des enfants et tenir une maison impeccable. De ce matériau presque invraisemblable, Virginie Lemoine tire une comédie musicale vive, drôle et mordante, donnée au Théâtre Actuel La Bruyère.
Cinq destins, une condition Cette pièce donne cinq rôles à cinq comédiennes, ce qui est rare. L’occasion d’explorer cinq manières d’être femme dans une France encore profondément patriarcale.
Valérie Zaccomer, Cloé Horry, Ariane Brousse, Nouritza Emmanuelian et Mathilde Moulinat incarnent ces jeunes femmes. Elles ont chacune leur singularité. Elles connaissent des contextes géographiques (citadin, rural) ou sociaux différents. Pourtant, toutes se retrouvent, par l’époque dans laquelle elles sont nées, soumises à une même condition dépendante des hommes. C’est une subordination autant sociale qu’économique.
Le mariage y apparaît moins comme un choix que comme une destination imposée.
Chacune raconte sa trajectoire : un amour heureux, un mariage de raison, une union subie ou un dépit à peine dissimulé.
Les femmes étaient l’objet d’une pression à se marier sous peine de « coiffer la Sainte-Catherine » à vingt-cinq ans. Néanmoins, Madeleine (Valérie Zaccomer) nous compte avec fraîcheur son histoire et sa rencontre des années plus tard avec Maurice.
Cloé Horry, pétillante, prépare ses noces avec Bruno. La comédienne est également à l’affiche de New, la comédie musicale improvisée.
Marguerite, campée par Ariane Brousse, lit beaucoup. Comment fera-t-elle face à son destin ?
Rire pour mesurer le chemin parcouru Virginie Lemoine, qui signe le texte et la mise en scène du spectacle, choisit la légèreté sans jamais gommer la gravité du sujet. Sketchs, récits, danses et chansons se répondent avec rythme. Sharon Sultan orchestre ici intégralement la chorégraphie, après avoir participé à celle de Dolorès. Les costumes signés Grégoire Lemoine, beaux et seyants, recomposent l’esthétique des années 1950. Celles où certaines rencontrent leur mari à un thé dansant, d’autres à l’usine ou encore par une petite annonce publiée dans le Chasseur français. Avec le rappel qu’à cette époque, il était scandaleux d’épouser un fils de divorcés.
Le sujet de la pièce lui-même nous paraît incroyable. Les comédiennes jouent toutefois juste, sans être outrées. Le public ainsi est parfois touché quand les femmes qui nous ont engendrés ou précédés sont évoquées. Sans oublier les hommes qui les ont « aidées et soutenues ».
Les chansons de Stéphane Corbin sont jouées au piano par lui-même, en alternance avec Martin Pauvert.
Le Manuel de la jeune mariée 1957 est un souffle d’air frais, coloré et plein d’humour, qui fait rire et réfléchir. C’est une belle leçon d’histoire, sans sermon, incarnée par cinq femmes qui refusent de disparaître dans le décor.
Le Manuel de la Jeune Mariée 1957, jusqu’au dimanche 3 janvier 2027
Au Théâtre Actuel La Bruyère – 5 rue La Bruyère, 75009 Paris
Durée : 1h30
Horaires : le mercredi et le jeudi à 21h00, le vendredi à 19h00, le samedi à 21h00 et le dimanche à 17h00
Réservations : en ligne sur la billetterie du théâtre, par téléphone au 01 48 74 76 99 ou sur les plateformes de réservation habituelles.
Tarifs :
- 45 € : Carré Or
- 38 € : 1re catégorie
- 29 € : 2e catégorie
- 24 € : 3e catégorie
- 12 € : moins de 26 ans, en 1re ou 2e catégorie
Accès :
- Métro : ligne 12, station Saint-Georges / ligne 2, station Pigalle
- Bus : lignes 67 et 74, arrêt Saint-Georges
- À pied : le théâtre se situe dans le quartier Saint-Georges, à proximité de Pigalle et de Montmartre

Nous avons été invitées, mais cela ne change rien : nous avons apprécié cette expérience, puisque nous faisons l’article à la suite :)




