JOURNAL D’UN VIEUX CONFINÉ…JOUR 9

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

 

Neuvième jour de confinerie

En sortant du Céprix j’ai filé ses trucs à Marcel. Forcément y’ avait des gens qui me regardaient de travers mais heureusement y en avait d’autres qui souriaient et qui ont demandé à mon pote si il voulait autre chose. Le malin, il allait pas refuser !

C’est là que j’ai vu l’asticot, un clébard du genre pas catalogué dans les livres de chien, un croisement du genre bizarre entre un rat d’égout, une fouine et un courant d’air. J’ai commencé à le chasser mais il insistait dur. Il avait les crocs et il sentait la bouffe dans mon sac. Marcel y savait : – C’est le clebs d’une mémé qu’est partie dans le convoi des sans retour. Je l’ai vu trainer, pauvre bête, il a la dalle et personne en veux, il est vieux et trop moche…C’est là que ça m’a fait un truc dans mon petit cœur : « vieux et trop moche ? », mais c’est tout moi ça. Je caressé le machin, qui s’est mis à me lécher comme un branque.J’ai dit au revoir à Marcel qui commençait à recevoir des trucs « va me falloir des sacs » qu’il m’a dit. Les gens sont marrants : personne le regardait – faut dire que c’est pas l’apollo du beau lac ! – et puis comme y sent un peu, comprenez, on l’approchait pas, même à un mètre. En gros, j’ai amorcé la pompe. J’ai pris le chemin du retour avec l’asticot qu’avait pas l’intention de me lâcher. Moche mais malin : il avait trouvé un cave pour la bouffe, alors…Y a pas foule, tout de même, dans les rues, même que la pute de la rue des orties, elle est pas à sa porte.

C’est bien vide tout ça, avec un soleil de printemps et un ciel sans nuages, des beautés qui font chier quand on peut pas en profiter.

C’est là que j’ai croisé une bagnole de flic… Forcément, avec ma chance à la retourne y se sont arrêtés et y m’ont demandé mon ozvess.Y’en avait un plus désagréable que les autres – y zétaient trois – il a lu le papier et pis y m’a dit :- Ouais… Vous avez pas coché la case pour la sortie de votre chien… Oubliez pas…J’ai rien dit, surtout pas que l’asticot il était pas à moi. La bestiole s’était mise à trembler contre ma jambe… La vieille elle devait pas aimer les poulets.J’ai même souri, je me suis excusé, et j’ai dit « bonne journée » aux cowboys ! j’avais vraiment l’air d’un con !

Tandis que je redescendais vers la baraque – cette ville à la gomme elle arrête pas de monter et descendre ! – j’étais inquiet : qu’est-ce qu’elle allait dire maman pour l’asticot ? Elle aime pas les bêtes, même que c’est pour ça qu’on n’a même pas un poisson rouge !

Quand elle a ouvert j’avais le clebs qui se planquait dans mes jambes. Forcément, maman elle a vu le problème toute de suite, alors j’ai négocié sur le pas de la porte, comme un représentant en aspirateurs, mais ça a pas duré, tout ce qu’elle m’a demandé, c’est si j’avais trouvé des cornichons. J’ai montré le sac et là j’ai vu que j’avais marqué un point : quand elle a vu les bocaux elle a soupiré et pis elle a dit :- Allez, fais- le entrer ton chien… Il doit avoir la dalle.

L’autre il a bouffé comme quatre, a bu deux bols de flotte, et alors, j’en revenais pas, maman elle l’a brossé dans tous les sens.

– Comment tu l’appelles ta copine ?- Bah… l’asticot… Et là, elle m’a regardé comme le con du village :- Mais t’a pas vu que c’est une chienne ? T’as pas tes lunettes ou quoi ?Comme si, moi, je l’avais inspectée au niveau du matériel !J’ai ajouté un « e » à la fin : l’asticote qu’elle est devenue. Maintenant j’ai une copine pour la sieste sur le canapé. Elle ronfle un peu, elle pète aussi, mais c’est bien quand même.

Bon… J’en ai ma claque, pour le reste on verra demain.

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Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, la surprise est souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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